«Histoire de Judas», long métrage fiction de Rabah Ameur-Zaïmèche, est l’exemple frappant d’un film tourné en Algérie par un cinéaste algérien, avec l’appui des plus hautes autorités et qui montre l’imposante beauté de notre pays, en même temps que son ouverture envers toutes les croyances du monde.

«Histoire de Judas» a été co-produit par la chaîne franco-allemande Arte. Le tournage, l’accueil de l’équipe de Zaïmèche à Biskra, M’Chounèche, aux gorges de Roufi, à Timgad s’est fait avec l’aval et l’aide amicale des ministères algériens des Affaires étrangères, et de la Culture, de la wilaya de Biskra, des autorités locales dans les Aurès. Sélectionné dans les plus prestigieux festivals, primé au Festival de Berlin, section Panorama, le film a montré sur grand écran la magie fulgurante des paysages des Aurès, l’envoûtement des images des gorges de Roufi, et Timgad et a suscité la stupéfaction et l’admiration qu’un tel sujet soit filmé en Algérie avec le plein appui officiel et la participation de la population des Aurès. Rabah Ameur-Zaïmèche a mis en scène à Timgad et dans les décors hypnotiques, translucides des Aurès la grande scène du procès de Jésus (Sidna Aïssa, prophète de l’Islam) face au généralissime romain Ponce Pilate. Cette mise en scène grandiose, géniale par tous les détails de la dramaturgie, est l’aboutissement d’un long récit très vivant qui, dès la première image, nous montre Judas aller au secours de Jésus très affaibli, le portant sur son dos pour l’amener devant la foule des fidèles qui le salue et acclame son nom. Au milieu de la foule joyeuse, on voit Judas proche de son maître lorsqu’il prêche l’amour entre les hommes, guérit les malades, purifie les lépreux et chasse les démons. Et c’est aussi son meilleur compagnon lorsque le gouverneur romain Ponce Pilate ordonne la féroce répression à ses troupes et cherche à faire de Jésus de Nazareth un meneur séditieux. Moment culminant lorsque le tribunal condamne Jésus à la crucifixion. Les images de grande foule filmées avec une virtuosité incroyable montrent la douleur, les pleurs, mais aussi l’humour, la joie (il y a un fou parmi la foule). Ces scènes sont l’acte de résistance contre l’emprise coloniale de l’empire romain. En même temps, elles révèlent les liens d’amitié, de fidélité entre Jésus et Judas. Ils s’appellent «frère», comme les autres apôtres. La thèse de Zaïmèche, un cinéaste sans aucun doute passionné de théologie, est de montrer que Judas n’est pas le traître comme on le répète dans la croyance populaire. Après «L’Evangile selon Saint Mathieu» de Pier Paolo Pasolini et «La Dernière Passion du Christ» de Martin Scorsese, «Histoire de Judas» se penche à son tour sur les mythes, les énigmes, les vérités de l’histoire religieuse. L’œuvre de Zaïmèche peut paraître comme une œuvre subversive aux yeux de certains, attachés aux dogmes. Le récit réfute l’histoire de la trahison. Judas meurt à la fin assassiné par les Romains, qui brûlent ses écrits. Il dérangeait l’ordre colonial, il s’opposait aux marchands et aux tyrans. Judas, héros négatif dans l’imaginaire populaire, est montré ici (Zaïmèche joue le rôle de Judas) comme un être bon, fidèle à son maître, une figure chaleureuse et sympathique. Sujet fort, filmé avec une grande maîtrise, une exigence admirable dans les images, le jeu des acteurs et le mouvement des figurants. Le sentiment tragique de la vie des protagonistes naît ici de la rigueur et de la beauté de ce grand film. Cinéaste, scénariste, acteur, producteur, décorateur, Rabah Ameur-Zaïmèche est natif de Beni-Zid dans la wilaya de Skikda. Il a fait ses études en France, où il réside. Il a créé une société de production Sarrazink Productions et tourné déjà quatre longs métrages, «Wesh Wesh» (prix Louis-Delluc), «Bled Number One», «Le Dernier Maquis» (prix du jury au Festival de Dubai), «Les Chants de Mandrin» (prix Jean-Vigo). Il compte tourner encore en Algérie un long métrage sur «La Peste» de Camus.

«Histoire de Judas»  (1h39)
Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmèche
Assistant-réalisateur : Nabil Djedouani
Photographie : Irina Lubchansky
Acteurs
Nabil Djedouani (Jésus)
Rabah Ameur-Zaïmèche (Judas)
Mohamed Aroussi (le fou)
Régis Laroche (Ponce Pilate)
Production Arte, Sarrazing Prod- Rabah Ameur-Zaimèche
Soutien : Ministères des Affaires étrangères et de la Culture,
wilaya de Biskra, APC de Mchounèche, El Kantara, Timgad
Participants :  Hommes, femmes, enfants des Aurè