Le gouverneur de  la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, présentera aujourd’hui en séance plénière  à l’APN le rapport annuel sur l’évolution économique et monétaire.

Il va tenter d’avancer des arguments convaincants pour défendre une politique monétaire et une politique de change dont l’objectif principal est de maintenir la stabilité des prix et, sans préjudice porter à cet objectif, de soutenir les politiques économiques générales du pays.
M. Loukal se fera certainement le porte-parole de beaucoup quand il aura à discuter du secteur financier et de la planche à billets. Le gouverneur de la Banque des banques fait partie de ceux qui ont cru (et croient encore) qu’il ressortirait du positif de ce mécanisme. Ils ont raison en un point : le non-conventionnel n’a pas produit d’inflation, pour l’instant. Mais, beaucoup de créations monétaires. Faut-il pour autant s’en inquiéter ? Le montant des titres émis dans le cadre du financement non conventionnel s’est établi à 4 005 milliards de dinars jusqu’au 31 octobre 2018, contre 3 585 milliards de dinars à fin mai 2018 a indiqué la Banque d’Algérie dans sa situation mensuelle publiée au Journal officiel n° 71. A travers ce nouvel instrument, il s’agit de couvrir les besoins de financement du Trésor, de financer le remboursement de la dette publique interne, et ce, en particulier, les titres de l’emprunt national pour la croissance levé en 2016, les titre du Trésor émis en contrepartie du rachat de la dette bancaire de Sonelgaz et les titres du Trésor émis au profit de la Sonatrach en compensation du différentiel sur les prix des carburants importés et de l’eau dessalée… La planche à billets a ainsi servi à payer les créanciers (publics et privés) et à réaliser des investissements. Mais le bilan n’est pas encore entièrement satisfaisant. Et c’est sur ce terrain-là que les députés vont le critiquer. Face aux parlementaires, Mohamed Loukal va essayer de développer des arguments directs et clairs, car autrement, le manque d’information ou d’arguments sur le financement non conventionnel ne pourrait qu’insinuer le doute dans l’esprit des députés. Il serait tenté aussi de dire que cette question ne peut être traitée ni de manière isolée ni de manière emphatique, tout en énumérant une longue liste de mesures prises pour soutenir ce mécanisme. Effectivement, la Banque d’Algérie a initié, durant l’année 2018, une large offensive en direction des banques pour le développement de l’inclusion financière aux fins d’une meilleure mobilisation des ressources financières dans un contexte marqué par l’objectif de diversification de l’économie. Dans ce sens, les banques ont été appelées à se mobiliser plus efficacement aux fins de la bancarisation de la liquidité monétaire thésaurisée et de sa canalisation vers les objectifs de financement de l’économie. L’enjeu est aussi la réduction de la liquidité monétaire en circulation dans l’informel et l’instauration de la confiance avec la clientèle épargnante dans un cadre d’une relation bancaire professionnelle et sereine.
Pour une meilleure inclusion financière
Ceci montre, aux yeux de son gouverneur, que la Banque centrale ne peut pas dormir sur ses lauriers, mais au contraire, elle est en train d’opérer les nécessaires adaptations et de faire en sorte qu’il y ait plus d’argent, le vrai (pas de fausses monnaies) dans le circuit économique, plus d’inclusion financière, tout en mettant en place un filtre pour empêcher l’introduction de l’argent sale. Seulement, il fallait le faire de manière souple, de façon à attirer des liquidités à court terme, et non le contraire. Car, sur le terrain, il s’est passé des choses rédhibitoires. En effet, en raison d’une interprétation, souvent abusive et non fondée, des dispositions de la loi régissant le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, certains guichets bancaires ont été à l’origine de refoulement de capitaux de manière arbitraire et sans justifications réglementaires. Cette interprétation restrictive que font certaines banques des dispositions réglementaires est constatée notamment en matière d’ouverture de comptes, d’acceptation des dépôts et de délais exagérés de mise à disposition des fonds. En conséquence, cette attitude a desservi les objectifs de l’inclusion financière et a généré, auprès des épargnants potentiels, un phénomène d’incompréhension et même de désaffection à l’égard des banques. Ce qui a été parmi les facteurs de la persistance de la sous-bancarisation. En effet, la circulation fiduciaire hors banques représente une certaine proportion de la masse monétaire (M2), évaluée à près de 33%, soit 4 675 milliards de dinars à fin 2017 se répartissant en encaisses transactionnelles et thésaurisation pour un montant estimé entre 1 500 et 2 000 milliards de dinars auprès des entreprises et ménages, alors que le reste représente la circulation fiduciaire dans l’économie informelle, soit un montant allant entre près de 2 680 et 3 200 milliards de DA. Les mesures de drainage des ressources financières ne concernent pas seulement la monnaie nationale mais également les devises thésaurisées dont les détenteurs font face à de différentes contraintes liées à l’ouverture des comptes, à l’alimentation et au fonctionnement de ces comptes et à la justification de l’origine des fonds. Ces différentes contraintes n’ont pas permis le développement de l’inclusion financière à travers la collecte de cette épargne devises qui constitue un apport certain de par le nombre de comptes actifs (4,7 millions de comptes), de par le montant de l’épargne constituée (l’équivalent de près de 5 milliards de dollars) et de par le potentiel qu’elle pourrait receler. n