Homme de théâtre, Niddal El Mellouli est né à Sidi Bel Abbès, ville du quatrième art, qui a vu évoluer Kateb Yacine et Ahmed Benaïssa, il bifurque vers le cinéma avec, dès le départ, un premier rôle dans le film «Fleur de lotus» de Amar Laskri. Il reprend ses activités théâtrales, et durant les années rouges, il prend la destination de la France où il sera blacklisté pour avoir refusé de jouer les rôles d’Arabe qu’on lui propose. Il a joué récemment dans «Ben M’Hidi» de Bachir Derais – pas encore sorti – et il crève l’écran dans «La Voie des anges», projeté en avant-première lors du Festival international du film d’Alger.

Reporters : Quel est votre parcours artistique ?
Niddal El Mellouhi : J’ai commencé mon parcours dans ma ville natale de Sidi Bel Abbès en 1987. Avec des amis, au lycée Azza-Abdelkader, on a monté une petite pièce pour la fin d’année. Mohamed Chouat, un homme de théâtre, est venu pour nous aider à améliorer nos compétences dans le domaine théâtral, nous avons rejoint sa troupe El Kalima et j’ai commencé une formation de comédien. A l’issue de cette formation, j’ai joué dans «Hkayet Kadour et Zaydoune Aydoune fi el télévisioune», une pièce pour enfants. Deux ans après, j’ai quitté la troupe et j’ai rejoint la troupe semi-professionnelle L’Art scénique où Kada Ben Smicha et Azzedine Abbar m’ont accueilli avec mon ami Abdelkader Blahi. Nous avons travaillé sur plusieurs productions, «El Maname», «Les clowns Adel», et «Destination cratère de Chicago» en 1993. Cette dernière pièce a beaucoup tourné à l’échelle nationale et internationale et a décroché plusieurs prix. Malgré la situation difficile de cette période et jusqu’en 1995, au Festival d’Oran, Amar Laskri m’a remarqué dans cette pièce et m’a proposé mon premier rôle dans le cinéma et, en plus, le rôle principal de son film «Fleurs de lotus» où je campe le personnage de Ali l’Indochine. Ce fut ma première expérience cinématographique. De retour de tournage en Indochine, j’ai rejoint le Théâtre régional de Sidi Bel Abbès sous la direction de Ahmed Benaïssa et j’ai travaillé sur la pièce «4 en 1» qui a donné au Théâtre régional de Sidi Bel Abbès un nouveau souffle avec une nouvelle équipe plus jeune. Cela nous a permis d’ouvrir les portes du théâtre au public qui est revenu en masse. La pièce
«4 en 1», une comédie, est devenue très populaire, nous l’avons présentée une centaine de fois entre 1996 et 2001. En 1998, je crée avec mes partenaires et associés Azzedine Abbar, Blahi Abdelkader et Hmida Ayachi, une compagnie privée et indépendante, nous étions parmi les premiers en Algérie et nous avons produit «Habil wa Habil» de Hmida Ayachi. Fin 2001, je quitte l’Algérie avec cette pièce qui était coproduite avec le théâtre des
13 Vents à Montpellier et, depuis, je suis resté sur l’autre rive, à Paris, pour continuer à avancer dans ce domaine artistique qui est vaste. J’ai fait plusieurs formations dans différents styles de théâtre (classique, contemporain, commedia dell’art…) et j’ai intégré l’école de Chaillot pour acquérir plus d’expérience. D’ailleurs, c’était mon but quand j’ai décidé de rester en France. Je continue encore à apprendre maintenant à chaque expérience que je fais. Je pratique ce métier de comédien comme professionnel (intermittent de spectacle).

Racontez-nous votre enfance à Sidi Bel Abbès…

J’ai eu une enfance normale, pas plus. Je suis né en 1972 à Sidi Bel Abbès dans un quartier populaire, El Graba, de parents instituteurs. Mon un père est d’origine syrienne et ma mère est bélabessienne.

Votre première passion fut le théâtre ?

