Une attaque «terroriste» contre le siège du ministère des Affaires étrangères, hier à Tripoli, a fait au moins trois morts dont un diplomate libyen. 21 personnes ont, par ailleurs, été blessées dans cette attaque «fermement condamnée» par l’Algérie par la voix de son chef de la diplomatie, Abdelkader Messahel, et par la Mission de l’ONU en Libye (Manul).

«Le terrorisme ne triomphera pas devant la décision des Libyens d’avancer dans la construction de leur État et de renoncer à la violence», a indiqué la Manul dans un communiqué. «Cet acte barbare qui frappe à nouveau la Libye sœur, rappelle une fois de plus la nécessité pour les Libyens de resserrer leurs rangs à l’effet de faire face aux défis terroristes », a déclaré M. Messahel après un entretien téléphonique avec son homologue libyen, Mohamed Tahar Siala. L’attaque terroriste a été menée à la voiture piégée qui a ouvert la voie à un kamikaze qui s’est fait exploser au 2e étage du bâtiment du ministre des Affaires étrangères du gouvernement d’Union générale (GNA) à Tripoli. Un deuxième assaillant est mort dans l’enceinte du ministère après l’explosion d’une valise qu’il portait, tandis que le troisième, qui n’était pas armé et « ne portait qu’un gilet pare-balles », a été tué par les forces de sécurité à l’extérieur. A l’heure où nous mettions sous presse, l’attentat n’avait pas été revendiqué mais Tarak al-Dawass, porte-parole des forces spéciales, a accusé le groupe Etat Islamique (EI, Daech) d’en être le commanditaire et l’instigateur. En septembre dernier, le groupe EI – qui était un temps parvenu à créer un sanctuaire dans la région de Syrte (450 km à l’est de Tripoli) -, a revendiqué une attaque suicide dans la capitale contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole (NOC). Deux personnes étaient décédées. Quelques mois plus tôt, début mai, deux kamikazes de Daech avaient fait 14 morts dans une attaque contre le siège de la Commission électorale à Tripoli. La capitale libyenne a en outre été le théâtre de violences entre groupes armés rivaux du 27 août au 4 septembre, qui ont fait plus de 60 morts. Les attaques de l’EI « visent souvent les institutions synonymes d’une Libye fonctionnelle, unie et liée à la communauté internationale (élections, hydrocarbures, diplomatie, sécurité… », a affirmé à l’AFP Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’université Paris-VIII. L’objectif est d’empêcher toute mise en ordre d’un système institutionnel et politique permettant à la Libye d’avoir une visibilité et d’organiser des élections ainsi que cela est prévu par l’agenda de la Manul et de son chef, le franco-libanais Ghassan Salamé. Cette perspective annoncée pour la fin de l’année en cours s’éloigne davantage et complique davantage la situation aussi bien pour les Libyens que pour les pays du voisinage. Dès lors on comprend l’inquiétude de l’Algérie aux yeux de qui seul un «dialogue inclusif» engageant toutes les parties libyennes peut permettre d’entrevoir une sortie de crise. Depuis les derniers pourparlers en Sicile, une porte est entrouverte pour faire avancer le processus politique en Libye. Début décembre, le président de la Haute commission nationale électorale (HNEC), Imed al-Sayeh, a affirmé qu’un référendum sur une nouvelle Constitution pourrait se tenir en février, si les conditions de sécurité sont réunies.
La conjonction introduisant la condition et utilisée par ce responsable prend tout son sens après l’attentat kamikaze d’hier. Dans l’attente d’une possible ouverture politique, fortement hypothétique au vu des fortes rivalités interlibyennes et la puissance d’usure qu’elles donnent à des groupes terroristes comme Daech, le gouvernement de Tripoli dénonce le manque de moyens. «Zéro arme, zéro véhicules», a déploré, lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Intérieur, Fathi Bach Agha avec son homologue des Affaires étrangères, Tahar Siala. A cet effet,
M. Siala a «renouvelé» l’appel du gouvernement d’union nationale (GNA) à une levée partielle de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU à son pays depuis 2011. « La stabilité ne peut pas être rétablie (…) sans une levée partielle de l’embargo pour assurer la sécurité et combattre le terrorisme », a-t-il dit. Dans un scénario craint depuis par l’Algérie qui a mis en garde contre la « multiplication des acteurs » dans la crise libyenne, les autorités libyennes du port d’Al Khoms ont annoncé récemment la découverte de deux conteneurs chargés d’armes provenant de la Turquie. Le 22 décembre le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, était à Tripoli pour une visite surprise.