La dernière réunion du Conseil des ministres pour l’année 2018 se tiendra en fin de semaine. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui présidera ses travaux, va procéder à la signature de la loi de finances 2019, afin que le texte entre en application dès le 1er janvier de l’année prochaine. Pour les citoyens, on sait déjà qu’il n’y a pas de surprises ni de nouvelles taxes qui viendront affaiblir son pouvoir d’achat.

Le document adopté par les deux Chambres du Parlement (APN et Sénat) a maintenu les transferts sociaux à leur niveau. Cependant, c’est surtout sur le plan politique que cette réunion est attendue puisqu’elle intervient dans un moment où la scène politique est caractérisée par un flou autour de la prochaine élection présidentielle, rendez-vous majeur dans la vie politique du pays, dans moins de quatre mois, au cas où le calendrier électoral est respecté.
Certes, à l’ordre du jour de ce Conseil, la signature de la loi de finances 2019. Mais, il est de coutume que le chef de l’Etat lance des messages et fasse des annonces durant ces réunions. A cette période qui nous sépare de l’échéance du printemps prochain, tout le monde est tenté de croire que la sortie du président Bouteflika contribuerait à donner plus de visibilité au contexte politique général. La dernière sortie de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), a même suscité les espoirs.
La patronne du PT a déclaré, en marge du 7e congrès national de son parti, que le Président allait faire d’«importantes annonces ce mercredi». Une déclaration qui a été largement relayée par les médias et fait la Une des quotidiens nationaux, croyant à une prophétie ou que Hanoune était dans le secret. Mais, la concernée va vite se rétracter 24 heures après seulement. «Ce n’était pas une information, mais des lectures politiques de milieux dont je ne peux pas dire qu’ils sont officiels, c’est-à-dire des institutions desquelles émanent ces informations», a-t-elle fait savoir le lendemain. Dans tous les cas de figure, si le calendrier électoral est maintenu, cette réunion pourrait être l’occasion pour le chef de l’Etat de donner des instructions au gouvernement afin de mettre en place les conditions de l’organisation du scrutin.
Dans un cas comme dans l’autre, il y aura des lectures. Si l’Exécutif est instruit, cela veut dire que l’élection aura lieu en avril et la voie sera donc ouverte à la course et s’il n’y a pas d’instruction c’est le suspense, et dans ce cas de figure, l’on pourrait comprendre que l’option du report est sérieusement envisageable. Abdelaziz Bouteflika est attendu aussi au sujet de la conférence nationale inclusive à laquelle a appelé le président de TAJ, Amar Ghoul. Une conférence que l’actuel sénateur du tiers présidentiel et ancien ministre veut placer sous l’égide du président de la République. Bouteflika répondra-t-il à cet appel ? C’est une autre question dont la réponse contribuera à voir un peu plus clair dans la scène politique. Si le chef de l’Etat se montre, ne serait-ce que par insinuation, favorable à cette conférence, cela renseignerait de sa volonté à rassembler la classe politique autour de la table pour discuter du «consensus» et probablement du report de l’élection, voire d’un prolongement de mandat. Partis du pouvoir et de l’opposition sont actuellement dans le flou. La dernière sortie de Mouad Bouchareb, coordinateur de l’instance dirigeante de l’ex-parti unique, où il n’a fait aucune déclaration sur les initiatives politiques, prouve que les partis de l’Alliance présidentielle naviguent à vue et n’ont aucun élément pour se prononcer. Dans le camp de l’opposition, un signal ou un quelconque message de Bouteflika contribuerait à débloquer des situations comme au sein du MSP, dont le président occupe depuis des semaines les devants de la scène. Abderrezak Makri a, en effet, lié, il y a quelques jours, la décision finale du MSP concernant la présidentielle, à «ce que dira Abdelaziz Bouteflika prochainement». Makri prendra en considération, a-t-il écrit, les «développements» de la scène dont les annonces du Président. «Convoquera-t-il le corps électoral ou non ? Annoncera-t-il sa candidature ? Appellera-t-il au report de l’élection ? Demandera-t-il consensus avec l’opposition ? Garantira-t-il des réformes ?…», s’est interrogé le chef du parti islamiste. En tout état de cause, le Conseil des ministres que présidera la chef de l’Etat, fort probablement jeudi, sera très scruté.<