L’Algérie est confrontée aux phénomènes de crues et d’inondations qui sont plus fréquents que les séismes. Ces phénomènes provoquent des catastrophes destructrices et occasionnent d’importants dégâts humains et matériels.  Les exemples de Bab El Oued (Alger) en 2001, Oued Rhiou en 1993, de Sidi Bel Abbès en 2006, de Ghardaïa en 2008, El Bayadh en 2011, sont frappants tout autant que  le dernier en date, de Tébessa, ce mercredi 12 septembre 2018.

 

Les analyses faites à propos des crues et des inondations dans notre pays mettent en évidence leur violence et leur spontanéité ainsi que leur survenance brutale après une période de sécheresse. En mars dernier, les riverains du lotissement de l’Agence foncière de Tlemcen (AFIT) de Bouhanak (commune de Mansourah), situé près des 400/Logements, étaient en alerte en raison des inondations causées par les précipitations qui s’étaient abattues sur la région. Le quartier avait été complètement noyé par les eaux pluviales, les crues ayant été exceptionnelles cette année dans ce secteur. Les mouvements de terre et déblais entassés sur le sol, qui recouvrent l’espace public, viennent contrarier le cycle naturel de l’eau et canalisent les ruissellements des eaux pluviales, qui envahissent rues et habitations. Le scénario des inondations se répète invariablement chaque année au niveau du Grand-Tlemcen et particulièrement dans les cités des Oliviers, Bel Horizon, Koudia, Boudghène, Makhokh, Kiffane, Abou-Techfine, Sidi-Saïd, Feddane Sbaâ, Chetouane ainsi que l’ancienne médina. La plupart des trémies deviennent impraticables, voire dangereuses, à l’image de celle de Bab el Qarmadine (vers la zone industrielle) où plusieurs automobilistes auraient «laissé» leurs véhicules. Les habitants de Feddane Sbaâ sont hantés par un double spectre émanant de l’oued, la pollution et l’inondation. Les équipes de l’ONA et les services communaux de la voierie doivent anticiper ce scénario catastrophe en procédant au curage des avaloirs et nettoyage des artères et oueds pendant la saison estivale, avant la saison des pluies. Il faut souligner dans ce contexte que le réseau d’assainissement de la wilaya de Tlemcen, qui était de 1 701 kilomètres en 2006, est passé à 1 941 kilomètres en juin 2015. Il faut signaler que des travaux de rénovation du réseau d’assainissement sont effectués actuellement par les services de l’ONA au niveau des quartiers de Bab El Hdid (rue Tidjani-Damerdj) et Blass (rue Commandant Djaber) ; on ne dispose pas de plan, mis à part des documents établis en 1980 par des experts polonais, selon une source de l’ONA.
Flashback sur le réseau d’assainissement de la ville pendant la période coloniale. Si l’on se réfère aux archives de l’Administration militaire (1842-1852), parmi les travaux prévus en 1845 figure l’établissement d’un réseau d’égouts dans le quartier européen (Blass derb Lihoud et Tafrata, ndlr). Le 9 juillet 1846 était publié un règlement imposant l’établissement de fosses et lieux d’aisance dans les immeubles situés en face du Mechouar (rue Louis-Philippe, rue de la Mouillah, rue Mogador, ainsi que la place du Foundouk et la place des Caravanes). Chaque propriétaire avait le choix entre la construction de fosses d’aisance ou l’établissement de canaux d’écoulement communiquant avec les grands conduits voisins. Le réseau d’égout fut amélioré constamment ; en 1846 fut construit l’égout dans la partie de la ruez Saint-Michel (rue de France) entre l’Esplanade du Méchouar et la rue Ba Thaza (rue Saint-Cyprien). Tous ces travaux d’édilité (municipaux) coûtèrent à ce moment 13 000 francs. Entre 1850 et 1851, une nouvelle tranche de 472 mètres d’égouts fut construite dans l’Esplanade du Méchouar, les rues Bab Thaza Mogador, Sidi Aziz, de la Sikkaq et de la Révolution… A noter que la wilaya avait enregistré par le passé une multitude d’évènements liés aux