A l’issue du dernier Conseil des ministres de l’année, tenu jeudi, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a signé la loi de finances 2019.

Cette loi consacre le retour à la politique d’expansion budgétaire malgré les tensions financières que traverse le pays. En effet, sur fond de raréfaction des ressources financières, le gouvernement fait le choix de casser sa tirelire et revoit à la hausse les dépenses prévues au titre du prochain exercice. Celles-ci grimpent à 8 557 milliards de dinars, dont plus de
1 700 milliards de dollars injectés dans les transferts sociaux et 4 954 milliards de dinars dans le fonctionnement des institutions et dans le train de vie de l’Etat. Les dépenses d’équipement ont en revanche baissé à environ 3 600 milliards de dollars, réduisant ainsi la voilure de l’Etat en matière d’investissement et prenant le risque de perpétuer le trou d’air qui grippait la croissance, alors que l’investissement public tirait l’essentiel de la croissance de ces dernières années. Preuve en est que la croissance devrait se situer à seulement 2,6% en 2019. Quoi qu’il en soit, les dépenses prévues pour 2019, et qui sont quasi-identiques à celles de l’actuel exercice, rompent avec deux années d’austérité qui étaient marquées par de fortes coupes dans les budgets d’investissement, à raison de 16% en 2016 et 28% en 2017. Pour la seconde année consécutive, le gouvernement fait le pari de la croissance et de la paix sociale, quitte à appuyer davantage sur le champignon de la planche à billets. La banque centrale a produit jusqu’ici
4 005 milliards de dinars, dont une partie a été canalisée vers le financement de la dette, tandis que l’autre a été injectée dans la couverture du déficit du Trésor et le colmatage de certains trous de trésorerie. Les effets sur la croissance laissent jusqu’ici à désirer. L’année 2019 s’annonce en tout cas complexe pour le gouvernement, de l’avis même du Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Son gouvernement aura à faire des choix pour le moins difficiles ; la planche à billets est une option à double tranchant, les réformes ne peuvent être mises en œuvre qu’à compter du second semestre 2019 alors que le temps presse et le compte à rebours ne fait que s’accélérer, le chômage et l’inflation pourraient rebondir, les réserves de change fonderaient davantage sous l’effet d’un baril de pétrole moins rentable, à l’heure où les incertitudes qui enveloppaient le marché pétrolier menacent de se transformer en cauchemar pour les producteurs, dont le budget dépend presque totalement des recettes d’hydrocarbures. Le cadrage macroéconomique retenu pour l’exercice 2019 table sur un prix du pétrole à 50 dollars le baril, alors que les cours culminent à peine au-dessus de 50 dollars le baril. Au-dessous du prix de référence fixé à 50 dollars le baril, l’Algérie aggraverait les pertes et mettrait à rude épreuve la viabilité de ses comptes extérieurs, voire intérieurs aussi car la fiscalité pétrolière baisserait d’un cran et la dette interne grimperait, tandis que le recours à la planche à billets s’accentuerait et risquerait de provoquer les effets pervers tant redoutés.
Le taux d’inflation prévisionnel pour 2019 a été fixé à 4,5%, soit identique à la moyenne de 2018. La loi budgétaire du prochain exercice prévoit par ailleurs des recettes de 6 508 milliards de dinars dont 2 714 milliards DA de fiscalité pétrolière.
Le déficit du Trésor devrait s’établir à un peu plus de 2 000 milliards de dinars, ce qui impliquerait davantage de création monétaire à même de pouvoir le couvrir. C’est dire que la situation est loin d’être un fleuve tranquille ; la tension est exacerbée par l’absence de réformes et de pare-chocs financiers, ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre du gouvernement.
Le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué dans sa dernière analyse de l’économie algérienne que l’Exécutif prévoit un retour aux politiques d’assainissement financier dès 2019. Le Conseil des ministres de jeudi dernier n’en a fait aucune mention. Probablement pour ne pas attiser le feu social à la veille d’une échéance politique si décisive pour l’avenir du pays.n

