La forêt récréative de Sidi Slimane (commune de Hadjout), en cours d’aménagement pour en faire un lieu de détente et de loisirs pour les familles, a été au menu de la visite de travail, samedi dernier, dans la wilaya de Tipasa, du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche Abdelkader Bouazgui.

La forêt récréative Sidi Slimane, dépendant du domaine forestier national, située à égale distance entre la commune de Hadjout et le village agricole Errahaba, est l’un des premiers projets qui connaît un début de concrétisation puisqu’elle fait partie du programme des 24 forêts prévues pour la détente et dont il est question depuis une décennie. Cette forêt occupe une superficie de 24 ha implantée dans la commune de Hadjout qui a déjà fait l’objet, en 2009, d’une opération de nettoyage initiée par une association écologique qui espérait la mettre à la disposition des familles et des amateurs de sorties en plein air qu’elles soient sportives ou juste pour le plaisir et la détente.

700 millions de dinars d’investissement

L’aménagement de la forêt en cours va être réalisé grâce à un investissement privé de 700 millions de dinars avec comme prévision d’ouverture du site en juin 2019 même si l’ensemble du projet ne sera pas achevé. En effet, le projet fait face au problème de quelques constructions illicites sur le site qui va être pris en charge par les responsables locaux. Le site est constitué de 2 600 arbres qui ont été recensés et numérotés et l’investisseur s’est engagé et est tenu de les protéger et les soigner car beaucoup sont malades et atteints par le psylle qui touche 90% de la forêt depuis 2009 et rien n’a été fait à ce jour. Le traitement des arbres sera, bien sûr, à la charge de l’investisseur qui cherche des techniques écologiques pour faire face au problème d’infestation. Selon Abid Amine, un jeune homme fort sympathique et engagé dans la réalisation du projet, les services des forêts leur avaient proposé, au début, de faire un couronnement sanitaire mais la solution n’était pas judicieuse, selon eux, car il n’y aura plus de feuillage et, par conséquent, pas d’ombre et il faudra attendre longtemps avant sa reconstitution. Après avoir discuté avec des fellahs pour bénéficier de leur expérience, les responsables du projet ont opté pour un traitement d’hiver à base d’huile jaune, une formule écologique qui ne fait pas disparaître totalement le psylle mais l’étouffe dans l’œuf, ce qui permettra de limiter les dégâts, nous explique Amine. Il ajoute que, de toute façon, chaque arbre mort sera aussitôt remplacé par une nouvelle plantation.
Une fois le projet de parc livré, ils réfléchissent déjà à fructifier, plus tard, l’investissement en se lançant dans la production de produits dérivés de l’eucalyptus, à savoir la fabrication d’huile essentielle et de miel étant donné que l’entreprise a, déjà, un élevage d’abeilles sur un autre site qui va être développé. Ces activités s’inscrivent toujours dans la protection de la ressource et le développement durable puisqu’il s’agit de métiers verts qui ont déjà existé dans la région mais, hélas, n’ont pas fait long feu. Amine raconte qu’il a, dans cette perspective, fait une formation en attendant que cette proposition soit acceptée car elle est à l’étude au niveau des structures concernées.

