Une rencontre avec la doctorante en politique et chercheuse italienne Caterina Roggero a été organisée avant-hier par l’institut culturel italien à l’occasion du cinquantième anniversaire des manifestations du 11 décembre 1960. La chercheuse a présenté son dernier ouvrage « L’histoire de l’Algérie indépendante, de la guerre de l’indépendance à Bouteflika ».

Le livre est une réédition de 575 pages dans lequel l’auteure raconte l’histoire de l’Algérie depuis la guerre de libération jusqu’à nos jours.
« L’ouvrage a été d’abord pensé par mon professeur Giampaolo Calchi Novati, décédé l’année dernière, qui a relaté ces faits, mais en s’arrêtant en 1998. J’ai décidé alors de revenir dessus et continuer l’histoire jusqu’en 2018 », précisant avoir gardé sa
« neutralité » et son « objectivité ». L’écrivaine rappelle que ce livre est très important pour les Italiens qui ne connaissent pas cette histoire, « il y a vraiment un vide éditorial sur l’histoire de l’Algérie et sur celle de l’Afrique en général dans mon pays. Il y a par contre un intérêt pour ce qui se passe en Tunisie. Mais, quand j’ai présenté mon œuvre à Milan et à Rome, j’ai eu un très bon écho, ils ont apprécié ce livre ». L’intervenante dira, par ailleurs, s’être passionnée pour l’histoire de l’Algérie. « J’ai tout d’abord écrit sur l’histoire récente de la Tunisie, où j’ai effectué une thèse sur la presse tunisienne de 1987 de l’époque Ben Ali. Ma passion a commencé par la langue, alors j’ai appris l’arabe.» Elle a ensuite décidé de réaliser un mémoire pour son doctorat en se basant sur différentes sources. « Quand j’ai découvert que l’Algérie a ouvert deux fonds de ses archives celle du GPRA et du CNRA, j’ai décidé alors de venir à Alger en 2009 pour mes recherches ». C’est ainsi qu’elle a visité les archives nationales après avoir travaillé sur des documents français. Elle a réussi à publier sa thèse sur les projets de l’Union magrébine et les fonds GPRA en exil en 2012. Pour cela Caterina Roggero se penchera sur les travaux de son enseignant Novati. « Il était un africaniste majeur, ses études étaient une mission militante et il connaissait l’histoire de chaque pays africain. Il a aussi vécu l’histoire de la guerre d’Algérie depuis l’Europe. Il est surtout connu pour sa passion révolutionnaire ». Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) était le premier motif de sa passion pour l’histoire de l’Algérie. Elle estimera que « le GPRA était le moyen de gagner la guerre d’Algérie, non pas avec les armes, vu qu’aussi la France était la quatrième puissance militaire mondiale, mais par un appui extérieur ». D’autre part, l’oratrice avouera avoir analysé les textes programmatiques de la Révolution, c’est également un résumé de l’historiographie internationale de l’Algérie.
« Nous avons utilisé des recherches d’une centaine de livres publiés en Algérie, en France, en Italie, en Espagne, ou encore en Allemagne, pour rassembler toutes les données pour relater l’histoire de votre pays ». La chercheuse qui s’inspire des travaux de son enseignant admet avoir imité Novati,
« je travaille avec sa méthode, sa rigueur et surtout il m’a transmis sa façon d’écrire qui est divulgatrice, loin de l’écriture académique et plus proche de l’écriture journalistique. Sauf que moi, aujourd’hui, j’ai accès à Internet qui est une importante source de documentation ». Cependant, elle explique que « ce qui m’a marqué dans l’histoire de l’Algérie, c’est sa révolution permanente et cette façon dont elle s’est opposée à l’injustice française. J’admire aussi la culture algérienne qui est arrivée à survivre à ces tragédies et aussi les Algériens que je trouve très proches des Italiens, c’est un voisinage de sentiments », dira-t-elle. « C’est la troisième fois que je viens en Algérie, j’ai d’ailleurs pris contact avec quelques historiens dont Daho Djerbal qui m’a beaucoup aidé pour les entretiens faits avec des moudjahidine », fera savoir l’intervenante. Elle ajoutera : « J’ai été publiée par une maison d’édition très connue en Italie, elle s’appelle Bompiani, elle n’a en aucun cas hésité de me publier. C’est un choix courageux car ce sujet n’est pas cité dans notre presse, et reste inconnu pour nos citoyens. C’est très important pour moi de faire connaître cette histoire à mon pays, et aussi pour les bonnes relations entre nos deux pays respectifs qui sont très proches géographiquement ».