Le gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), répondant aux questions des députés de l’Assemblée populaire nationale (APN), lors de la plénière consacrée à l’examen du rapport annuel de la BA

sur les développements financiers et monétaires en 2017, a tenté de dissiper les inquiétudes notamment sur le financement non conventionnel. Interrogé sur un éventuel maintien du financement non conventionnel pour une durée plus longue, le gouverneur de la BA a rappelé que la loi régissant l’opération a limité sa période d’utilisation à 5 ans, soit jusqu’à 2022. Cependant, aucun plafond n’a été fixé, et ce pour «laisser au gouvernement une marge de manœuvre lui permettant de recourir à ce mode selon les données financières et économiques», a-t-il précisé.

A ce sujet, le Premier ministre, M. Ahmed Ouyahia, avait affirmé que le recours à cet endettement intérieur a permis de réduire le taux d’inflation, contrairement à ce qui était prévu par certains experts, soulignant que l’Etat avait choisi d’accompagner cet endettement par un programme de réformes dans le but de rééquilibrer ses comptes intérieurs et extérieurs et redynamiser l’économie nationale, en général.
Quant au bilan de ce mode de financement, M. Loukal affirme que depuis sa mise en œuvre, la gestion du financement non conventionnel est «menée avec succès». Un succès réalisé «grâce aux mécanismes monétaires utilisés et adaptés pour faire face à l’actuelle conjoncture économique». Il est, entre autres question, a expliqué M. Loukal, de réduire les liquidités, d’atteindre une «stérilisation» de l’excédent de liquidités en évitant son accès au marché et, par conséquent, éloignant ainsi le spectre des pressions inflationnistes, outre le mécanisme de réserves obligatoires.
Mieux, les mêmes mécanismes ont permis de maîtriser le taux d’inflation qui est passé de 5,4% à 3,5%. Poursuivant son intervention, il soulignera que l’utilisation dudit mécanisme a concerné la couverture des créances des groupes Sonatrach et Sonelgaz, les subvention du Fonds national d’investissement (FNI) pour contribuer dans certains projets et le financement des logements Aadl à l’arrêt, ainsi que la couverture du déficit budgétaire, pour lequel un montant de 570 mds de DA a été attribué, en 2017, et 1 848 mds de DA en 2018.
5 000 milliards de masse monétaire hors circuit bancaire
Sur un autre sujet, M. Loukal a précisé qu’à fin 2017, la masse monétaire en circulation en dehors du circuit bancaire est d’environ 30,8%, soit près de 5 000 milliards de dinars sur un total de 14 975 milliards. Abondant en termes de chiffres, le premier responsable de la BA précise que 2 000 milliards sont thésaurisés par les agents économiques et les ménages et 3 000 milliards de DA circulent sur le marché parallèle. Que faire
pour bancariser cette masse importante ?
Au moins trois conditions sont nécessaires pour y parvenir. M. Loukal cite la mise en place de taux d’intérêts adéquats, la modernisation de la médiation bancaire et l’élargissement des prestations bancaires. D’autre part, le même responsable revient sur le marché parallèle du change, préconisant de «traiter le problème de l’économie parallèle». Dans ce registre, il convient de rappeler que le Cread, en collaboration avec le ministère du Commerce, a mené, depuis février 2016, la première enquête sur l’économie informelle.
Après Tlemcen, choisi comme wilaya pilote, le projet verra sa généralisation sur un échantillon national. En termes de chiffres, l’économie informelle en Algérie représenterait 45% du produit national brut (PNB) et emploie plus de 4 millions de personnes.
Allocation touristique : pas d’augmentation
Les différentes approches de l’économie informelle en Algérie sont pour l’essentiel des évaluations quantitatives du phénomène.
Outre qu’elles n’appréhendent pas les caractéristiques, les comportements et les logiques en œuvre dans le secteur informel, elles considèrent souvent ce phénomène comme un ensemble homogène. Or, le secteur informel est profondément hétérogène et recouvre une diversité de segments, qui se distinguent par la nature des activités et des acteurs, le degré d’informalité, le niveau des revenus générés ainsi que les motivations et les logiques qui sous-tendent les comportements des acteurs.
Par ailleurs M. Loukal indiquera que le montant des prêts dits «non performants» s’élève à 1 127 mds de dinars à fin 2017, dont 192 mds octroyés au titre de l’Ansej. Toutefois, rassure-t-il, la situation n’inquiète pas et ces crédits «peuvent être couverts».
Il annoncera que de «nouvelles coupures difficilement falsifiables de 1 000 et 500 DA et une nouvelle pièce de 100 DA vont être mises prochainement en circulation». A propos de l’augmentation de l’allocation touristique, M. Loukal, formel, dira qu’elle n’est «pas à l’ordre du jour» compte tenu de l’état des réserves de change et du secteur touristique algérien. Pour expliquer la baisse de cette allocation de 150 à 100 euros, M. Loukal avait souligné, à mi-avril 2017, qu’«il n’est pas question d’alimenter les économies étrangères alors que l’économie nationale a le plus besoin de ces devises».n