Reporters : Comment expliquez-vous la décision de Trump de retirer ses troupes de Syrie ?

Chérif Dris : Trump n’est pas un idéologue ni un président politique. Pour le président américain, le fardeau doit être partagé équitablement. En d’autres termes, c’est un homme d’affaires, la politique pour lui est une question de « coût et de profit ».
C’est-à-dire, s’il engage des soldats en terrain de guerre, il cherche un gain matériel en retour.
L’Administration Trump considère que la présence américaine en Syrie devient très coûteuse pour les Etats-Unis. Pour le président américain, c’est une façon d’économiser les sources financières de son pays. Probablement, la Turquie a bien négocié dans l’affaire de l’assassinat de Jamal Khashoggi, et a mis la pression pour obtenir des concessions de la part de l’Administration Trump, qui est l’un des soutiens importants au gouvernement saoudien, notamment au prince héritier Mohamed Ben Salmane.

Quelles conséquences peut-on attendre de ce retrait ?

Pour ce qui est des conséquences, ce retrait arrange en premier lieu les affaires de la Turquie.
La Turquie étant engagée dans le conflit syrien, notamment en soutenant l’opposition et en s’impliquant dans la lutte contre Daech. Le conflit syrien est une opportunité pour la Turquie afin de solder le problème kurde, notamment le PKK et les fractions turques qui combattent Daech et qui se trouvent au nord de la Syrie.
Les forces américaines sont considérées par les PKK comme un bouclier qui les protège.
Ces derniers sont les alliés des Américains dans la lutte contre l’Etat islamique. Donc, avec le retrait américain, ce bouclier est en train de disparaître. Le PKK se retrouvera sans protection contre les forces turques.
C’est un chèque à blanc que Trump a donné à Erdogan, qui va utiliser forcément cela pour contenir, voire même mater la rébellion kurde dans le nord de la Syrie.n