5 000 milliards de centimes ! C’est le coût surréel et exorbitant du nouveau stade de Tizi Ouzou d’une capacité de 50.766 places. C’est, en tout cas, la facture annoncée par Mohamed Hattab, ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), en visite ministérielle lundi pour s’arrêter sur l’état d’avancement du projet. Une bien belle enveloppe quand elle est convertie en devise forte puisque elle équivaut à la somme de 350 millions d’euros. C’est aussi cher que l’Allianz Arena et deux fois le montant dépensé pour la construction du Juventus Stadium (155 millions) considéré comme l’un des plus beaux stades en Europe.

Trois mille deux-cents quarante (3 240) milliards de centimes, c’était l’estimation initiale pour concrétiser la maquette de Omar Malki qui a dessiné le plan de l’antre kabyle. Une enceinte dont les travaux de construction ont débuté le 15 mai 2010 et qui durent jusqu’à aujourd’hui. Voilà que plus de 8 ans plus tard, le stade n’est toujours pas inauguré.
Sa construction a rencontré beaucoup de retard. Surtout après le désistement du groupe espagnol Fomento de Construcciones y Contratas qui a été remplacé par les Turcs de MAPA Insaat ve ticaret. Ces derniers travaillent en collaboration avec l’ETRHB de Haddad pour achever cet édifice tant attendu. Là où la JS Kabylie, club historique de la région et d’Algérie, pourrait abriter ses adversaires à partir de l’exercice 2019-2020. Si tout se passe bien évidemment.
En tout cas, cette bâtisse viendra renforcer l’assise infrastructurelle de l’Algérie qui sera, enfin, dotée d’un stade annoncé comme moderne avec toutes les commodités. Mais cela semble être à un prix… démesuré : 5000 milliards de centimes. Rien que ça.
Certes, au moment de donner le coup de starter pour le chantier, il était estimé à 348 millions d’euros au taux de change officiel. A cette époque, 1 euro valait 93 dinars. Presque neuf années plus tard, la monnaie nationale a connu une forte dévaluation (1 euro vaut 150 DA en banque) mais il s’avère que la somme globale de l’édification est restée la même. Incompréhensible. Cela fait un différentiel total de 1 760 milliards de dinars. Enorme!

Un Allianz Arena à ce prix !

Pour rester dans le comparatif, on notera que le Juventus stadium, qu’on a pris pour exemple, a vu son budget rallongé de 50 millions d’euros. Il est au final revenu à 155 millions d’euros au lieu des 105 consacrés préalablement. Cela incluait également la démolition de l’ancien stade Delle Alpi. Les travaux ont duré deux ans et demi (mars 2009 – septembre 2011). C’est globalement le temps nécessaire pour mettre ces œuvres sur pieds.
C’était aussi la durée du chantier de l’Allianz Arena (75025 sièges) du Bayern Munich qui a coûté… 348 millions d’euros. Deux ans et sept mois entre la pose de la première pierre et l’inauguration du jardin munichois. Ce qu’il faut savoir aussi c’est que cette enveloppe a aussi considéré l’élargissement des deux stations de métros qui se trouvent aux alentours du stade et l’extension d’une ligne outre le revêtement transparent en ETFE de l’enceinte. On est très loin des standards de construction même si les prix sont les mêmes. Beaucoup trop d’incohérences sur les plans économique et
«urbanistique» pour ce qui est de l’aménagement.

Quel retour sur investissement ?
On ne sait pas vraiment quel sera le résultat final pour le nouveau nid des « Canaris » mais il faudra considérer beaucoup de paramètres par la suite pour avoir un retour sur un investissement très onéreux. L’exploitation du stade par les « Lions du Djurdjura » et les recettes, souvent maigres, ne pourront pas alléger, à elles seules, la somme faramineuse injectée pour que ce stade voit le jour. En Europe, le « naming » des enceintes et très lucratif et peut valoir des contrats très conséquents. Mais cela nécessite un marketing footballistique bien ficelé. On parle là de grands championnats et d’un football de très haut niveau où les investisseurs et les grandes compagnies (multinationales ou nationales) n’hésitent pas à casser la tirelire pour s’offrir l’appellation du stade pendant de longues années. Il y a même des entreprises qui prennent elles-mêmes en charge le coût de construction pour céder le stade après échéance du contrat de parrainage. Un autre monde, un autre système avec un sens aigu de l’économie et de l’investissement. Là où la dénomination n’obéit qu’à l’aspect financier. Loin de tout casse-tête stérile entre les dates de l’histoire et les personnages de « légende ». Des dépenses capitalistes confrontées au « communismo-populisme ». Bienvenue là où la démesure est reine et les polémiques vaines.