inondations dont les plus remarquables avaient été enregistrées au niveau des agglomérations de Bensekrane, Sebdou, Magoura, Aïn Ghoraba, Ghazaouet, Azail, et Tlemcen (Mechtekana). Confrontés à un vrai dilemme, de nombreuses opérations d’aménagement et de recalibrage d’oueds et de cours d’eau ont été engagées au niveau de ces différentes agglomérations. Lors de la visite de travail et d’inspection du ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, accompagné du P-DG de Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour, effectuée mercredi 12 septembre 2018, le cortège officiel a failli être bloqué par les crues à hauteur du village de Magoura (El Bouihi), à son retour du site GPDF au lieudit Kazdir (Naâma). Il faut rappeler dans ce contexte qu’une journée d’étude dédiée aux risques majeurs avait été organisée en octobre 2014 au niveau de la salle des actes du Cabinet du wali ; présidée par le wali et impliquant les différents acteurs, en l’occurrence l’APC, la daïra, la Protection civile, la direction des ressources en eau, la DTP, la DSP, entre autres, la séance de travail avait été animée par Melizi Tahar, directeur de la délégation nationale de prévention des risques majeurs. Plan de prévention ou d’urgence, cartographie des zones à risque, schéma d’alerte de la population, cartographie des zones à risques, séismes, feux de forêt, incendies industriels, inondations, ruptures de barrage, aléas climatiques, étaient les «mots clés» de cette rencontre importante.
Il convient de rappeler dans ce sillage qu’en avril 2017, le wali avait donné le coup d’envoi de la première phase des travaux de protection de la localité rurale d’Oued Zitoune (Sebra) contre les inondations. Le coût de cette opération est estimé à 20 millions de DA, dont 12 millions de DA en PCD pour des délais de réalisation de 6 mois. Il faut souligner que le village d’Oued Zitoune, situé sur un relief montagneux très accidenté, a été marqué ces dernières décennies par des inondations importantes. Il faut savoir que 375 habitations sont construites sur des zones inondables à travers Tlemcen. Signalons que des pluies torrentielles se sont abattues dernièrement sur la région de Tlemcen dimanche, mercredi et jeudi derniers. Sur le plan académique, plusieurs études sur le sujet ont été faites sous l’égide de l’université Abou-Bakr Belkaïd de Tlemcen à travers le département d’hydraulique (au titre de projets de fin d’étude) dont «Protection des villes contre les inondations : cas du centre d’Aïn Fezza-Tlemcen», par Aïssa Madaoui Oussama et Aïssa Madaoui Rabie ; 2015-2016 ; «Etude de protection de la ville de Bensekrane (W.Tlemcen) contre les inondations», par Nabila Benmechernane ; soutenance en juin 2013 ; «Problématique du risque inondation en milieu urbain : cas de l’agglomération de Sidi Bel-Abbès», par Bachi Mohamed ; soutenance en juillet 2011 ; «Evaluation de la performance des barrages de protection contre les inondations : cas de la ville de Ghazaouet», par Benmia Kouider ; soutenance en 2012 ; «Protection des agglomérations contre les inondations : cas du centre d’El Gouassir (Beni Oursous, ndlr), par Hachemi Soumia Manel ; date de publication juin 2015… Par ailleurs, la plage de Tafsout (Honaïne) a vécu le vendredi 3 août 2018, une panique générale à la suite d’un «tsunami». L’eau a emporté tout sur son passage et les digues de protection n’ont pas résisté à la force des flux incessants des vagues. Nul n’a compris les causes de ce phénomène qui s’est produit instantanément d’autant plus que la mer était calme et le mercure dépassait les 38 degrés. C’est la force de la coulée des eaux en provenance de la station de dessalement d’eau de mer, située en amont de la page, qui serait à l’origine de ce phénomène de ressac. Des milliers de mètres-cubes se sont déversées de la digue dont la pente est inclinée de plus de 25%. n