L’Opep est revenue à la charge vendredi pour tenter, à nouveau, d’injecter un brin d’espoir dans un marché qui semble virer complètement à la déprime. Son secrétaire général, Mohammad Barkindo, a indiqué, dans une déclaration à l’agence Reuters, que les réductions de la production de l’Opep seraient plus importantes que prévu, affirmant que les États membres devraient réduire la production à 3,02%, ce qui est supérieur au chiffre convenu à l’origine de 2,5%.

Mohammad Barkindo a également déclaré que les pays membres rendraient leurs quotas publics et a salué les Saoudiens qui se sont engagés à réduire leur production à 10,2 millions de barils par jour, soit plus que prévu. De tels niveaux de réduction, soit le double de ce qui a été convenu lors de la dernière réunion de l’Opep-non-Opep, tenue le 7 décembre dernier à Vienne, ont, d’abord, été salués par le marché, avant que l’optimisme cède le terrain au doute ; le marché clôturant la semaine sur la plus forte baisse hebdomadaire en un mois.
Les inquiétudes suscitées par la faiblesse de la croissance économique et la hausse de la production de schiste aux États-Unis ont aussitôt refait surface, alors que les investisseurs doutaient de la capacité de l’Opep à faire respecter l’accord du 7 décembre dernier, portant sur une réduction journalière de 1,2 millions de barils de l’offre des 25 producteurs signataires du pacte de coopération Opep-non-Opep. L’Opep devrait rendre publics d’ici la fin de la semaine les quotas de production attribués aux 25 pays engagés dans l’effort de rééquilibrage du marché au moyen de la limitation de l’offre. Acculée par une baisse des prix qui a atteint des niveaux problématiques, l’Opep n’a de choix que de donner des gages d’un engagement ferme en faveur de la limitation de son offre et celle de ses alliés.
En annonçant un niveau de réduction supérieur à l’engagement pris le 7 décembre à Vienne, l’Opep semble se rendre compte qu’une coupe de 1,2 mbj, négociée au forceps, serait tout compte fait insuffisante pour éponger les excédents de la production qui mine la stabilité du marché. Deux des principales variables dont dépend le rééquilibrage du marché restent inconnues par-dessus tout, à savoir l’évolution de la demande mondiale de pétrole et la cadence de production aux Etats-Unis. Sur cette variable, suivie de très près par les investisseurs, les inquiétudes n’ont jamais été aussi vives. D’autant plus que le nombre de plates-formes actives dans le forage pétrolier a enregistré cette semaine une nouvelle hausse, à 883 forages, marquant un bond de 10 plates-formes, un chiffre qui rompt avec deux baisses hebdomadaires consécutives. Le nombre de plates-formes en activité avait chuté de quatre la semaine dernière, à 873, le niveau le plus bas depuis la mi-octobre. Cette hausse ne fait que revivifier les inquiétudes sur une offre surabondante, alors que l’Opep peine à rassurer les marchés qui s’enfoncent désormais dans le rouge ; le Brent et le WTI ayant respectivement perdu environ 35% et 40% depuis début octobre. En tout cas, cette énième tentative de l’Opep de dissiper les doutes autour de sa capacité à réduire sa production s’est révélée un flop, en attendant que les quotas de production soient annoncés officiellement cette semaine. En attendant, un conseil ministériel de l’Organisation des pays arabes exportateurs du pétrole (Opaep) se tiendra ce dimanche au Koweït. Figurent à l’ordre du jour de cette réunion l’examen de l’évolution de la situation du marché pétrolier mondial et la réunion ministérielle prévue en mars. Les producteurs sont en tout cas mis en demeure par une situation qui risque de leur échapper, alors que l’état de l’économie mondiale fait craindre un ralentissement de la demande de brut, à l’heure où la production évolue en roue libre. Mercredi dernier, la banque centrale américaine (Fed) a dit prévoir encore deux hausses de son taux directeur l’an prochain, malgré les nuages qui s’amoncellent sur la croissance américaine et l’économie mondiale. Une prévision qui ne fait que rajouter une couche à l’inquiétude ambiante.<