On ne les voit pas, on les entend pas souvent non plus, mais ils existent et ils font chaque jour de beaux projets qu’ils concrétisent au profit de l’intérêt général. Militants associatifs, étudiants, bénévoles de tous bords, ils sont des milliers d’Algériens à se lancer dans des initiatives citoyennes. Pour leur rendre hommage, Melissa Yami les mets en avant dans don film documentaire. « Yes loukan tour » fait le tour d’Algérie des bonnes volontés… Entretien.

Reporters : Vous avez présenté le documentaire «Yes Lukan Tour» après six mois de tournage. Pouvez-vous nous parler du concept de ce projet ?
Melissa Yami : L’idée a été de mettre en avant les initiatives positives algériennes et de les faire connaître afin de les partager avec le public. Si le choix s’est porté sur le format d’un film documentaire, c‘est avant tout à cause de la place prise par l’image, les vidéos, les réseaux sociaux dans le monde d’aujourd’hui. Le projet du film est né comme cela. Puis, nous avons eu la chance au travers du réseau Makesense de découvrir que ce genre de «Tour», voyages à la découverte des initiatives, était devenu chose courante dans d’autres pays, nous nous sommes dit pourquoi ne pas le faire en Algérie. Et nous nous sommes lancés.

Et le résultat a pris une forme assez particulière, presque un carnet de voyage…

Oui, pour la première étape, nous sommes partis à quatre vers le Sud, en direction de la ville de Ghardaïa. Je voulais voir de mes yeux le ksar Tafilelt. Au départ, la réalisation s’est faite étape par étape. Nous diffusions le voyage en racontant le déroulement de chaque journée, puis, les choses ont évolué naturellement vers le format documentaire.
Il apparaît également que le partenariat avec Algerian center for social entrepreneurship (Acse) a  été bénéfique. Pouvez-vous nous en parler ?
En fait, les fondateurs de l’Acse sont également des amis, et, de mon côté, je me suis renseignée dans toute l’Algérie sur les projets qui sont dans le même esprit que ce que je voulais montrer. Et du coup, le partenariat avec Acse a été un échange de contacts, mais nous avons fait cela aussi avec d’autres partenaires.
Dans chaque ville, j’ai essayé de prendre contact avec les porteurs de projets intéressants. A chaque fois, l’idée est restée la même : partager des initiatives. Et à titre d’exemple, le réseau Résart femme en communication, travaille avec les femmes artisanes. C’est grâce à elles que j’ai pu rencontrer Khadija à Timimoune et Aziza à Djanet.

Vous avez réalisé, mais également financé le documentaire, dans ces conditions, une suite est-elle possible ? 

J’ai consacré six mois au projet. Il ne m’était pas possible de faire plus. A un moment, il faudra bien reprendre le travail, j’aimerai bien que le film ait une suite. Cependant, cela n’est pas prévu pour l’instant, sauf si nous arrivons à trouver des sponsors. Pour le moment, nous aimerions que le film soit diffusé et nous sommes ouverts à toutes les propositions pour que le documentaire fasse le tour d’Algérie. Là nous l’avons diffusé à Alger et prochainement à Oran, Djanet, Tizi Ouzou et Béjaïa. Mais bien sûr, en fonction des propositions nous pourrons ajouter d’autres lieux.

L’ensemble du documentaire est construit autour de l’idée du «projet positif»…

C’est à mon sens un projet qui a un impact social et environnemental positif sur la vie des gens. Bien sûr, beaucoup de projets peuvent entrer dans ce cadre, que cela soit lié à l’art, à la culture ou au patrimoine. Mais cela peut aussi être dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la solidarité. Nous avons souhaité montrer ce type d’initiatives, qu’elle soit du fait d’entrepreneurs, d’associations ou tout simplement de citoyens. En fait, l’idée est de montrer que tout le monde peut apporter quelque chose de positif dans la société. Que le projet soit à but lucratif ou non, cela n’a pas vraiment d’importance, tant qu’il y a un impact social positif.

Le documentaire présente les initiatives de plusieurs porteurs de projets. Comment êtes-vous entrée en contact avec eux ?

Le documentaire s’est énormément fait par le bouche-à-oreille, bien qu’il a parfois été laborieux d’obtenir des contacts. Mais nous voulions aussi avoir le maximum de témoignages pour pouvoir les diffuser à plus long terme. Par ailleurs, nous avons aussi bénéficié de l’aide des associations et porteurs de projets eux-mêmes. Il est arrivé qu’ils nous retiennent pour nous présenter des amis à eux qui avaient d’autres projets. Souvent le travail de contact s’est fait sur le terrain.

Quels ont été les projets les plus marquants pour vous ?

Tous les projets et toutes les associations m’ont énormément marquée, et je pense que c’est cela qui fait le charme de ces initiatives, elles sont complémentaires. Qu’elles soient à grande échelle, comme le projet de Tafilalt, où ils ont carrément créé une ville durable, ou d’autres à petite échelle, comme le projet d’une jeune étudiante d’Oran, Hanane, qui, en partenariat avec des restaurants, vient en aide à des SDF.

Le documentaire montre uniquement des réussites, le spectateur pourrait avoir l’impression que le lancement d’une initiative de ce type est une chose facile. Est-ce un choix de ne pas aborder les difficultés ?

Le message n’est pas de dire que les choses sont faciles, mais qu’elles sont possibles. Et si nous-mêmes, qui voulons montrer l’aspect positif, commençons à mettre l’accent sur les difficultés, l’ensemble du message serait cassé. Par ailleurs, le discours ambiant est tellement négatif que nous avons voulu prendre le pari de montrer le positif pour encourager les gens. Mais cela ne veut pas dire que ces porteurs d’initiatives positives ne rencontrent pas de difficultés, mais leur volonté et leur foi en leurs projets ont fait que cela marche.