Pour cette 13e édition du Festival national du théâtre professionnel (Fntp), la deuxième journée de la compétition officielle a été marquée par l’annulation d’une représentation théâtrale, mise en scène par l’illustre homme de théâtre Chawki Bouzid et produite par le Théâtre régional de Biskra.

Alors que les organisateurs avaient annoncé que le spectacle n’était pas prêt à être montré au grand public, le metteur en scène, de son côté, a rompu le silence en dévoilant un sérieux différend avec le producteur de l’œuvre, à savoir le directeur du Théâtre régional de Biskra, qui a tenté d’empêcher la participation du spectacle « El Mina » au Fntp. Finalement, la pièce sera jouée ce jeudi à 13h. Dans l’entretien accordé à Reporters, Chawki Bouzid revient sur cette affaire et nous explique les raisons de ce bras de fer avec le producteur.

Reporters : Inscrit en compétition officielle du Fntp, le spectacle «El Mina», produit par le Théâtre régional de Biskra et mis en scène par vous-même, a été annulé à la dernière minute puis, finalement, reporté pour ce jeudi à 13h, que s’est-il réellement passé ?
Chawki Bouzid : Le directeur du Théâtre régional de Biskra a pris l’initiative de retirer sa production de la compétition officielle en adressant un courrier au commissariat du festival dans lequel il explique que la représentation ne pourra pas être donnée le jour « J », à savoir samedi dernier, en précisant que les modifications qui devaient être apportées à l’œuvre ne peuvent pas se faire à temps. Ce qui est totalement faux. J’ai monté ce projet de toute pièce en un temps record de 27 jours, et la Générale a été donnée le 19 décembre dernier. Seul le metteur en scène est habilité à juger si l’œuvre est prête ou non. Cela ne fait pas partie des prérogatives de l’administrateur.

Que reproche-t-on à cette œuvre ?

La pièce « El Mina » (la mine) est une œuvre signée par Roshdy Redouane qui traite de manière intelligente et subtile la problématique de la corruption en Algérie. Le directeur du TR Biskra a fait un véritable forcing sur l’équipe de travail pour faire avorter le projet et que la pièce ne voit jamais le jour. Il n’a pas hésité à faire un rapport au ministère de la Culture dans lequel il dénonce le contenu de l’œuvre, nous accusant même de porter atteinte aux symboles de l’Etat et à la religion. Ce qui est complètement faux. Il est vraiment inadmissible qu’un responsable d’une institution culturelle ait recours à des pratiques policières pour empêcher un travail qu’il est censé promouvoir !

Dans quelles conditions ce projet artistique a-t-il été monté ?

Nous avons travaillé dans des conditions vraiment déplorables, les comédiens et moi avons été humiliés à maintes reprises. Ce responsable est allé jusqu’à me faire du chantage en exigeant de supprimer un costume qu’il a lui-même jugé inapproprié pour me délivrer mon chèque. Je précise qu’il s’agit d’un costume blanc flanqué de billets de banque. Il m’a aussi reproché de ne pas faire travailler suffisamment les comédiens en les faisant répéter trois heures par jour. Pour lui, les comédiens avaient besoin de travailler dix heures par jour ! J’ai été contre. En tant qu’homme de théâtre, je n’ai jamais vu cela de ma vie car, je peux dire que le directeur du TR Biskra m’avait déclaré la guerre sous prétexte qu’on ne partageait pas la même vision.

Après l’annulation de votre représentation, comptez-vous riposter ?

Je ne suis pas quelqu’un qui se laisse faire et si j’ai décidé de mener cette bataille, c’est pour mes comédiens qui ont vraiment travaillé dur et méritent de monter sur les planches du TNA pour cette compétition. Ils ont aussi beaucoup subi car ce responsable leur a même demandé de ne pas se présenter le jour de la représentation et de prétexter une mésentente au sein de l’équipe. Je trouve que ce responsable a franchi la ligne rouge en s’immisçant dans les moindres détails de cette création artistique. C’est pour cela que j’ai adressé un courrier aujourd’hui au ministère de la Culture pour dénoncer ce comportement qui n’est pas digne d’un directeur de théâtre. Pour sa part, le ministre de la Culture nous a vraiment soutenus et c’est grâce à son intervention que la représentation sera donnée ce jeudi à 13h au TNA.

On entend de plus en plus parler de censure dans le domaine artistique…

Hélas, ces dernières années, les artistes subissent le dictat des administrations qui sont censées les aider et les accompagner dans leurs créations artistiques. Durant ma carrière, j’ai eu à faire face à ce genre de situation, mais on s’arrangeait toujours pour trouver un terrain d’entente. Ce que je reproche aujourd’hui à ce responsable, c’est sa tyrannie et son obstination à nous mettre des bâtons dans les roues.