Le gouvernement tunisien a présenté, hier, 33 projets de partenariats public-privé d’une valeur de plus de quatre milliards d’euros, dans le but d’accélérer la réalisation de grandes infrastructures, dont certaines sont en projet depuis des années. « C’est une nouvelle approche de l’investissement, cela va alléger le budget de l’Etat », a déclaré, hier à Tunis, le Premier ministre Youssef Chahed à la presse, lors du Forum international sur les partenariats public-privé qui a réuni environ 250 investisseurs dont plusieurs groupes chinois.

En dépit d’une croissance de 2,8% enregistrée au deuxième trimestre, la Tunisie fait face à un chômage de plus de 15% et à une inflation en hausse. Les autorités peinent par ailleurs à endiguer les déficits commercial et budgétaire.
« Nous voulons lancer un dialogue entre les secteurs privé et public pour accélérer la réalisation des projets », a affirmé le ministre du Développement et de l’Investissement, Zied Ladhari, précisant que les infrastructures « resteront la propriété de l’Etat ».
Les bailleurs et partenaires de la Tunisie « reconnaîssent l’ampleur des investissements nécessaires dans ce pays », a indiqué Pierre Heilbronn, vice-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et chargé des partenariats. Selon lui, il faudrait investir à hauteur de « 28% du Produit intérieur brut (PIB) » pour combler le déficit d’infrastructures et soutenir une croissance durable.
Parmi les projets présentés figurent un port commercial en eaux profondes à Enfidha (est), déjà évoqué en 2016, et une zone franche à Ben Guerdane, ville située à la frontière libyenne et haut lieu de la contrebande. Les projets concernent aussi des stations d’épuration et de dessalement d’eau, des lignes ferroviaires et la création d’un métro à Sfax, deuxième ville du pays, d’un coût de 2,8 milliards de dinars (900 millions euros). Ces initiatives, qui concernent douze des 24 régions tunisiennes, soulignent la volonté de Tunis de développer l’intérieur du pays, encore largement marginalisé sept ans après la révolution ayant mis fin à des années de dictature. «Il y a une volonté politique évidente, il va falloir qu’elle se traduise au niveau de l’administration » et que les projets soient « techniquement bien structurés », a réagi Abdelmalek Riad, directeur du développement pour la région MENA au sein du groupe français Suez, spécialiste de la gestion de l’eau et des déchets. Lors d’une conférence organisée en novembre 2016, Tunis avait annoncé avoir engrangé 14 milliards d’euros en promesses de prêts et de dons, mais nombre de projets n’ont pas vu le jour.
La Tunisie, qui a souffert d’instabilité après la révolution de 2011, d’attaques terroristes dévastatrices pour le tourisme, en 2015, et de la difficulté à libérer l’économie de la corruption, a obtenu en mai 2016 un prêt du Fonds monétaire international de 2,9 milliards de dollars sur quatre ans.