Avant-hier, jeudi, le souverain wahhabite, le roi Salmane, a procédé au remaniement de son gouvernement.

Une opération dont la pièce maîtresse, constatent les observateurs de la scène politique saoudienne,  concerne les Affaires étrangères. Et le remplacement d’Adel al-Jubeir, nommé chef de la diplomatie du royaume  en avril 2015 par le défunt roi Abdallah, par un ancien ministre des Finances, Ibrahim al-Assaf.

La nomination de cet ancien argentier du royaume pendant une vingtaine d’années, considéré comme un représentant de la « vieille garde » qui ne fait pas de vague au sein de la monarchie, fait partie d’une série de décrets royaux que certains observateurs considèrent comme la marque d’un « rééquilibrage » alors que d’autres les perçoivent comme une simple opération de cosmétique. L’objectif, affirment-ils, est de soulager un pouvoir saoudien sous forte pression depuis l’assassinat du journaliste opposant Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier, dans un consulat du royaume à Istanbul en Turquie. L’enjeu est de préserver le prince héritier Mohamed Ben Salmane « MBS », présenté par les médias turcs et plusieurs services occidentaux dont la CIA comme le commanditaire du meurtre effroyable du journaliste, une thèse que les autorités saoudiennes ne cessent de réfuter en affirmant sans succès que l’opération de liquidation du collaborateur du Washington Post s’est déroulée « hors de leur contrôle ».
A bien voir la nature du changement opéré par le roi Salmane, les postes concernés restent peu importants : ministre de la Défense, le prince héritier « MBS » demeure en place. Théoriquement, son pouvoir est renforcé d’autant que certains commentateurs de la presse des pays du Golfe croient savoir que Adel al-Jubeir, qui passait pour un ardent défenseur du prince dans l’affaire Khashoggi, serait en réalité un de ses plus virulents et discret critique. L’ancien chef de la diplomatie saoudienne, figure emblématique pendant trois ans de la politique extérieure saoudienne, aujourd’hui relégué aujourd’hui au poste honorifique de ministre d’Etat auprès d’Ibrahim al-Assaf, suscitait la jalousie de l’héritier du trône, dit-on. Son changement de statut, qui n’émanerait pas directement de « MBS » mais du roi Salmane en personne, serait le fait qu’il n’était pas perçu comme une personne loyale à la famille royale au pouvoir. Dans les faits, « MBS » demeure toujours sous surveillance et peut à tout moment payer les frais de son imprudence et de sa brutalité. Cette lecture particulière des subtilités des coulisses du sérail saoudien reste toutefois marginale pour l’instant. Selon Ali Shihabi de la Fondation Arabia, représentatif d’une version plus générale, le remaniement permet au prince héritier Mohammed ben Salmane, qui tient de facto les rênes du pays, à « consolider son pouvoir », une bonne partie des nouveaux arrivants figurant parmi ses « alliés clés ».
Détendeurs des postes-clés, des fidèles à « MBS »
Le ministre de l’Intérieur, Abdel Aziz ben Nayef ben Abdel Aziz, celui de l’Energie, Khaled al-Faleh, et celui des Finances, Mohammed al-Jadaan, gardent leurs postes à l’issue du remaniement opéré jeudi. Le ministre de l’Education Ahmed al-Issa a été remplacé par Hamad al-Cheikh. Celui de l’Information Awwad al-Awwad a été remplacé par Turki al-Chabana et devient conseiller royal. L’ambassadeur saoudien à Londres, le prince Mohammed ben Nayef, devient également conseiller royal. Le ministre de la Garde nationale, Khaled ben Abdel Aziz Al-Mogren, a lui été remplacé par le prince Abdallah ben Bandar. Le prince Sultan ben Salmane, ancien astronaute qui était en charge du tourisme, a été nommé à la tête d’une agence saoudienne de l’espace nouvellement créée, un poste au rang de ministre. Turki al-Cheikh, un proche du prince héritier, a été muté de la direction de l’agence chargée des sports à celle des loisirs. Le directeur de la Sûreté nationale, Saoud ben Abdel Aziz Helal, a été remplacé par le général Khaled al-Harbi. Une femme, Imane al-Matiri, a été nommée assistante du ministre du Commerce.
Le remaniement n’a pas touché les postes liés à l’économie. Il intervient après l’annonce le 18 décembre d’un budget 2019 tablant sur un déficit à hauteur de 35 milliards de dollars, dans le rouge pour la sixième année consécutive en raison des prix bas du pétrole. Ryad, dont l’économie reste extrêmement dépendante des exportations d’or noir, prévoit des recettes globales de 260 milliards de dollars, principalement tirées des revenus pétroliers. Les autorités saoudiennes ont indiqué à l’occasion de l’annonce de ce budget que la croissance avait atteint 2,3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2018, un net rebond après une contraction de 0,9% en 2017. Elles tablent sur une croissance de 2,6% en 2019. Mais un rapport du cabinet d’experts Capital Economics publié le 20 décembre a jeté le doute sur la capacité du royaume à atteindre ces objectifs. L’Arabie saoudite devrait enregistrer une hausse de son déficit et une croissance plus faible en 2019, selon ce rapport. Pour que le royaume atteigne les objectifs fixés dans son budget 2019, il faudrait que les cours du pétrole atteignent au moins 80 dollars le baril, selon ce rapport. Or les prix du brut n’ont cessé de reculer et oscillent actuellement entre 50 et 60 dollars le baril. n