L’APW de Tizi-Ouzou, sur proposition de son président, vient de délibérer à la majorité pour créer une entreprise de gestion des ports de la wilaya de Tizi-Ouzou. Le P/APAW motive cette initiative  « par la nécessité de donner un coup de pouce à l’attractivité économique de la wilaya en aidant le secteur de la pêche à se développer et à promouvoir les prestations afférentes à l’activité halieutique ».

Le préalable de l’accord des secteurs concernés au niveau du gouvernement est requis pour la traduction dans les faits de la délibération votée par la majorité des élus de l’APW lors de sa dernière session tenue mardi et mercredi dernier. Le P/APW indiquera, au passage, que son initiative est venue en réponse à une demande émise depuis longtemps par les pêcheurs eux-mêmes qui se plaignent d’une gestion aléatoire et à distance des deux ports dont dispose la wilaya de Tizi Ouzou et qui sont mis, depuis leur création, sous la tutelle de l’Entreprise de gestion des ports de pêche de Béjaïa (EGPP). Les pêcheurs activant au niveau de ces deux ports se plaignent de l’absence d’un véritable plan de développement de ses deux structures qui manquent du strict nécessaire. Au port de Tigzirt dont les capacités d’accostage sont minimes (410 mètres linéaires) permettant l’amarrage de seulement 2 chalutiers, 5 sardiniers et 24 petits métiers, la commission agriculture, hydraulique, forêts, pêche et tourisme de l’APW parle de projets non entamés d’infrastructures de soutien à l’activité de pêche (halle d’évitement, station d’avitaillement pour le stockage et le ravitaillement des embarcations en carburant, d’une surface de 200 m2). En cours de réalisation, un comptoir de vente et un foyer de pêche. Le problème d’entretien et de sécurité figurent parmi les doléances des utilisateurs du port de Tigzirt qui se plaignent du fait que le nettoyage est assuré par l’APC, moyennant une contribution de 200 DA chacun, par trimestre, alors que les charges communes sont perçues par l’EGPP. D’une surface linéaire de 568 mètres et d’une capacité qui permet l’accostage d’un bateau de 3 000 tonnes pour le commerce, 5 chalutiers, 15 sardiniers et 30 petits métiers, le port mixte d’Azeffoun (pêche et commerce) connaît, lui aussi, quelques soucis liés à son développement. Les travaux entamés depuis 1989 ne sont toujours pas achevés, à l’exemple de la halle à marée (d’une surface de 480 m2) qui est en cours de réalisation.
Un potentiel mal exploité
Long de 85 km, la façade maritime de la wilaya de Tizi Ouzou représente 7% de la côte algérienne et se caractérise par des eaux poissonneuses. Des énormes potentialités mal exploitées qui empêchent le secteur de la pêche à Tizi Ouzou de se développer. C’est le constat sans appel établi par la commission agriculture, hydraulique, pêche et tourisme de l’APW qui met en cause l’absence de réactivité de la part des gestionnaires du secteur. « L’immobilisme et le marasme qui prévalent actuellement dans le secteur de la pêche nous laissent pantois. Les nombreux investisseurs et l’exploitation des opportunités disponibles peuvent enclencher un mécanisme de développement insoupçonnables, pourvu que les acteurs, surtout administratifs, affichent une volonté pour faciliter les procédures », indiquent les membres de la commission de l’APW.
Plusieurs dysfonctionnements
Pire, aucun contrôle de qualité du poisson n’est effectué à l’intérieur des ports de la wilaya de Tizi-Ouzou, en l’occurrence celui d’Azeffoun et de Tigzirt ; le secteur de la pêche et des ressources halieutiques est à la traîne au niveau local. Une situation qui se dégrade d’une année à l’autre, vu les conditions précaires dans lesquelles les pêcheurs exercent leur métier et l’insécurité qui ronge ces infrastructures portuaires de la wilaya. Ce secteur qui pourra assurer l’autosuffisance alimentaire locale en matière de ressources halieutiques est malheureusement confronté à plusieurs contraintes qui se répercutent sur la réduction des quantités productives et bien sûr le prix. Pour preuve, le prix de la sardine qui fut « la viande du pauvre » jadis, est devenu ces dernières années, inaccessible pour les ménages à faible revenu. Au-delà des prix exorbitants du poisson, les élus ont tiré la sonnette d’alarme quant au manque de contrôle du poisson destiné à la consommation à l’intérieur des infrastructures portuaires de la wilaya. Pour sa part, la présidente de la Commission de l’agriculture, des forêts, de la pêche et du tourisme de l’APW, Samia Madi, a dénoncé les conditions précaires dans lesquelles les professionnels de la pêche exercent leur métier. Elle a cité le manque de sécurité, l’électricité, les réseaux d’assainissement d’eau potable, l’entretien des quais, manque de cases à pêcheurs, l’absence de pompe à essence et de pêcheries. En outre, Mme Madi a indiqué qu’aucun contrôle sanitaire sur les produits commercialisés, puisqu’il n’y a pas de vétérinaires qui certifient ces produits. C’est le même cri de détresse qui a été lancé par le président du groupe des élus du parti RCD au niveau de l’APW, Mohamed Ameziane Acherfouche qui a mis au courant le wali que ce manque de contrôle est dû au règne des lobbies qui continuent à dicter leur lois sur ce secteur de la pêche. D’après lui, ce sont les mandataires qui sont à l’origine de la hausse des prix du poisson sur les étals. « Il est temps de contrôler ce secteur névralgique pour l’autosuffisance alimentaire aquacole. Il faut savoir, enchaîne-t-il, que le poisson destiné à la consommation parvient de la localité de Zemmouri dans la wilaya de Boumerdès ». Le même élu du RCD a saisi cette occasion pour demander où en sont les 21 projets d’investissement retenus pour l’aquaculture ? Tout en appelant le premier magistrat d’intervenir pour améliorer les conditions de travail des pêcheurs dont la quasi-totalité abandonnent leur activité à défaut de moyens adéquats pour pérenniser leur travail. « Il est temps de créer un fonds d’aide aux pêcheurs pour couvrir la période de d’arrêt biologique ». n