Rien ne présage d’un apaisement dans le secteur de l’éducation. Les rapports entre la ministre de tutelle, Mme Nouria Benghebrit, et les partenaires sociaux se dégradent de plus en plus depuis le retrait de l’Intersyndicale de la charte de stabilité.

Après ce retrait surprise, qui met fin à une longue période de trêve entre les deux parties, voilà que le département de Mme Benghebrit ouvre un nouveau front avec les syndicats. Cette fois, en s’attaquant au libre exercice de leur activité. Sur les six syndicats de la coordination, au moins quatre n’ont pas pu avoir l’autorisation du secrétaire général du ministère pour tenir leurs conseils nationaux dans différents établissements scolaires du pays. Il s’agit du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef), du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (Snte) et du Conseil élargi des lycées d’Algérie (Cela), selon Boualem Amoura, secrétaire général du Satef, qui explique le choix des lycées, comme cela a toujours été le cas, «par les moyens dont disposent ces établissements notamment l’hébergement et les cantines utilisées pour la restauration».
Cette fois donc, et contrairement aux demandes précédentes, le secrétariat du département de Nouria Benghebrit «n’a répondu à aucun des syndicats», affirme notre source, bien que les demandes aient été adressées il y a plusieurs jours. Faute d’autorisation, le Cela s’est vu obligé de tenir seulement une réunion de son bureau national à la place du Conseil national «prévu initialement le week-end passé», a-t-on vérifié auprès de son coordinateur, Idir Achour. Pour les syndicats concernés, il est clair que ces «refus indirects» sont directement liés aux derniers rebondissements dans le secteur, avec surtout le retrait de l’Intersyndicale de l’éducation de la Charte d’éthique et de stabilité. Le 10 décembre dernier, le Snapeste, le Snte, le Cela, l’Unpef, le Cnapeste et le Satef ont mis fin à leur accord dans le cadre de ladite charte signée en 2015, dénonçant la gestion de la ministre qui se comporte, selon eux, «en contradiction avec les principes du partenariat social», citant entre autres «l’annulation du travail par des PV, l’indisponibilité des sièges, l’entrave au travail des représentants syndicaux et le recours aux tribunaux pour régler les problèmes».
Pour Boualem Amoura, «le ministère veut se venger». Dénonçant «une entrave au libre exercice syndical», le secrétaire général du Satef regrette «le silence» de la ministre de tutelle, qui ne s’est pas exprimée depuis l’annonce du retrait et «n’a même pas daigné appeler les syndicats à des réunions de conciliation pour trouver des solutions et éviter le pourrissement». Le même sentiment est partagé par Idir Achour, qui voit dans ce nouvel épisode «une stratégie visant la restriction des libertés syndicales et du droit d’organisation» et qui va sans doute relancer le recours à la grève. «Non seulement, on ne nous répond pas lorsque nous portons des revendications socioprofessionnelles, mais voilà qu’on nous interdit de réunion», déplore-t-il. Ajoutant que, par son comportement, «le ministère de l’Education nous met dans des conditions qui favorisent le pourrissement».
Il faut dire que rien ne plaide pour le moment à l’apaisement. Les syndicats attendent la réunion du 7 janvier prochain, soit au lendemain du retour des vacances scolaires du premier trimestre, pour décider d’une action de protestation. Selon nos interlocuteurs «il reste à définir la nature de l’action seulement». C’est dire à quel point ils sont déterminés à recourir aux moyens de pression par la grève pour obtenir d’autres «droits», dans une période sensible à l’approche de la date constitutionnellement prévue de l’élection présidentielle. Un détail que doit prendre en considération la ministre de tutelle avant d’ouvrir un nouveau front dans son secteur.