Répartition du budget de fonctionnement
La Loi de finances 2019, signée jeudi par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, prévoit des dépenses de fonctionnement de 4 954,47 milliards DA (contre
4 584,46 milliards DA en 2018). Voici la répartition de ce budget par département ministériel (les chiffres entre parenthèses sont ceux de la Loi de finances 2018).
Unité : milliards DA :
– Présidence de la République : 8,22 (7,86)
– Services du Premier ministre : 4,49 (4,45)
– Défense nationale : 1.230 (1.118,3)
– Intérieur et Collectivités locales : 418,4 (425,57)
– Affaires étrangères : 38,06 (35,21)
– Justice : 75,86 (74,54)
– Finances : 86,98 (86,82)
– Energie : 50,8 (50,8)
– Industrie et Mines : 4,72 (4,61)
– Agriculture, dév. rural et pêche : 235,29 (211,81)
– Moudjahidine: 224,96 (225,17)
– Affaires religieuses et des Wakfs : 25,28 (25,24)
– Commerce: 18,38 (19,98)
– Ressources en eau : 14,14 (14,01)
– Environnement et énergies renouvelables : 2,13 (2,13)
– Travaux publics et transports : 49,96 (25,98)
– Habitat, urbanisme et ville : 16,28 (16,62)
– Education nationale : 709,55 (709,55)
– Enseignement sup. et recherche sc. : 317,33 (313,33)
– Formation et Ens. professionnel : 47,84 (46,84)
– Travail, emploi et séc. sociale: 153,7 (154,01)
– Tourisme-artisanat : 3,2 (3,15)
– Culture: 15,28 (15,27)
– Solidarité nationale : 67,38 (67,38)
– Relations avec le Parlement: 0,23 (0,23)
– Santé, population et réforme hospitalière : 398,97 (392,16)
– Jeunesse et sports : 35,46 (35,23)
– Communication : 21 (20,7)
– Poste et TIC: 2,31 (2,34)
– Sous/Total : 4.276,3 (4.109,48)
– Charges communes : 678,18 (474,98)
– TOTAL : 4.954,47 (4.584,46). (APS)

Répartition du budget d’équipement
La Loi de finances 2019 prévoit un budget d’équipement comprenant 2.601,66 milliards DA pour les Autorisations de programmes et 3.602,68 milliards DA pour les Crédits de paiements. Voici la répartition du budget par secteur des Autorisations de programmes (les chiffres entre parenthèses sont ceux des Crédits de paiements) :
– Industrie : 1,33 milliard DA (61,24 milliards DA)
– Agriculture et hydraulique : 160,78 milliards DA
(235,6 milliards DA)
– Soutien aux services productifs : 55,8 milliards DA
(72,75 milliards DA)
– Infrastructures économiques et administratives :
485,5 milliards DA (635,78 milliards DA)
– Education-Formation : 127,8 milliards DA
(162,9 milliards DA)
– Infrastructures socio-culturelles : 70,67 milliards DA
(146,5 milliards DA)
– Soutien à l’accès à l’habitat : 99,7 milliards DA
(423,43 milliards DA)
– Divers: 800 milliards DA (600 milliards DA)
– Plans communaux de développement : 100 milliards DA
(100 milliards DA)
– SOUS-TOTAL investissements : 1.901,57 milliards DA
(2.438,25 milliards DA)
– Soutien à l’activité économique : Comptes d’affectation spéciaux et bonification du taux d’intérêt
(crédit de paiement de 672 milliards DA)
– Provision pour dépenses imprévues : 700,1 milliards DA
(362,47 milliards DA)
– Règlement des créances détenues sur l’Etat :
(crédit de paiement de 100 milliards DA)
– Recapitalisation des banques : (crédit de paiement de
30 milliards DA)
– SOUS-TOTAL opérations en capital : 700,1 milliards DA
(1 164,42 milliards DA)
– TOTAL Budget d’Equipement : 2.601,66 milliards DA
(3 602,68 milliards DA).
(APS)