Le dernier Conseil des ministres de l’année devrait se tenir, aujourd’hui, sous la présidence du chef de l’Etat. La réunion du Président avec ses ministres s’annonce éminemment politique et économique. Les questions politiques devraient être axées sur les prochaines échéances électorales d’avril 2019, alors que le volet économique porterait sur l’état des finances publiques et des comptes extérieurs, dont les grands agrégats ont été présentés, dimanche, à l’Assemblée, par le gouverneur de la Banque d’Algérie.

Les statistiques de Mohamed Loukal donnaient froid au dos et témoignaient d’un état de détérioration prononcé des indicateurs macroéconomiques de l’Algérie.
Les réserves de change du pays, son principal indicateur de solvabilité, ont baissé à 82,12 milliards de dollars à fin novembre de l’année en cours, marquant ainsi une chute de plus de 111 milliards de dollars depuis juin 2014, date qui a marqué un retournement spectaculaire du marché pétrolier. La forte contraction des réserves de change est la conséquence directe du déficit chronique de la balance des paiements ; lequel se chiffre à 10,42 milliards de dollars sur les onze premiers mois de 2018.
Au plan interne, la situation se caractérise par l’absence désormais de pare-chocs financiers après le tarissement des avoirs du Fonds de régulation des recettes pétrolières. Le solde du FRR s’affiche négatif après avoir cumulé environ 8 000 milliards de dinars, dont 4 408,5 milliards de dinars ont été consommés durant ces quatre dernières années. L’amenuisement des ressources internes a contraint le gouvernement de recourir à la planche à billets, une option validée par le Parlement en octobre 2017.
Les tirages de monnaie au moyen de la planche à billets se sont chiffrés à 4 005 milliards de dinars à fin octobre 2018. S’il est vrai qu’une partie de ce cash-flow a été canalisé à même de financer une partie de la dette interne, celle-ci représente désormais près de 40% du PIB, si l’on se fie au chiffre fourni récemment par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, lors d’un forum d’affaires algéro-sud-coréen, soit environ 7 000 milliards de dinars. Qu’on le veuille ou pas, les finances internes et les comptes extérieurs n’ont jamais été aussi fragiles.
Du moins durant ces 15 dernières années. Assurément, le Conseil des ministres examinera minutieusement les indicateurs présentés récemment par le patron de la plus haute autorité monétaire. Il y a bon gré, mal gré ce besoin de pressant d’envoyer l’Exécutif au charbon et de mettre un terme à cette espèce de passivité qui caractérise l’action du gouvernement, alors que la situation financière va en s’aggravant. Cette crise risque de s’aggraver davantage si les cours du brut restent en l’état, c’est-à-dire à leurs niveaux actuels ; les plus faibles depuis fin 2017. Les prévisions des analystes sur l’évolution des prix du pétrole ne sont guère rassurantes, ce qui fait sortir, probablement, le gouvernement de sa bulle d’optimisme, pariant désormais sur une action tous azimuts. Il faut s’attendre à ce que le Conseil des ministres donne des orientations claires sur la nature des réformes à mener dès 2019. Il serait question de revenir aux opérations d’assainissement des finances publiques abandonnées en 2017 ; celles-ci exigent la remise sur rails des réformes des subventions, l’efficience de la gestion budgétaire, la transparence, l’amélioration de la collecte de l’impôt et des scores de la fiscalité ordinaire… Il s’agirait également d’accélérer dans la diversification de l’économie nationale en donnant la part belle au secteur privé, l’amélioration des recettes en devises en fixant un cap clair en faveur de l’exportation et revenir par-dessus tout à la lutte contre les importations inessentielles qui grèvent la trésorerie publique. Ces ajustements tendent à réduire la pression sur la balance des paiements et, par ricochet, sur les réserves de change du pays. En tout cas, le besoin de réformes n’a jamais été aussi pressant. Le Conseil des ministres en fera assurément mention.