L’édition 2018 du Festival international de la musique andalouse et des musiques anciennes (Fimama), du 18 au 25 décembre, s’est clôturée, avant-hier soir avec de nombreux couacs en coulisses et le grand artiste de la chanson andalouse et hawzi, Nouri Koufi, malgré sa colère, qui a assuré un spectacle de qualité par respect à son public venu nombreux.

La soirée a débuté à 21 heures au lieu de 19h30. L’interprète de la chanson andalouse et hawzi, Nouri Koufi, monte sur scène face à une salle pleine à craquer. Il entamera un récital de haute voltige, en interprétant avec son orchestre plusieurs modes de noubat eddine et les incontournables morceaux qui ont fait sa réputation, à l’instar de «Chams Al-Achia », «Sidi Boumediène», «Ya Lala», et pour finir en beauté avec le fameux chant liturgique « La Illah il Allah».
Les Egyptiens de l’ensemble « Takht Al Arabi» ont pris le relais en interprétant quelques titres orientaux, sous la direction du maestro Dr Yasser Moawad. Une chanson honorifique a également été interprétée par Fouad Man pour la moudjahida Djamila Bouhired, présente dans la salle. Les élèves du Master Class ont clôturé la soirée avec le fruit de leur formation acquis auprès du musicien Khalil Baba Ahmed.
En marge du spectacle, la star de la soirée, Nouri Koufi, a exprimé sa colère en déclarant à Reporters : « J’ai failli partir de ce festival, car ils m’ont appelé pour me dire qu’ils n’ont pas assez de micros pour mon orchestre. Les organisateurs ont programmé trois orchestres dans la même soirée, alors qu’ils n’avaient pas les moyens humains et techniques de gérer un tel défi.» Ajoutant : «Tout le monde sait que j’ai un problème avec les organisateurs de spectacles et des gens de la culture, parce que je suis un peu exigeant dans le travail car je véhicule une culture et un patrimoine qui nous ont été légués par des gens qui ont donné leur vie pour ce pays. Nous n’avons pas le droit de le brader, on doit plutôt le faire avec respect et honneur.» Il dira à propos des nombreux couacs qui ont entaché le déroulement du Fimama, que « l’orchestre Nassim El Andalous, qui est venu par route, lundi dernier, d’Oran, à 5 heures du matin, est reparti à la fin de la soirée sans dormir. Ce n’est pas de la musique tout cela, mais plutôt de l’esclavage». Il s’insurge contre le mépris affiché des organisateurs pour les artistes algériens, en s’exclamant : « Les responsables n’aiment pas que l’on parle comme ça, mais je leur dis haut et fort que si vous n’avez pas les moyens ne le faites pas. Ce qui me désole, ce sont les centaines de milliers d’euros qui sont investis pour payer les artistes étrangers qui viennent en Algérie.» «Je suis venu en grande partie avec mes moyens, uniquement pour mon public, pour l’Algérie et pour notre patrimoine. Nous n’avons pas le millième de ce qu’on doit prendre comme cachet », a-t-il poursuivi.
Marginalisé par le ministère de la Culture depuis une quarantaine d’années, Nouri Koufi dira en ce qui concerne la carte d’artiste, que «c’est une plaisanterie, il faut donner de l’importance à l’artiste avant de lui donner une carte ». Il poursuivra son réquisitoire en ajoutant que «l’ONDA touche comme recette une centaine de milliards par an, c’est un deuxième impôt en Algérie. Je n’ai pris aucun droit. Comment voulez-vous prendre des droits, quand vous savez que la commission juge des morceaux qui n’existent pas et on ne peut pas savoir si cette chanson appartient à telle ou telle personne ». Nouri Koufi précisera aussi : «Je ne suis même pas affilié à l’ONDA, mais plutôt membre de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique française (Sacem). » Affirmant qu’on «m’a accepté en France depuis 20 ans, mais pas en Algérie où j’ai déposé un dossier et on m’a répondu que je ne remplissais pas les conditions ».