Oui… et elle reste et restera toujours ma passion.

Comment avez-vous eu le virus du cinéma ?

En regardant les films cultes au cinéma depuis tout petit. A Sidi Bel Abbès, il y avait deux soirées par semaine consacrées aux familles au cinéma L’Empire. Et avec le temps, j’ai continué à aller au cinéma à chaque sortie de film. J’ai aussi beaucoup regardé les films qui passaient à la télévision.

Quel est votre premier rôle au théâtre ?

J’ai joué le personnage d’un conteur, el goual, dans la pièce «Hkayet Kaddour», en 1987.

Et au cinéma ?

Pour la première fois, j’ai joué dans le film «Fleurs de lotus» d’Amar Laskri, où j’ai campé le personnage d’Ali l’Indochine. D’ailleurs je pense souvent à Laskri, car c’est lui qui m’a ouvert les portes du septième art.

Quelle est la différence entre le théâtre et le cinéma pour vous ?

Le théâtre fait vrai, la télé fait petit et le cinéma fait grand. C’est ainsi qu’a répondu un enfant à qui on a posé cette question et j’adore sa réponse. Cela dit, les techniques de jeu sont différentes, mais les deux arts sont cousins.

Vous avez été blacklisté en France pour avoir refusé de jouer le rôle de l’Arabe ?

Effectivement, parce que j’ai refusé de jouer des rôles d’Arabes négatifs. Il ne faut pas oublier que je suis typé maghrébin et méditerranéen. Etre Arabe ne m’empêche pas de jouer des rôles avec des valeurs dans des productions françaises ou autres. Malheureusement, il faut résister. Je participe souvent à la réalisation de courts métrages avec de jeunes réalisateurs et à des productions indépendantes pour montrer autre chose. Mais le comble, c’est que même dans mon pays, l’Algérie, je suis «red listé», à cause de quelques rumeurs qui me coûtent cher. Comme celle par exemple comme quoi je n’acceptais que des cachets équivalents aux cachets français. Ce qui n’est pas vrai du tout. Je suis un comédien algérien avant tout. Les producteurs des deux dernières productions dans lesquelles j’ai travaillé, «Ben M’Hidi» de Derais, et «La Voix des anges», de Laib, peuvent le confirmer.

La liberté a un prix alors ?

Oui, et nous ne pouvons pas lui donner un prix. Mais la liberté est une chose formidable qui n’est pas à sacrifier. Il faut la mériter avec nos actes dans notre vie personnelle et professionnelle.

Quel souvenir gardez-vous du film «Fleur de lotus» et du réalisateur Amar Laskri ?

Ce film et ce monsieur ont représenté une étape décisive dans ma vie personnelle et professionnelle et j’ai beaucoup appris sur ce tournage où je suis resté plus de quatre mois au Vietnam.

Quelle est pour vous la situation du cinéma algérien ?

Malheureusement, la situation du cinéma algérien est catastrophique, mais ce n’est pas que pour le cinéma, c’est valable pour le théâtre aussi. Ces deux arts doivent normalement porter l’identité d’un pays et d’un peuple.

Quels sont pour vous les dix meilleurs films algériens ?

«La Bataille d’Alger», de Gillo Portécorvo, «L’Opium et le Bâton», d’Ahmed Rachedi, «Chronique des années de braises» et «Le Vent des Aurès», de Mohamed Lakhdar Hamina, «Les Vacances de l’inspecteur Tahar», de Moussa Haddad, «Hassan terro», de Mohamed Lakhdar Hamina, «Machaho», de Belkacem Hadjadj, «La Montagne de Baya», de Azzedine Meddour, «Harraga», de Merzak Allouache, «Le Puits» de Lotfi Bouchouchi et «Jusqu’à la fin des temps» de Yasmine Chouikh.

Les cinq films étrangers que vous aimez le plus ?

Les films de Charlie Chaplin, «Le Parrain», «Les Tontons flingueurs», «Kill bill», «Le prophète»…