Abderezak Makri ne démord pas. Malgré les oppositions et autres critiques essuyées par son initiative articulée autour du report de la présidentielle 2019, il persiste et signe. Le chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP) ne compte visiblement pas abandonner son plan en lien direct avec l’échéance présidentielle.

Dans un argumentaire comparatif, Makri tente de tordre le cou aux autres scénarios différents du sien, qui suggère un report de l’élection présidentielle à travers une période de transition d’une année bâtie sur un consensus entre le pouvoir et l’opposition, et sur des réformes constitutionnelles, politiques et autres. Makri présente ainsi son initiative comme la plus adaptée à la situation actuelle du pays. Son plan repose, a-t-il souligné hier sur son compte facebook, sur plusieurs facteurs, dont l’impossibilité d’organiser en 2019 une élection libre et transparente, ainsi que l’incapacité d’aller vers ce qu’il qualifie de «changement radical».
Les autres choix, particulièrement la prolongation du mandat en cours d’Abdelaziz Bouteflika à travers «la conférence de consensus» proposée par le président de TAJ, Amar Ghoul, n’ont pas trouvé grâce aux yeux du président du MSP.
Pour lui, l’option d’un prolongement de mandat, à acter après «une conférence nationale folklorique sans consensus, ni réformes», ne peut point constituer un choix adapté à la situation de l’Algérie. Il a exprimé aussi son opposition à l’organisation de ce scrutin dans les délais constitutionnels évoquant «la constante de la fraude» et les attributions démesurées du président qui sera issu de cette consultation. En résumé, Makri ne voit pas une autre option que celle du report. Ni celle du 5e mandat pour le président Bouteflika, ni celle d’une prolongation du mandat en cours, ni encore moins la tenue du scrutin présidentiel dans les délais prévus ne rassurent le chef du parti islamiste.
Or, jusqu’à présent, le projet de Makri n’a pas trouvé de partisans, y compris auprès des partis avec lesquels le MSP pouvait prétendre rencontrer des points de convergence.
C’est le cas manifestement du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui, s’il milite pour une période de transition, ne veut pas entendre parler du report de la présidentielle de 2019.
«Je suis de ceux qui croient qu’il est temps, notamment pour l’opposition, d’agir dans le sens de pousser vers l’organisation d’une période de transition. Ce qui est différent du report de l’élection présidentielle», a expliqué son président Mohcine Bellabès. Pour ce dernier, «le report c’est donner, encore une fois, la possibilité aux dirigeants actuels de gérer le pays de manière illégale et pour une durée sur laquelle on n’a pas d’emprise».
Pour l’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, interrogé avant-hier par le média électronique (TSA), reporter l’élection présidentielle «ne servira à rien», rappelant avoir mis en garde, aussi bien en 2011 qu’en 2017. «On va être en pénurie de moyens de financement et j’avais alors proposé l’idée d’une conférence nationale de laquelle sortiraient cinq personnes qui auront pour première mission d’expliquer pendant trois mois à la population que le système du pouvoir est arrivé à sa fin», a-t-il argumenté.
Ces personnes seraient chargées d’établir «une feuille de route pour un gouvernement de transition et choisiraient ses membres. Ensuite, elles deviendraient membres du Haut conseil de sécurité qui aura pour mission de contrôler le travail du gouvernement et de préparer, au bout d’une année, l’élection présidentielle, avec un programme préétabli afin d’avoir des candidatures de gens ayant la capacité de sortir le pays de la crise», a-t-il pécisé. Pour sa part, le Parti des travailleurs (PT), qui ne semble pas attendre grand-chose de cette initiative, préfère une posture de temporisation en attendant l’heure de la décantation. De son côté, le parti de Ali Benflis se dit «convaincu que la tenue d’une élection libre, correcte et transparente à l’échéance fixée par la Constitution est de nature à éviter au pays le danger de l’instabilité et permettra au peuple d’exprimer souverainement ses choix». En clair, l’initiative de Makri, même si elle ne récolte décidemment que des désapprobations, ne semble pas avoir poussé son initiateur à la résignation.