Le président de la République est attendu aujourd’hui, à l’occasion du Conseil des ministres qu’il va présider dans l’après-midi. Le chef de l’Etat sera certainement attendu non pas pour la signature de la Loi de finances pour l’année 2019, mais pour un autre événement qu’est la présidentielle, sur lequel il pourra donner un tant soit peu de visibilité. D’autant que la scène politique a vu l’émergence depuis quelque temps de différents scénarios, parfois même opposés au sein d’un même camp.

Le flou a poussé les uns comme les autres à y aller chacun de sa propre lecture pour une sortie à ce qui semble être une impasse à laquelle l’Algérie fait face en cette veille de 2019, d’autant que rien n’indique que le pays s’apprête à connaitre une concurrence pour le poste de président de la République.
Il s’agit notamment du report, de prolongation, de période de transition… qui sont proposés à bras le corps par nombre d’acteurs et d’observateurs de la scène politique.
En attendant ce que Bouteflika pourrait faire comme «annonces», pour reprendre la patronne du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, il y a au moins trois scénarios qui se profilent à l’horizon et que les débats de la classe politique ont aidé à se dessiner. D’abord, une conférence de consensus. Cette option défendue au sein du pouvoir comme au sein de l’opposition, mais à contenus différents, repose sur le même principe du report de l’élection présidentielle.
Amar Ghoul, président de TAJ, suggère une conférence «inclusive sous l’égide du président de la République», alors que Abderrezak Makri, président du MSP, la conçoit comme une rencontre nationale où «toutes les parties se mettraient d’accord sur un report d’une année au maximum, avec des garanties d’introduire des réformes économiques et politiques». Si le chef de l’Etat se prononce en faveur d’une telle conférence, c’est qu’il est possible que les positions soient rapprochées pour prolonger l’actuel mandat.
La conférence nationale donnera alors un cachet légal à une révision de la Constitution pour créer peut-être un poste de vice-président et préparer l’après-Bouteflika. Quant au sein des partis de l’Alliance présidentielle, l’on parle toujours de «la continuité», et il est clair que le scénario est sur la table.
L’autre scénario à envisager à la lumière des débats est sans doute celui qui revendique une révision de la Constitution dans l’immédiat.
Le chef de l’Etat pourrait bien décider d’aller vers une autre révision de la Loi fondamentale après celle de 2016.
L’Association nationale des zaouias ne se gêne pas pour le demander d’ailleurs, bien que les soutiens du locataire du palais d’El Mouradia ne se soient à aucun moment prononcés sur cette possibilité.
L’option trouve un semblant d’adhésion au sein de l’opposition avec les appels de Louisa Hanoune à la dissolution du Parlement pour élire une assemblée constituante.
Le dernier scandale qu’a connu l’APN, dans l’affaire Saïd Bouhadja, lorsque la majorité a cadenassé la porte principale de l’hémicycle, peut être un justificatif solide pour le chef de l’Etat afin de déclarer «non crédible» cette assemblée et décider d’organiser des élections législatives anticipées.
A l’opposé de ces deux scénarios, une troisième voie se profile et que l’on pourrait qualifier d’option de dernière minute : il s’agit de l’organisation de l’élection à l’échéance prévue, le Président se porte candidat et brigue un 5e mandat. Parmi les fidèles soutiens de Bouteflika, l’on trouve encore ceux qui défendent cette thèse, dont Ali Haddad, patron du FCE, et surtout Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l’Ugta. Avant-hier, le patron de la centrale syndicale a déclaré que «le candidat des travailleurs au niveau national doit passer.
C’est de notre devoir que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, passe en 2019». Sidi Saïd parle donc d’élection présidentielle dans les délais prévus, ignorant tout le débat sur la scène politique. Cette option est d’autant plus plausible lorsque l’on sait qu’au sein de l’opposition pas mal d’acteurs se sont dit «contre la violation de la Constitution» et «pour le respect du calendrier électoral».
C’est dire qu’en leur absence à une conférence de consensus, cette dernière manquera de crédibilité et le premier scénario risque de tomber à l’eau. Le 5e mandat, après avoir été une revendication il y a quelques semaines, deviendra alors presque un choix.<