Vers la création d’un zoo des animaux endémiques

Selon notre interlocuteur, la première opération du projet a consisté en le nettoyage du site, durant quatre mois, qui était autrefois une décharge, en plus de la réalisation de gabionnage pour fixer la terre et quelques menus travaux d’embellissement avec l’aménagement d’espaces jardins avec plantation de fleurs et autres plantes ornementales sans oublier l’eucalyptus qui est l’arbre de cette forêt qu’il faut absolument protéger. Plus tard, l’investisseur pense se lancer dans la création d’un zoo dont la thématique sera dédiée à l’Algérie avec des animaux endémiques telles que la gazelle, le fennec, le cerf de barbarie, etc. « Nous sommes en train d’établir la liste avec les scientifiques algériens et d’ailleurs. Nous avons même eu la visite de l’ex-directeur du zoo de Ben Aknoun pour nous aider à cerner la question et offrir un espace ludique et didactique en même temps. Au niveau de la forêt, il y aura aussi un clin d’œil au Sahara avec l’installation de plusieurs kheïmas traditionnelles dont celle d’Oued Souf ou encore celle de Tlemcen. Il n’y aura que de la terre dans la forêt, pas de béton du tout, ce qui permettra de créer des allées de jogging et autres activités sportives adaptées », a-t-il indiqué. « La partie la plus importante sur le plan financier sera l’aquaparc, à l’image de ce qui s’est fait à Bordj El Kiffan. Ensuite, on aura la partie dédiée aux manèges, une trentaine environ pour les 4 ans à 18 ans et un espace réservé au lac artificiel qui sera implanté sur un oued asséché qui a été récupéré pour cela et recouvert de geo-membrane pour rester dans l’aspect écologique. Ce sera l’espace détente accessible aux petites bourses », poursuit-il. Au vu des très gros investissements, nous explique notre interlocuteur, « nous avons veillé à offrir des espaces pour différentes bourses et différents goûts dont l’aquaparc, qui sera le plus cher avec environ 1 500 DA l’entrée, puis, l’espace manèges avec une formule forfait pour toute la journée afin de faire profiter les enfants de toute la forêt, toute la journée jusqu’à épuisement, sans oublier les jeux dans les cascades d’eau. De plus, nous avons veillé à ce qu’il y ait un côté pédagogique avec la présence d’oiseaux, un aquazoo et autres animaux sans oublier l’espace cafétéria ».

