Le débat autour du déroulement de l’élection présidentielle 2019 continue de rythmer la scène politique nationale sans que les acteurs ne parviennent à dissiper le flou qui entoure cette échéance. Les sorties partisanes, tribune des formations politiques, sont ainsi scrutées à l’aune de ce scrutin qui tient en haleine acteurs politiques et opinion publique. Curieuse évolution, c’est à mesure que les semaines passent et le personnel politique s’exprime, en message codé ou masqué, que
la décantation s’éloigne. Le flou tend visiblement à s’installer dans la durée et l’heure de la décantation se fait désirer ouvrant ainsi la voie à diverses supputations et autres scénarios. A moins d’un rebondissement cette semaine.

Le congrès du parti de Tajamoua Amel El Jazaïr (TAJ), tenu la semaine écoulée, n’aura pas été, pour ainsi dire, une étape porteuse de visibilité sur le scrutin présidentiel de 2019. Le concerné principal par l’évènement, à savoir Amar Ghoul, n’a pas pu donner la clarté nécessaire à son initiative, portant sur l’organisation d’une «conférence nationale avec la participation de toutes les forces vives du pays, afin de parvenir à un consensus national autour des questions et défis nationaux et internationaux intéressant l’Algérie».
Au-delà de son contenu qui demeure vague et qui a suscité des critiques, la communication à travers laquelle Ghoul a essayé de «vendre» son initiative a fait des mécontents, que le chef de TAJ a présentés comme «favorables» à la tenue d’une conférence de consensus national avant la présidentielle de 2019 prochain, sous l’égide du président Bouteflika.
C’est ainsi que le parti de Ali Benflis, que TAJ avait annoncé partant pour l’initiative, répliquait en disant qu’il n’a pas donné son quitus à quiconque. Le parti que j’ai l’honneur de présider ne peut s’exprimer sur des rendez-vous qu’après leur annonce par les autorités en place.» «Je n’ai pas l’habitude de me positionner sur des initiatives qui ne soient pas officielles. Je n’ai pas l’habitude de le faire sans que les choses soient tangibles et bien claires», a déclaré l’ancien chef de gouvernement lors du congrès du Parti des travailleurs dont les travaux se poursuivent à Zéralda. Formel, M. Benflis dira : «J’aurai à m’exprimer officiellement et publiquement devant vous sur une initiative officielle quand les autorités auront à annoncer quelque chose d’officiel et d’évident.»
C’est dire combien l’initiative de TAJ, qu’elle soit autonome ou émanant de structures autres que celles du parti de Ghoul, n’arrive pas à gagner en consistance et à faire adhérer des acteurs politiques à l’exception de ceux de l’alliance de la majorité présidentielle.
Idem pour l’initiative du Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui n’a point débouché sur la décantation souhaitée par les observateurs et l’opinion publique. Et si son président Abderrezak Makri tient mordicus à son initiative, force est de constater qu’elle ne suscite pas les faveurs des états-majors des partis politiques aussi bien chez le courant des démocrates qu’auprès des islamistes. Pour le MSP, il ne fait pas de doute que le report de l’élection présidentielle est «un projet politique découlant de l’initiative du consensus national», ajoutant que sa concrétisation «est tributaire de la réunion de certaines conditions, notamment un consensus au niveau de l’ensemble des institutions de l’Etat et un débat autour de ce report entre les différents partis politiques, au sein du pouvoir et de l’opposition».
Plus explicite, le MSP a noté, vendredi dans un communiqué rendu public à l’issue de la réunion de son bureau exécutif, que «le report doit faire l’objet d’un consensus national entre pouvoir et opposition dans le cadre d’un effort sérieux supervisé par les institutions officielles de manière à établir un pacte sociopolitique qui lui confère la légitimité exigée et d’accorder à l’amendement partiel de la Constitution, un encadrement juridique adéquat et crédible, conformément à ce qui se passe dans plusieurs pays du monde». Auparavant, le RCD a plaidé plutôt pour une période de transition. «Je suis de ceux qui croient qu’il est temps, notamment pour l’opposition, d’agir dans le sens de pousser vers l’organisation d’une période de transition.
Ce qui est différent du report de l’élection présidentielle. Le report c’est donner, encore une fois, la possibilité aux dirigeants actuels de gérer le pays de manière illégale et pour une durée sur laquelle on n’a pas d’emprise», avait affirmé son président Mohcine Bellabès.
De son côté, le Parti des travailleurs (PT) a formulé une multitude d’interrogations quant aux motivations de cette pléthore d’initiatives et sur leur faisabilité et répercussions.
Une transition vers quoi ? Est-ce vers la mise en place d’institutions transparentes ? Une justice indépendante capable de combattre les crimes économiques et la corruption ? Vers des institutions qui préservent le pouvoir d’achat ?, s’est interrogée Louisa Hanoune avant-hier à l’ouverture du congrès de son parti. Ceci avant de faire remarquer que des changements peuvent intervenir cette semaine.
En définitive, l’activité politique nationale tend visiblement à gagner en intensité sans que cela ne débauche sur une meilleurs visibilité notamment sur les présidentielles 2019!