Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a présenté hier devant l’APN, le rapport annuel sur la situation économique et financière du pays. Il a à cette occasion dit des vérités qui ne sont pas toujours agréables à entendre.

Loukal a ainsi souligné que l’équilibrage de la balance de paiement nécessite de fournir plus d’efforts pour la diversification de l’économie nationale. Cette diversification reste, a-t-il relevé, « très faible» vu le montant des exportations hors hydrocarbures qui n’ont pas dépassé les 1,58 milliard de dollars au cours des neufs premiers mois de cette année. C’est maigre. De plus, le gros de la production destinée à l’exportation provient des hydrocarbures, un secteur en méforme, comme cela a été souligné par Loukal. Ce dernier a en effet révélé que si les prix des hydrocarbures ont connu une amélioration durant les premiers mois de cette année, pour atteindre une moyenne de 72,7 dollars au cours des neufs premiers mois de 2018, les quantités de pétrole exporté ont enregistré une baisse 8,7 %. Dans son exposé, le gouverneur a indiqué qu’en totalité, les exportations d’hydrocarbures ont atteint 28,72 Mds de dollars fin septembre 2018, contre 23,93 Mds pour la même période de 2017. Et de ce fait, la totalité des exportations en neuf mois de l’année en cours ont atteint les 30,3 Mds de dollars, contre 24,9 milliards de dollars pour la même période de 2017. Par ailleurs, les importations, ont baissé de 2,9% durant 2018, chutant en valeur à 35,3 Mds dollars, contre 36,9 Mds dollars pour la même période de 2017. Les revenus pétroliers du pays ont ainsi diminué. Cela ne permet pas de reconstituer les réserves de change. Celles-ci continuent de baisser encore durant les derniers mois de cette année, s’établissant à 82,12 milliards de dollars à la fin du mois de novembre de 2018. Par ailleurs, et par souci de transparence, le gouverneur de la Banque d’Algérie a donné toute une série de détails sur la création monétaire.
La planche à billets a été fortement sollicitée
Il a ainsi avancé que le montant des titres émis dans le cadre du mécanisme de financement non conventionnel, lancé fin 2017 suite à l’amendement de la loi relative à la monnaie et au crédit, représente environ 28 % du produit intérieur brut (PIB), en comptant le montant de 4.005 milliards de dinars comme titres émis à fin septembre 2018 et l’inscription, en novembre dernier, d’une nouvelle demande de financement de 1187,2 milliards DA. Ainsi, la planche à billets a été fortement sollicitée pour ranimer une économie encore en difficulté. Mohamed Loukal a précisé que les titres émis dans le cadre du mécanisme de financement non conventionnel étaient passés de 19,7% du produit intérieur brut (PIB), fin septembre 2018, à près de 28% actuellement, et ce, en comptant la nouvelle demande pour ce financement non exploitée à ce jour. Selon lui, le montant des titres émis à fin septembre dernier (4.005 milliards DA) est reparti à hauteur de 1.470 milliard DA destinés à couvrir le déficit du Trésor public et à hauteur de 2.264 milliards DA pour le financement de la dette publique.
Sonatrach et l’émission monétaire
Il remonte un peu dans le temps, faisant état de l’émission, en janvier 2018, de 1400 milliards DA, dont 900 milliards DA par la BA comme avance destinée à couvrir partiellement le déficit du Trésor public et 500 mds de DA représentant une affectation octroyée à la Caisse nationale des retraites (CNR) à l’effet de régler ses dettes envers la Caisse nationale des assurances sociales.
Ensuite, un montant de 420 milliards DA a été émis, dans le cadre de la même formule, dont 100 milliards DA destinés au rachat des titres du Trésor public détenus par le Crédit populaire algérien (CPA), en contrepartie de l’assainissement des dettes de la société Sonelgaz et 320 milliards DA au Fonds National d’investissement (FNI) qui prêtera à son tour ce montant au CPA, en vue de financer les arriérés de règlement des programmes de logement de type AADL, au titre des exercices 2017 et 2018. Et de révéler : Le solde du compte du Trésor public auprès de la BA est créditeur de 1 475 milliards DA à fin septembre. S’agissant du nouveau montant (1187,2 milliards DA) demandé en novembre dernier, le gouverneur de la BA a fait savoir qu’il sera destiné dans sa totalité au FNI, à hauteur de 735,2 milliards DA, et à hauteur de 452 milliards DA pour la Sonatrach.
Il a ajouté, dans ce cadre, que le rachat, par la BA, des dettes du Trésor à hauteur de 9,4 milliards DA, représentait des compensations du différentiel sur les prix des carburants cumulés entre 2012 et 2014 et contribuera au financement partiel du programme d’investissement de Sonatrach. Le patron de la banque d’Algérie nous apprend donc, que même la compagnie nationale des hydrocarbures, pourvoyeuse de devises fortes, a bénéficié d’un apport d’oxygène, ce qui va lui redonner de la vigueur. Cela rejoint en réalité la déclaration formulée, il y a quelques semaines, par son P-DG. Ce denier a effectivement affirmé que si les prix du brut continuent de baisser, cela risque de remettre en question notre plan d’investissement. En filigrane du message, Ould kaddour entrevoyait négativement l’avenir, souhaitant solliciter des fonds. Et c’est chose faite ! Quant au montant des titres émis dans le cadre du financement non conventionnel, lors du dernier trimestre de 2017, qui s’élève à 2185 milliards DA, Loukal a rappelé qu’il a été réparti, à hauteur de 570 milliards DA, pour le financement du déficit global du Trésor en 2017, outre 354 milliards Da pour le FNI, 452 milliards Da pour le rachat partiel des titres du Trésor détenus par la Sonatrach, 545 milliards DA pour le rachat des titres du Trésor des dettes de Sonelgaz, et 264 milliards DA destinés au paiement de la première partie de l’emprunt obligataire national. Loukal a expliqué, par ailleurs, que le Trésor avait mobilisé les fonds du financement non conventionnel auprès de la BA contre l’émission de titres gouvernementaux à délai d’échéance allant de 5 à 30 ans et un taux d’intérêt unifié de 0.5%. Le gouverneur semble avoir dit des vérités sans complaisance. Mais cela ne change pas beaucoup la situation. Une situation faite de contractions des revenus du pays et d’absence de solution à long terme. Et elle risque de se dégrader davantage à mesure que progressera l’émission monétaire dans une économie dépourvue de ressorts, et où la production est faible. Les titres émis étaient passés de 19,7 % du PIB, fin septembre 2018, à près de 28% actuellement, ce qui est énorme comparé au volume des titres émis dans certains pays développés ayant opté, pour un temps, pour le financement non conventionnel.<