Un projet d’observatoire des migrations est mis en route par le collectif associatif Rassemblement action jeunesse (RAJ) ainsi que par d’autres groupes associatifs et de militants des droits humains en Algérie. L’idée de la création de cet observatoire a été discutée et annoncée à l’issue d’un séminaire, le 3e  du genre, organisé à Mostaganem à l’occasion de la journée mondiale des migrants par le collectif sur le thème « quelle politique migratoire en Algérie dans le contexte actuel ? ».

La mission qui sera assujettie à ce futur organisme est de militer pour la garantie des droits et la dignité humaine des migrants qu’ils soient algériens qui quittent leur pays ou étrangers souhaitant s’installer ou transiter par l’Algérie avant de gagner d’autres destinations. L’observatoire, lit-on dans le communiqué des initiateurs du projet d’observatoire, est « documenter, clarifier les enjeux, alerter et dénoncer ces atteintes, rendre visibles les solidarités et les fédérer pour agir ensemble et proposer des alternatives garantissant les droits et la dignité humaine des migrants ».

 Dans les faits, il s’agit de faire de cette future structure l’incarnation de la contribution du tissu associatif algérien et de la société civile dans notre pays à la prise en charge d’un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur et semble s’inscrire dans la durée avec ses cortèges de paris, de défis et, malheureusement, de drames aussi. L’enjeu est de faire admettre la part associative dans la prise en charge d’un dossier aux mains du gouvernement et des organisations qui en dépendent pour lui apporter – c’est fortement suggéré par le discours de RAJ et des parties impliquées dans le projet de l’observatoire- une touche moins sécuritaire et davantage tournée vers l’idée que les migrations, si elles sont bien gérées et inscrites dans une politique d’intégration, peuvent être génératrices d’atouts et de richesses que de problèmes.

L’essentiel de cette vision est d’ailleurs contenu dans le Pacte mondial signé récemment par les Etats membres des Nations unies à Marrakech, un texte non contraignant proposant que la gestion du phénomène migratoire devenu planétaire obéisse à des logiques de solidarité, d’humanité et de cohérence afin d’éviter les drames en série dont on observe chaque jour les conséquences en face de nous, en Méditerranée. Pour un militant de RAJ, l’annonce de la création d’un observatoire et la signature du Pacte onusien sur les migrations est une coïncidence. L’association cherche depuis longtemps à fédérer des associations autour de la nécessité d’avoir une voix sur le dossier dans notre pays, « mais c’est tout de même un atout que d’agir en résonnance » avec l’ONU, dira le président de RAJ Abdelouahab Fersaoui. Pour autant, le pari demeure rude.

Le collectif composant le futur observatoire se dit « conscient de la complexité des migrations, soucieux et inquiet de la gravité de la situation faites aux migrants et migrantes dans notre pays, caractérisée par de graves atteintes aux droits fondamentaux de tous les migrants algériens (haraga), ou étrangers en situations régulière ou irrégulière ». La politique migratoire algérienne, rappelle-t-on, est constamment critiquée par les ONG nationales et internationales. Amnesty international milite désormais pour l’adoption dans notre pays d’une loi sur l’asile et de dispositions permettant de meilleures garanties de protection des droits des migrants et des réfugiés. Pour le collectif, les évènements tragiques survenus récemment en Méditerranée et partout dans le monde où la question migratoire est posée impose la nécessité d’engager des efforts et des actions concrètes en faveur de l’accès des migrantes à leurs droits. Ses membres parmi lesquels on retrouve des militants de la LADDH, de l’association Fadhma N’Soumer, de la LADH, du collectif des « parents de harragas disparus », du comité national des chômeurs (CNDDC), des universitaires ainsi que des militants d’horizons divers souhaitent une mise à jour des lois de protection des migrants.

 Les signataires qui dénoncent une banalisation du racisme et de la xénophobie partout dans le monde, ne manque pas de pointer du doigt les autorités algériennes dont leur politique, affirment-ils, « réduit les militants associatifs les migrants et migrantes au statut « d’objet » et non pas d’acteurs, et les algériens par l’indirection de s’exprimer au rôle du complice ». Ses membres considèrent que le fait de « questionner ces politiques anti-migrants, c’est aussi questionner notre propre citoyenneté ». Pour rappel, le séminaire ayant servi à l’annonce de la création de l’observatoire des migrations a eu lieu au siège de l’association « djanatu al arif » dont le président d’honneur est le cheikh Khaled Bentounes.