Un parcours sportif

Le parcours sportif est, également, prévu avec une allée jogging, une autre destinée aux amateurs de vélos et un espace dédié au quad.
L’aménagement, à proprement parlé, a commencé depuis juillet 2018, par la réalisation d’un accès à la forêt, de plusieurs allées et d’un parking d’une capacité de 1 123 véhicules et une trentaine de bus, l’aquaparc et un lac artificiel sans oublier la pose de la clôture. Autrement dit, c’est une forêt qui sera ouverte et accessible à toutes les bourses et offrira une alternative aux visiteurs en dehors du balnéaire qui est souvent saturé pendant la saison estivale.
Il faut se rappeler que la forêt de Sidi Slimane est une plantation d’eucalyptus réalisée afin d’assécher cette zone de marécages. Au fil du temps, Sidi Slimane a perdu de sa splendeur en cédant le pas devant la prolifération des ordures, ce qui a incité les membres de l’association « la Bulle verte » à proposer son aménagement en forêt récréative. Une idée qui a vite été adoptée par l’ancien wali, Mohamed Ouchen, qui a débloqué, après bien sûr un examen minutieux de la proposition, une enveloppe de 1,5 million de dinars pour entreprendre l’étude du projet. Les membres de l’association avaient des idées claires quant à ce projet puisque, selon eux, la concrétisation du projet, outre le fait qu’elle permettra de juguler toute agression contre le site, contribuera aussi à la création d’emplois, directs et indirects, notamment un parking pour voitures, une cafétéria, une pizzeria et tout un espace réservé à la commercialisation de produits artisanaux, pour promouvoir entre autres l’agro-tourisme ainsi que des aires de jeux et même un circuit de poneys à l’image de celles de Bouchaoui ou la forêt récréative de Tipasa.
Protéger les espaces forestiers des prédateurs
La wilaya de Tipasa a recensé quelque 24 forêts récréatives, totalisant une superficie de 384,6 ha répartie au niveau de 17 communes, Damous, Gouraya, Hadjret-Ennous, Sidi Ghilès, Cherchell, Sidi Amar, Tipasa, Hadjout, Aïn Tagourait, Bouharoun, Khemisti, Bou Ismaïl, Douaouda, Fouka, Koléa et Attatba. Le programme de réalisation de forêts récréatives a vu le jour, il y a près d’une dizaine d’années avec l’installation d’une commission de wilaya chargée de l’examen des dossiers d’octroi de l’autorisation d’usage de ces espaces dédiés aux loisirs et à la détente. En plus de la création d’espaces récréatifs, il fallait trouver des solutions pour protéger les espaces forestiers des prédateurs et autres constructions illicites qui ont défiguré et détruit des centaines d’hectares de forêts en défrichant et y réalisant des habitations dont beaucoup ont fait l’objet de spéculations financières. Les exemples les plus médiatisés sont ceux du village dit Taline, réalisés illicitement dans la région d’El Beldj avec la complicité des élus locaux et le laxisme des autres responsables politiques ou sécuritaires. Cette commission installée selon les instructions du wali de l’époque, Mostefa Layadi, qui a regroupé les responsables de la Conservation des forêts, des Domaines, du Cadastre et de la Conservation foncière, était chargée de veiller à l’application rigoureuse des conditions d’octroi de concessions de parcelles de forêt destinées à l’activité de loisirs sur la base d’un cahier des charges rigoureux auquel seront soumis les souscripteurs et qui ne comportera que des activités compatibles avec la forêt.
D’où l’instruction 55 du 29 octobre 2014 du wali relative à la création d’une commission de wilaya pour la classification des forêts urbaines et suburbaines à caractère récréatif. A la suite, 24 sites forestiers à vocation récréative ont été créés sur la base du décret exécutif n° 06-368 du 19 octobre 2006 qui fixe le régime juridique de l’autorisation d’usage pour les forêts récréatives, ainsi que les conditions et les modalités de son octroi. La création de ces forêts récréatives, en plus de veiller à préserver ce patrimoine forestier, avait pour objectif, d’autre part, d’engager une campagne de sensibilisation et de reboisement, afin d’impliquer les citoyens dans la préservation et le développement du patrimoine forestier. Il faut rappeler qu’un travail préalable a déjà été fait dans la wilaya, qui a consisté en le recensement des forêts, leur cadastrage, mais qui doit être affiné en indiquant les limites précises des sites ainsi que les superficies exactes, tout en précisant leur implantation, à savoir en zones urbaine, suburbaine, rurale ou dans des EAC ou encore des EAI. Un réel besoin en matière de forêts récréatives est constaté chaque week-end, où des centaines de familles sont à la recherche d’espaces de détente et s’installent dans les forêts aux abords de la RN11, en particulier du côté de Bouharoun, laissant très souvent derrière elles des tas d’ordures. Sur les 24 sites déjà identifiés, 6 dossiers ont été transmis à la Direction générale des forêts (DGF) pour la création de forêts récréatives dans la wilaya de Tipasa et seules 2 dossiers ont été retenus, à savoir la forêt récréative de Si Ouramdhane située dans la commune Sidi Ghilès et celle de Sidi Slimane implantée dans la commune de Hadjout. En plus du volet loisirs et détente pour tous, la création de ces forêts récréatives sera salutaire pour le secteur, car elle mettra fin aux agressions multiples, sécurisera ces espaces forestiers livrés à eux-mêmes, sauvegardera les forêts par l’investisseur, qui aura une concession de 20 ans et pourra y mener divers travaux sylvicoles, créera de pistes cyclables et les randonnées, sans compter qu’elle apportera des ressources au domaine. Les membres de la commission ont été appelés à réaliser une carte d’identité par forêt avec un classement du périmètre où seront inscrites toutes ses spécificités, variétés d’arbres et leur nombre ainsi que leur état de santé entre autres, afin de la mettre à la disposition des promoteurs intéressés par l’investissement dans le secteur. Le cahier des charges, qui sera proposé à tout investisseur, pourra aussi proposer quelques activités compatibles avec les forêts, telles que la création de clubs équestres, la mise en place d’espaces de jeux pour enfants, de circuits d’auto-tamponneuses et autres activités ludiques pour les enfants et adultes.n