Le groupe Lafarge Holcim Algérie a mis en place depuis un an une stratégie à l’exportation de sa production de ciment. Son directeur à l’exportation commercial Hafid Aouchiche, rencontré lors de la première opération d’exportation de ciment semi-fini ou clinker, lundi dernier au port d’Annaba, nous livre dans cet entretien sur quoi elle repose non sans se prononcer sur d’autres points concernant les opérations d’exportation.

Reporters : Nous avons assisté au deuxième chargement de clinker, provenant de votre usine de Biskra en partenariat avec le groupe Souakri, pouvez-vous nous renseigner un peu plus sur cette première puisqu’il s’agit là de  70 000 tonnes de ciment semi-fini en partance vers le port ivoirie d’Abidjan ?
Hafid Aouchiche : Il nous fallait adopter une stratégie à l’export, d’autant que les prévisions de production dans l’industrie nationale du ciment sont telles qu’il faudra, dès à présent, envisager sérieusement dénicher des débouchés, notamment par l’entremise de l’exportation. A défaut, ce qui ne manquera pas d’arriver, des unités pourraient se retrouver à l’arrêt. Devant cette éventualité, le Groupe Lafarge Holcim Algérie a pris les devants pour éviter ce cas de figure. La preuve, nous avons réussi à créer une dynamique à l’exportation qui s’est traduite par un programme d’expéditions régulières, soit au total 380 000 tonnes exportées en 2018. La première expédition s’est effectuée en décembre 2017 avec 16 000 tonnes de ciment en vrac embarquées sur un vraquier amarré au port d’Oran. Mais toutes ces expéditions ont pu être réalisées grâce au support commercial et logistique de Lafarge Holcim Traiding, une structure dédiée au commerce international qui détient plus de 50% des échanges de clinker et ciments en Méditerranée. Cette structure va nous permettre d’atteindre notre objectif de 15 millions de tonnes par an vers les marchés de l’Afrique de l’Ouest.
En somme, vous comptez à travers cette structure gagner des parts de marché dans les pays d’Afrique de l’Ouest. C’est d’ailleurs ce que vous avez fait savoir au ministre du Commerce, tout en lui faisant part de quelques contraintes auxquelles vous faites face ici même. Parlez-nous un peu de ces contraintes ?
Comme je l’ai souligné au ministre, il serait intéressant que nous disposions d’aires de stockage dans l’enceinte même des ports de chargement. C’est d’autant plus indiqué quand il s’agit du clinker, car ce ciment semi-fini que nous livrons en vrac peut être stocké dans l’attente de l’arrivée du navire qui va prendre en charge les volumes de clinker. Aujourd’hui, que se passe-t-il ? Le navire est amarré et attend que ses soutes soient pleines.
Une longue mobilisation du navire qui nous coûte cher. Ce qui explique le taux élevé de 25% du coût logistique de transport. Un taux que nous pouvons facilement réduire pour peu que toutes les parties prenantes s’impliquent car il est devenu impératif, concurrence oblige, que, d’une part, nos prix à l’export soient compétitifs et, d’autre part, de réduire les délais de chargement. Deux facteurs que les Turcs maîtrisent à la perfection et ainsi nous privent de parts de marché.
En clair, quelles seraient les solutions pour réduire le temps de chargement car, selon vous, c’est le maillon faible dans l’acte d’exporter ?
Exact. Face à ces défis et en dépit de notre potentiel export, nous perdons des opportunités de marchés. D’où cet impératif de mettre en place quelques mécanismes qui puissent nous positionner en tant qu’acteur d’exportation sur le marché international du ciment. A commencer par mutualiser les moyens et nous organiser sous la forme d’un groupe d’intérêt économique. En ce qui concerne les moyens, il serait intéressant de doter nos ports de moyens logistiques adaptés à l’export de clinker et de ciment. C’est-à-dire de pouvoir charger les navires à une cadence accélérée, et comme je l’ai dit auparavant, de disposer d’aires de stockages ouvertes afin d’éviter la détérioration de la qualité du produit. Toujours dans ce même sens, les autorités portuaires devront faire en sorte que le traitement du flux export soit avantagé. Autrement dit, de donner la priorité d’accostage aux navires venus prendre livraison du ciment et de spécialiser les quais afin de faciliter aux camions chargés de ciment de circuler dans l’enceinte du port.
Donc, selon vous, pour devenir un acteur du marché international du ciment, il va falloir mettre en pratique les solutions que vous venez de citer ?
Effectivement, dans la mesure où le marché international évolue dans un environnement hautement compétitif avec des acteurs en place depuis des années. Et où les cadences de chargement des navires sont d’au moins de 18 000 tonnes par jour. Et à comparer avec nos cadences, nous sommes encore loin de cette exigence. Comme je tiens à faire remarquer que pratiquement toutes les grandes cimenteries ne sont pas en position avantageuse par rapport aux ports d’expédition et du coup, nous perdons trop de temps dans le transport par camions alors qu’il y aurait tout à gagner à exploiter le rail. Enfin, je tiens à préciser qu’avec des cimenteries qui tournent à plein régime, l’industrie algérienne du ciment est appelée à aller vers l’exportation pour écouler sa surproduction. C’est d’ailleurs la seule alternative pour éviter l’arrêt de certaines unités.n