Emmanuel Macron a, sans doute, raté une occasion de se taire. Englué dans des problèmes internes à la France, avec une impopularité croissante et des «gilets jaunes» qui ne marquent pas le pas.

Il a déclaré, depuis le Tchad, alors qu’il y avait le feu dans différentes villes de l’Hexagone, «qu’un allié se doit d’être fiable». Une allusion non voilée à l’encontre de celui qui était, il n’y a pas si longtemps, son « meilleur ami », Donald Trump, qui a décidé contre toute attente et logique de retirer ses troupes de Syrie. Des troupes qui avaient pour mission de traquer puis d’éliminer les djihadistes de l’EI. C’est vrai que la France, qui se voit dans le rôle de « gendarme du monde », bien qu’elle rejette normalement l’idée et le principe, un rôle détenu jusque-là par les Etats-Unis, se surprend à être bien seule dans différentes parties du monde en proie à des conflits ouverts ou larvés. Présente au Tchad, Mali, à Djibouti, en Centrafrique, Irak, Afghanistan, et bien d’autres «centres de formation», la France commence à sentir le poids des finances faire courber l’échine de l’Elysée. Et voilà que Trump retire un autre tapis de sous les pieds de Macron qui ne s’y attendait sûrement pas. Désemparé, le président français n’a pas mesuré la portée de sa déclaration de N’djaména, des propos qui confirment une présence française en Syrie, en matériels et… troupes conséquentes. Cela a suffi pour que le président turc mette en garde son homologue français de toute tentation d’aide directe aux Kurdes de Syrie. Ces derniers, qui ont joué un rôle majeur dans l’élimination des troupes d’El Baghdadi d’Irak et de Syrie, avec un matériel militaire américain et européen (disons français), se sont vu héros de guerre qui pourraient être récompensés par leurs donateurs occidentaux par «un territoire» propre aux Kurdes. Ceux d’Irak d’ailleurs, forts de leur statut d’autonomie, cultivent des vélléités indépendantistes, très vite étouffées par les autorités irakiennes et la communauté internationale. Tout cela, en plus du retrait inattendu (?) des troupes américaines de Syrie, a fait qu’Erdogan saisisse l’occasion pour mater et étouffer toute idée de territoire autonome kurde. Présent lui aussi en Syrie, pour « combattre les terroristes de l’EI », le tout-puissant et homme fort de Turquie, qui ne porte pas dans son cœur son homologue syrien, se permet quand même de combattre, pourchasser et bombarder les combattants… kurdes.

Cachez-moi ces Kurdes…
«Je ne permettrai jamais à ce qu’un embryon d’autonomie kurde se forme à mes frontières avec la Syrie», clamait haut et fort Erdogan à qui voulait l’entendre. Les puissances militaires présentes sur place se sont accommodées, pour ne pas dire ont approuvé, la présence turque, chacun ayant une tâche bien précise à y accomplir, quitte à regarder ailleurs quand un encombrant voisin déroge à des règles préétablies. La France, qui avait un rôle mineur dans la gestion des conflits en Syrie, s’est vue encore plus submergée avec le retrait américain car, officiellement, elle n’a pas de troupes sur place. C’est pourquoi la sortie du président turc, affirmant ne point permettre à Paris de s’immiscer dans le conflit entre Turcs et Kurdes, a surpris plus d’un. En premier lieu, le président français qui n’a pas encore réagi aux mises en garde d’Ankara, ne confirmant ni n’infirmant d’ailleurs l’existence de troupes tricolores au sol.
En tout cas, Macron est conscient que la nouvelle lune de miel entre Washington et Ankara ne peut être de bon augure pour les relations entre la France et les Etats-Unis. Car les tweets acerbes de Trump, et en réponse, les dépêches polies mais fermes du président français ou de son Premier ministre, renseignent sur le « je t’aime, moi non plus » entre les deux capitales. D’ailleurs, l’invitation de la Turquie, en bonne et due forme, pour une visite du président américain à Istanbul pour 2019, pourrait sceller la naissance d’un nouvel axe de décision dans la région. En tout cas, tout cela conforte l’idée qu’Erdogan peut dorénavant s’adonner à son jeu favori qui est celui d’effacer toute idée d’émancipation des Kurdes. n