Le Grand Prix Assia-Djebar du roman a été décerné, cette année, à Nahed Boukhalfa, Mhenni Khalifi et Ryad Girod (lire également entretien de l’éditrice Selma Hellal) pour leurs œuvres littéraires en langues arabe, amazighe et française. Nahed Boukhalfa a été récompensée pour sa fiction en arabe « Sirène, destination d’un homme optimiste », Mhenni Khalifi pour son roman en tamazight « Imehbal » (les fous) et Ryad Girod pour « Les Yeux de Mansour ».

Dans une réaction à chaud, Ryad Girod a confié à «Reporters» que c’est une « très grande surprise et une très grande joie ! Et la fierté d’associer le titre de mon roman, ‘’Les Yeux de Mansour’’, à celui d’Assia Djebar. Romancière pour laquelle j’ai une grande admiration. Un prix littéraire est toujours un booster pour rencontrer de nouveaux lecteurs. Ce prix en particulier qui touche assez largement. Plus son livre est lu et plus l’auteur ne peut être qu’heureux. »
Si les deux premiers auteurs lauréats sont relativement peu connus du public algérien, le troisième, en revanche, peut être considéré comme une valeur sûre de la jeune littérature algérienne d’expression française. Il confirme la vitalité de son éditeur, la maison Barzakh, qui publie aujourd’hui des écrivains réputés comme Chawki Amari, Mustapha Benfodil ou, encore, Kamel Daoud, premier écrivain algérien édité en Algérie à obtenir une consécration internationale et pas uniquement dans les pays francophones. Les éditions Barzakh, pour rappel de leur affirmation dans le champ éditorial et littéraire national, ont été primés l’année dernière pour le beau roman du regretté Noureddine Saâdi « Boulevard de l’Abîme », distingué à titre posthume. Les trois lauréats de la 4e édition du Grand Prix Assia-Djebar sont distingués cette année dans un contexte de compétition relevée, 66 romans (26 en arabe, 32 en français et 8 en tamazight). Une cuvée qualifiée de bonne par la présidente du jury, l’universitaire et auteure Aïcha Kassoul, qui a affirmé que les manuscrits sont « bons », ce qui est une juste récompense pour l’Entreprise nationale, d’édition et de publicité (Anep) et l’Entreprise nationale des arts graphiques (Enag), qui cofinancent l’évènement et militent à travers leurs départements d’édition respectifs pour le retour dans notre pays à une production littéraire de qualité.
Ce ne sont pas les bons auteurs qui font défaut en Algérie, il y a en ce qui les concerne un excellent potentiel. Celui-ci est d’autant plus réjouissant qu’il se décline par la diversité des talents et des langues arabe, française et berbère, en attendant que ceux qui écrivent en langue anglaise – et il y en a – parviennent à trouver leur lectorat et percer le mur de l’anonymat derrière lequel ils se trouvent actuellement. « En tant que membres du jury, nous avons également été des lecteurs (…). Avec ces ouvrages, nous avons fait un voyage fantastique qui nous a menés du Moyen-Orient à l’Amérique, en passant par l’Afrique », a témoigné Aïcha Kassoul de cette richesse. Ajoutant que « c’est une très bonne nouvelle que de voir la littérature algérienne ne pas se cantonner aux frontières nationales et qu’elle s’ouvre sur le monde », exprimant le souhait que les romans algériens puissent « toucher d’autres lecteurs dans le monde au travers de la traduction ». Ce qui fait défaut, en revanche, chez beaucoup d’éditeurs, c’est la qualité de leur travail, un paramètre qui a été pris en considération par le jury du Grand Prix Assia Djebbar, a indiqué sa présidente. « Certaines maisons d’édition n’avaient pas suffisamment accompagné les textes de leurs auteurs », a-t-elle déclaré pudiquement. « Nous avons fait un choix parmi une soixantaine de livres d’inégale valeur (…) mais cela n’a pas toujours été la faute des auteurs. J’aimerai ici revenir sur la responsabilité des éditeurs en ce qui concerne la qualité des livres, il ne suffit pas de le publier, il faut aussi les prendre en charge », a insisté Aïcha Kassoul. Et d’ajouter : « Nous avons constaté que les contenus des livres étaient souvent très bons, mais que la qualité de l’habillage, des couvertures, ou même du travail de relecture ont fait en sorte que certains livres n’étaient pas dignes de mériter un prix prestigieux comme le prix Assia-Djebar ». La déclaration-sentence de la présidente du jury a rappelé les déclarations précédentes du ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, qui a dit que « sur près d’un millier d’éditeurs recensés, beaucoup ne méritaient pas le titre de « professionnels du livre ». A bon entendeur salut.<

 

Lire entretien avec Nahed Boukhalfa dans notre édition de demain

Nouveau cap annoncé pour le Grand Prix Assia-Djebar

Le Grand Prix Assia-Djebar va-t-il changer de cap et de paternité ? La question est plus que jamais posée depuis que le ministre de la Culture Azzeddine Mihoubi a annoncé, lors de la soirée de cérémonie de remise de prix, que cette distinction littéraire va connaître une nouvelle orientation dans les années à venir. L’organisation du Grand Prix, qui incombe actuellement à l’Anep et à l’Enag, devrait revenir à une « fondation » portant le nom de l’écrivaine disparue en 2015. « Les ministères de la Communication et de la Culture ne souhaitent pas monopoliser le Grand prix Assia-Djebar au travers des deux structures que sont l’Anep et l’Enag, nous voulons, au contraire, arriver à la création d’une fondation qui portera le nom d’Assia Djebar », a déclaré M. Mihoubi aux côtés de son collègue de la Communication, Djamel Kaouane. Azzeddine Mihoubi précise néanmoins que l’Etat continuerait à soutenir la dotation des prix, « à travers nos structures, nous continuerons à soutenir le prix (…) Ces mesures donneront au prix un caractère international. Je pense qu’après quatre éditions, c’est le meilleur moyen d’assurer la pérennité de cette distinction ». Le Grand prix Assia-Djebar est doté d’une récompense de un million de dinars