Le pape François a consacré hier son message de Noël à «la fraternité» entre les peuples, en espérant tout particulièrement que la paix permette aux réfugiés syriens de rentrer chez eux.

Dans son traditionnel tour d’horizon des zones de conflit de la planète, le souverain pontife a appelé mardi la communauté internationale à tout faire afin que les Syriens «qui ont dû quitter leur terre pour chercher refuge ailleurs, puissent retourner vivre en paix dans leur pays». «Que la communauté internationale oeuvre résolument pour une solution politique qui mette de côté les divisions et les intérêts partisans», a-t-il plaidé devant 50 000 fidèles, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, avant la bénédiction «Urbi et orbi» («à la ville et au monde»). Le président américain Donald Trump a ordonné le retrait des quelque 2 000 militaires américains déployés en Syrie, combattant les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) aux côtés d’une coalition arabo-kurde. Un tournant qui devrait avoir des répercussions sur un conflit complexe. Le pape, très sensible au sort des migrants de toutes confessions fuyant des zones de guerres de la planète, avait spécifiquement exprimé ses craintes de voir «effacée» la présence des chrétiens au Moyen-Orient, lors d’une rencontre en juillet dans le sud de l’Italie avec tous les patriarches des églises du Moyen-Orient. Des patriarches chrétiens de Syrie et du Liban avaient alors appelé à une aide internationale au retour des réfugiés syriens dans leur pays. François a d’ailleurs lancé un appel mardi à «la liberté religieuse», évoquant les chrétiens minoritaires célébrant Noël «dans des contextes difficiles, pour ne pas dire hostiles».

Trêve vitale
au Yémen
«Je pense au Yémen, avec l’espoir que la trêve obtenue grâce à la médiation de la communauté internationale puisse finalement soulager les nombreux enfants et les populations épuisés par la guerre et la famine», a en outre souligné le pape. La guerre au Yémen a fait au moins 10 000 morts depuis 2015 et jusqu’à 20 millions d’habitants sont «en situation d’insécurité alimentaire», d’après l’ONU. Un accord très fragile sur un cessez-le-feu «immédiat» négocié par l’Onu a été conclu le 13 décembre entre le pouvoir soutenu militairement par l’Arabie saoudite et les rebelles Houthis appuyés politiquement par l’Iran. Le pape n’a pas oublié la Terre sainte dans son traditionnel message de Noël, renouvelant un appel au «dialogue», au moment même où des législatives anticipées viennent d’être annoncées en Israël pour avril, un scrutin pour lequel le Premier ministre Benjamin Netanyahu est donné favori en dépit de récentes critiques sur sa politique à Gaza. Que la fête de Noël «permette aux Israéliens et aux Palestiniens de reprendre le dialogue et d’entreprendre un chemin de paix qui mette fin à un conflit» de soixante-dix ans, a lancé le pape argentin. Jorge Bergoglio n’a pas oublié son continent latino-américain, en appelant à une réconciliation des populations au Venezuela et au Nicaragua, deux pays en proie à des manifestations réprimées dans le sang. Il a aussi espéré un renforcement des nouveaux «liens fraternels» entre les deux Corées. Enfin, le pape François, qui multiplie les efforts diplomatiques pour se rapprocher de Moscou, a emprunté un terrain glissant en exprimant sa proximité avec les communautés chrétiennes de la «bien-aimée» Ukraine. «Seule grâce à la paix, respectueuse des droits de chaque nation, le pays peut se remettre des souffrances subies et rétablir des conditions de vie dignes pour ses citoyens. Je suis proche des communautés chrétiennes de cette région, et je prie pour qu’elles puissent tisser des liens de fraternité et d’amitié», a souligné le pape.
Le président russe Vladimir Poutine avait condamné la semaine dernière la création en Ukraine d’une église orthodoxe indépendante de la tutelle russe, dénonçant une violation «flagrante» des libertés religieuses. Ces tensions religieuses sont un nouvel épisode du divorce entre Kiev et Moscou depuis l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014 et l’éclatement d’un conflit armé entre l’armée ukrainienne et des séparatistes prorusses.