Plus qu’à l’occasion des années précédentes, la célébration en Algérie de la fête de Noël par l’Église d’Algérie a été empreinte cette année d’un surcroît de sérénité ouvrant la voie à un renforcement de coexistence religieuse et du vivre-ensemble loin de toute démagogie.

Intervenant, en effet, moins de deux semaines après la béatification des religieux chrétiens assassinés en Algérie durant les années 1990, la présente célébration aura ainsi pris plus de signification aussi bien pour l’Église d’Algérie que pour les autorités algériennes. Car, pour l’Église d’Algérie, la cérémonie de béatification qui s’est déroulée à Oran le 8 décembre dernier, n’est pas un geste anodin, ni fortuit ou répondant à des calculs étriqués.
Bien au contraire, il est porteur de messages forts qui soulignent la nécessité pour les humains de s’accepter même quand ils ne sont pas d’une même croyance.
Manifestement, cette cérémonie, peut être considérée comme l’événement phare de l’année qui s’achève si l’on mesure bien le message de tolérance qu’elle a permis de diffuser dans un monde belliqueux où la religion et l’ethnie « justifient » pour certains des guerres sans merci avec leurs lots de morts et de destruction massive. Et si la même cérémonie a été une opportunité pour les autorités algériennes de rectifier certaines maladresses commises sur le terrain de la pratique religieuse et son corollaire de liberté de culte, pour l’Église d’Algérie l’an 2018 restera, sans l’ombre d’un doute, assez singulier. Pourquoi ? Pour la simple raison que la béatification des religieux chrétiens assassinés pendant la décennie noire vécue par l’Algérie et ce qui l’avait suivi comme appel au partage et autres valeurs d’humanisme offrent une meilleure visibilité à cette institution dont l’action n’a pas été accompagnée par une quelconque hostilité locale.
La cérémonie a été marquée, pour rappel, par la présence du secrétaire français aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne, ainsi que plusieurs ambassadeurs accrédités en Algérie, des membres des familles des prêtres catholiques.
Tous ont estimé que « l’événement est un témoignage et un message de paix pour le monde entier ». Pour Bradel Philipe, ancien prêtre à Chlef et ami de plusieurs religieux béatifiés, « c’est un appel pour dialoguer, s’écouter et se connaître pour construire ensemble l’avenir au lieu de se juger et de se condamner».
Par la même occasion et dans un message lu à la cérémonie par Mgr Becciu, le Pape François avait émis le vœu que la cérémonie de béatification « aide à panser les blessures du passé et crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre-ensemble à la suite de nos bienheureux». « En faisant mémoire de la mort de ces 19 victimes chrétiennes, les catholiques d’Algérie et du monde veulent célébrer la fidélité de ces martyrs au projet de Paix que Dieu inspire à tous les hommes », a encore indiqué le pape François. Il faut bien noter que si la pratique religieuse continue à générer des tensions incompréhensibles entre les individus et les groupes sociaux, il n’en demeure pas moins que des signes de tolérance surgissent par certains endroits. Cette coexistence prend tout son sens quand elle se tient dans l’espace public le plus populaire. L’initiative lancée la semaine écoulée par Caritas Alger, le service humanitaire de l’Association diocésaine d’Algérie (ADA), en organisant à El-Biar (Alger) « le marché du Mawlid et de Noël », est très significative des possibilités de tolérance existantes en dépit de la persistance de certaines voix à voir l’Autre comme un ennemi. Le parcours de la tolérance et du véritable vivre-ensemble reste cependant long et surtout semé d’embûches !<