Le président Bouteflika, qui a présidé le dernier conseil des ministres de l’année, veut renforcer la lutte contre la corruption. Un pôle pénal financier à compétence nationale, chargé des affaires financières complexes et rattaché au tribunal d’Alger-Sidi M’Hamed, sera créé en Algérie dans le cadre du projet de loi, adopté jeudi en Conseil des ministres, qui complète la loi de 2006 relative  à la prévention et à la lutte contre la corruption.

Le projet de loi, prévoyant ce pôle financier, «explicite et conforte les missions et attributions» de l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption (Onplc). Il porte, également, sur «la protection légale des dénonciateurs de faits de corruption y compris au niveau de leur environnement professionnel». Intervenant à l’issue de l’adoption de ce projet de loi, le président Bouteflika a invité «tous les acteurs de la société à concourir à la politique de prévention de la corruption en rapportant ces faits lorsqu’ils sont établis, de sorte à permettre à la justice d’intervenir avec les moyens efficaces mis à sa disposition pour appliquer la loi qui réprime sévèrement ce fléau».
Le chef de l’Etat a tenu également à saluer «ce renforcement de la législation de prévention et de lutte contre la corruption, un fléau universel qui n’épargne pas notre pays». Relevant «avec satisfaction que la revue, consacrée par les instances compétentes des Nations unies à la politique algérienne de lutte contre la corruption, a débouché sur le constat que notre pays se situe parmi les Etats les plus engagés dans ce domaine». Sur le même sujet, rappelons que, lors de la rencontre gouvernement-walis, tenue en novembre dernier, le président, dans son message, mettait en garde : «Au moment où vous vous attelez d’arrache-pied à la matérialisation des stratégies tracées sur le terrain, nous constatons la propagation, dans la société, de fléaux représentés par des parasites handicapant pour vous et sabordant vos efforts à des fins malveillantes, et qui s’appliquent, sans vergogne aucune, à imposer des pratiques répréhensibles et condamnables par la loi et la morale, à l’image de la corruption, le clientélisme et la bureaucratie.» Ces pratiques, a ajouté le chef de l’Etat, «sont les maux les plus dangereux qui rongent notre société et les plus grands défis auxquels notre pays fait face à l’heure actuelle», recommandant, au passage, de l’intransigeance et une lutte par tous les moyens de dissuasion. «La concrétisation de nos objectifs ne saurait être possible sans l’éradication de ce mal incurable qui tend à se propager davantage. Aussi, autant est-il attendu de vous la matérialisation des grands objectifs de notre politique publique, que leur immunisation contre les manœuvres de cette espèce perfide qui n’a cure des souffrances, attentes et aspirations de nos concitoyens ni des ambitions de notre pays, et qui n’agit que par pur égoïsme et sordides intérêts», soulignait le président Bouteflika. Compte tenu de cette situation, la création de ce nouvel outil sera d’un apport appréciable et «sera mis en œuvre en même temps que les cadres gestionnaires demeureront protégés par les dispositions du code de procédure pénal qui subordonne l’ouverture de toute information judiciaire au dépôt d’une plainte par les organes sociaux de l’entreprise ou de l’administration ayant subi le dommage». Outre le mécanisme suscité, est également prévue «la création d’une agence nationale de gestion des avoirs issus des infractions de corruption.
Ce mécanisme permettra la conservation des avoirs liés aux affaires de corruption qui sont placés sous séquestre judiciaire en attendant le jugement ou qui sont saisis par décision de justice». Rappelons, par ailleurs, que l’Onplc a reçu, comme le soulignait son premier responsable, 54 000 déclarations de patrimoine d’élus locaux et près de 6 000 déclarations émanant de hauts fonctionnaires de l’Etat, ajoutant que son instance devrait recevoir près de 100 000 déclarations d’agents publics occupant des postes corruptibles, à partir de début 2019.n