A l’aube d’une année 2019 qui serait plutôt difficile, de l’avis même du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, les statistiques monétaires et financières fournies, dimanche, soulignent un état de détérioration soutenu des indicateurs macroéconomiques du pays.

Le déficit de la balance des paiements se chiffre à 10,42 milliards de dollars sur les onze premiers mois de 2018, entraînant une forte contraction des réserves de change, marquant une chute de 11,25 milliards de dollars entre décembre 2017 et fin septembre 2018, passant de 97,33 milliards USD à 86,08 milliards USD, avant de baisser encore à 82,12 milliards USD à la fin de novembre 2018. Au plan monétaire, le recours à la planche à billets pour monétiser les déficits s’est soldé par un tirage d’une valeur de
4 005 milliards de dinars à fin octobre.
Les quantités de pétrole exportées ont baissé de 8,7% lors de la même période contre 2,3% en 2017. Alors que le pays peine à sortir de la crise née de la dégringolade des cours du brut, amorcée en juin 2014, les perspectives s’annoncent tout aussi inquiétantes compte tenu de l’évolution actuelle des prix du pétrole ; laquelle ne fait que rappeler les vieux démons auxquels est confrontée l’économie algérienne au lendemain du dernier contrechoc pétrolier de 2014. En moins de cinq ans, l’Algérie a perdu l’essentiel de ses avoirs en dinars ; le solde du Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR) s’affiche négatif après avoir cumulé environ 8 000 milliards, dont 4 408,5 milliards de dinars ont été consommés durant ces quatre dernières années, alors que le pays a perdu plus de 111 milliards de dollars sur ses réserves de change depuis le second semestre de 2014. La situation pourrait s’aggraver sur le moyen terme si la tendance baissière des cours du brut reste baissière en 2019. Il faut dire aussi que le mouvement des principaux indicateurs macroéconomiques tient également beaucoup à la manière dont le gouvernement gère la crise.

L’impératif des réformes
Sur le court terme, la viabilité de la dette interne et le solde du stock en devises pourraient ne pas constituer des facteurs de risque, mais sur le moyen terme, les perspectives ne s’annoncent guère reluisantes. Dans ses prévisions pour les années à venir, le gouvernement a annoncé une contraction à venir des réserves de change de l’Algérie, à 79,7 milliards de dollars en 2019, soit l’équivalent de 18,4 mois d’importations, et à 76,2 milliards de dollars en 2020 (17,8 mois d’importations). Ces projections pourraient être remises en cause si les prix du pétrole ne remontent pas la pente. Mais pas seulement. La remise au frigo de certaines réformes ne fait que complexifier davantage l’équation de sortie de crise. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a souligné à juste titre que certaines importations culminent encore à des niveaux problématiques, alors que le pays a mis en place un arsenal de mesures administratives et fiscales dédié à restreindre les importations. Fin 2017, des annonces successives du gouvernement ont laissé entendre que ce dernier allait enfin agir contre la fièvre des importations qui contribue au déficit de la balance des paiements. Une année plus tard, force est de reconnaître que la moisson est pour le moins négligeable au plan des économies réalisées.
Le gouvernement continue à tergiverser et peine à appliquer une taxe dite additionnelle de sauvegarde, prévue dans la loi de finances complémentaire 2018 mais dont les textes d’application n’ont pas encore vu le jour. En tout cas, la fonte des réserves de change, principal indicateur de solvabilité du pays, reste l’épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de l’Exécutif.
Réduire l’accélération de cette contraction suppose que le gouvernement s’investisse dans des efforts supplémentaires axés essentiellement sur la diversification de l’économie, l’augmentation des exportations hors hydrocarbures et la maîtrise de la facture des importations. Faute de quoi, la situation s’aggraverait davantage dans les deux prochaines années et l’Exécutif n’aura de choix que de recourir à des solutions de rupture qui pourraient provoquer le courroux social tant redouté.