Lors de l’hommage rendu au forum d’« El Moudjahid » par l’association « Mech’al echahid », à l’occasion du trentième anniversaire de sa disparition, Mme Anissa Boumediène dressait un portrait inédit de son époux, opposé à l’exécution du colonel Chabani, libérant, au lendemain de sa prise de pouvoir, quelque mille deux cents détenus et, qui plus est, n’avait pas ordonné l’application de la condamnation à mort contre ceux qui avaient fomenté un attentat contre lui le 25 avril 1968.

Les treize années d’un exercice plus sans partage que solitaire – Boumediène consultait volontiers ses collaborateurs – auront, sans doute aucun, fait de l’autoritarisme l’ADN du système politique algérien, un système rétif aux libertés, adossé à un appareil répressif jouissant d’une quasi-impunité et une justice aux ordres.
Quand bien même Boumediène était parvenu à une réelle maîtrise de sa communication – que ce soit dans ses adresses solennelles au peuple ou aux apartés avec quelques journalistes étrangers, à l’image de Paul Balta avec lequel il échangeait en français -, est-ce bien l’opacité qui demeure l’enseigne de son régime ?

Coup d’Etat  et attentat
L’opposition en exil ou, au mieux, contrainte à la clandestinité, n’aura jamais constitué un réel risque pour son pouvoir et est-ce de l’intérieur même du régime qu’allaient être scandées les violences et les énigmes souvent toujours ouvertes.
Le coup de semonce le plus spectaculaire et assurément le plus sérieux viendra, relativement tôt, en décembre 1967, avec la tentative de coup d’Etat initiée par Tahar Zbiri, ancien chef d’état-major et acteur du renversement de Ben Bella en juin 1965. L’aviation aura raison des blindés dirigés vers la capitale et le suicide, controversé, du colonel Saïd Abid ajoutera forcément au climat de suspicions et à l’aura de violence qui se rattache au régime.
Le 25 avril 1968, à la sortie d’un Conseil des ministres, le véhicule de Houari Boumediène est l’objet d’un tir à l’arme automatique. Son chauffeur est grièvement blessé et lui est légèrement touché. L’opération s’inscrit dans le prolongement de la tentative de coup d’Etat de Tahar Zbiri. L’accident d’hélicoptère qui coûta la vie au commandant Abdelkader Chabou, tout puissant secrétaire général du ministère de la Défense, réputé proche de Boumédiène, n’a pas forcément livré tous ses secrets.

Accident, suicide, assassinats

L’enquête aurait révélé la présence de charges explosives qui donneraient à penser à une liquidation. Les mêmes questions se sont posées, en décembre 1974, au lendemain du suicide – annoncé – de Ahmed Medeghri, ministre de l’Intérieur, membre du Conseil de la Révolution et rattaché au « groupe d’Oujda ».
Ce ne fut pas, pour le moins, un long fleuve tranquille, comme le confirmera l’entrée en opposition – notamment à la politique de réforme agraire – du commandant Slimane – Kaïd Ahmed – compagnon de l’état-major général de l’ALN. En janvier 1967, l’assassinat, à Madrid, de Mohamed Khider, ancien secrétaire général du FLN, est clairement attribué par les enquêteurs à la Sécurité militaire algérienne, et celui de Krim Belkacem, membre fondateur du FLN, en décembre 1970 à Francfort, met en cause directement le régime.
En 1976, un appel signé par quatre personnalités nationales – deux anciens présidents du GPRA, Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, l’ancien secrétaire général du PPA/MTLD Hocine Lahouel, un ancien président de l’Association des oulémas, ancien membre du Conseil de la Révolution Mohamed Kheireddine – conduit leurs auteurs à leur mise en résidence surveillée. L’extrême violence du régime avait-elle aussi été l’un des choix stratégiques de Boumediène ?