L’accueil des agents gouvernementaux sur place n’a pas été de tout repos. A leur passage, des manifestants ont crié leur colère et certains ont jeté des pierres. Coincé depuis mardi dernier dans un tubage d’acier d‘un puits cartésien, dans le village Oum Chmel, commune d’El Houamed (M’sila), le jeune Ayache Mahdjoubi, 26 ans n’est toujours pas retiré malgré les opérations qui se poursuivent jour et nuit.

Le jeune doit être totalement immergé dans la boue, c’est pourquoi son décès a été déclaré officiellement par le commandant de la Protection civile à M’sila. Y a-t-il ou non respect des normes de sécurité dans pareilles interventions ? A-t-on pris les mesures nécessaires pour maintenir le jeune en vie ? A-t-on planifié les opérations d’intervention et de secours ? A-t-on utilisé les moyens nécessaires et suffisants pour sauver et extraire la victime ? Autant de questions auxquelles le gouvernement devra répondre via la commission d’enquête commune qu’il a installée, mardi, et dépêchée sur le lieu du drame. Cette commission, composée des trois secrétaires généraux des ministères de l’Intérieur, de la Solidarité et de la Santé, doit apporter des éclaircissements à cette tragique affaire. Mais aussi prendre en charge la famille de la victime et s’informer sur les opérations d’extraction du corps. Sur place, plus de 4 000 personnes venant des quatre coins du pays se sont rendues à Oum Chmel pour assister la famille Mehdjoubi dans ces moments douloureux et participer aux opérations de secours si nécessaire. Avec leurs engins, leur argent, leur savoir-faire et leurs moyens, certains ont parcouru des centaines de kilomètres pour venir en aide à Ayache. Les Algériens n’ont jamais été aussi solidaires, aussi unis, dit le père d’Ayache à la presse. « J’ai perdu un fils mais j’en ai gagné des dizaines d’autres », crie-t-il, les larmes coulant sur son visage.
Dans ce petit village agricole, une atmosphère de colère règne depuis mardi 18 décembre. La commission ministérielle dépêchée par le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, n’a pas été bien accueillie et des manifestants en colère ont jeté des pierres à son passage. En attendant, la polémique ne faiblit pas et les critiques continuent de pleuvoir sur la manière dont les opérations de sauvetage ont été menées.
Le professeur Abdelkrim Chelghoum, président du club des risques majeurs, avait déclaré aux médias que les opérations de creusement n’étaient pas justes dès le début. Une telle intervention nécessite une planification minutieuse des opérations, des moyens techniques sophistiqués et des éléments hautement qualifiés. Il aurait fallu installer aussitôt une commission d’experts pour planifier et gérer les opérations de secours et l’emploi d’un projet opérationnel commun pour réussir l’intervention. L’expert a critiqué les opérations de creusement, « on pensait que la direction de la Protection civile possédait les moyens nécessaires pour faire face à ce genre d’incident d’excavation ? », a-t-il lancé, comme une caméra forage et une sonde équipée d’un laser avec un capteur de température. Cela aurait permis d’inspecter le puits, d’obtenir un relevé 3D de l’intérieur du tube et donc de mettre en place un plan de secours adéquat.
Pour sa part, Bilel Zouiten, ingénieur en géohydraulique et cadre dans une société pétrolière dans le Sud, a affirmé que l’opération avait besoin d’un avis d’expert. Il existe, selon lui, des caméras de puits de forage et d’inspection verticale de canalisation. Ils auraient pu voir la victime et estimer un peu sa position et son état et puis envisager des solutions. Dans une telle situation, on devait d’abord consulter la fiche technique du puits pour connaître le niveau statique, le niveau piézométrique mais, plus essentiel, le débit de nappe pour un sur-pompage, ce qui permet d’avancer vers la profondeur. A suivre.