La décision du retrait de l’armée américaine de Syrie ne pourrait être analysée qu’à l’aune du bouleversement d’une région du monde, devenue particulièrement explosive, mais dont les rapports de force en présence tendent à changer.

Un « Game over » qui aura déjà commencé depuis plus de trois ans, lorsque Obama n’a pas pu engager une guerre et l’impuissance de mener un « régime change » qui s’est avéré coûteux, notamment pour une Europe qui a dû faire face à des vagues d’immigrants successifs difficiles à maîtriser. Lorsqu’en 2011 a débuté la guerre contre la Syrie, dans le sillage des fameux « printemps arabes », rares étaient ceux qui osèrent s’opposer à cette déferlante. Proposer une solution politique était déjà en ce temps assimilé au fait de composer avec le régime honni. Aujourd’hui, les pays qui ont refusé cette tentative de déstabilisation de la Syrie en sortent grandis. Et de l’autre côté, ceux qui se sont engagés complètement dans la guerre se retrouvent dans l’obligation de traiter avec un gouvernement voué aux gémonies et accusé de « crimes de guerre ». Aujourd’hui, il reste patent que la guerre de Syrie a été bel et bien perdue par les Occidentaux et leurs amis des pays du Golfe, qui avaient tant misé sur l’éclatement d’un axe qui les gêne. Ce revers de l’hyper puissance a été possible grâce à la pugnacité et à la résistance d’autres acteurs, comme la Russie, l’Iran et le Hezbollah, qui avaient contrecarré plusieurs plans et à des niveaux divers, celui de faire de la Syrie un Etat failli. Il faut dire que cet « axe du refus » jouait son avenir puisqu’il était en point de mire dans les desseins de changements du rapport de force dans la région. Cet échec des Américains et des Français en Syrie ne sera pas sans conséquences dans cette région du Proche-Orient, particulièrement compliquée. La Russie, qui avait pris un gros risque en s’engageant dans la tragédie syrienne au côté de Damas, en sort renforcée politiquement. Et stratégiquement. Il ne pourra plus y avoir désormais de « deal » dans la région sans un accord de la Russie. C’est probablement à ce niveau que l’Amérique aura subi son échec le plus retentissant.