Si son ère a été entachée par un coup d’Etat militaire, les années Boumediène ont été constructives à plusieurs égards. Journaliste à La République, je me souviens de l’enthousiasme de milliers de jeunes à participer à la Révolution agraire marquée par de grandes campagnes de volontariat.

Je me rappelle des rencontres à Club-des-Pins d’Alger pleines d’intensité, d’émotions et d’espoirs entre le Président, fils de fellahs pauvres, et les étudiants pour la plupart issus de milieux modestes. C’était, avec la même intensité, la nationalisation des hydrocarbures, les révolutions industrielle et culturelle, les débats sur la Charte nationale, la démocratisation de l’enseignement, la scolarisation massive des filles et l’introduction de la langue arabe à l’ONU. Sans oublier une politique de non-alignement, l’appel à un nouvel ordre mondial et le soutien aux mouvements de libération dans le Tiers-monde, en Palestine et au Sahara occidental. J’ai aussi en mémoire la fameuse phrase de Boumediène, prononcée à Lahore en 1974, à la Conférence des Etats Islamiques : «Les hommes ne veulent pas aller au paradis le ventre creux.» J’ajouterais, qu’en ces années-là, il me semble que la politique, en ce qui concerne Boumediène, servait à rendre le monde plus juste. Comme Ben Bella qu’il avait renversé, il ne s’est jamais enrichi personnellement et n’était pas adepte du népotisme. Cela n’est pas rien dans l’histoire d’un pays.

Dernier titre paru : Le Jour où Pelé (éditions Barzakh, 2018)