Ils étaient des dizaines, adultes et jeunes des deux sexes, à se précipiter lundi matin vers le siège de la wilaya de Ouargla, où devait se faire l’attribution des nouveaux quotas de logements.

L’invitation destinée aux médias a vite fait la tournée des réseaux sociaux et l’info s’est propagée comme une trainée de poudre. Les foules ont envahi tôt le matin l’entrée du siège et les trottoirs adjacents. Pourtant, sur place, c’est la déception.«Il n’y a pas de logements sociaux à distribuer, ce n’est pas pour cette fois !», affirmait-on. Ce qui a engendré une colère chez les souscripteurs au logement social, qui ont tenté de forcer le portail.
Les opérations de relogement font, depuis quelques mois, les gros titres de la presse nationale. Les habitants de Ouargla suivent de loin les centaines de milliers de personnes qui ont bénéficié de logements à travers le pays. Ouargla et Hassi Messaoud ont été écartés.
Les logements qui ont été attribués dans la wilaya depuis le début de l’année ne concernent que deux types de logements en excluant la commune de Ouargla et la daïra de Hassi Messaoud. Pour le logement social, aucune distribution depuis plus de 6 ans en raison du manque de financement de la viabilisation des assiettes foncières, comme justifié parle wali et les responsables du secteur. L’AADL est une autre histoire, aussi dramatique, qui s’ajoute au lourd fardeau que portent les centaines d’habitants de Ouargla, qui rêvent depuis une décennie de quitter leurs habitations insalubres et exiguës pour déménager dans des logements décents.
Les milliers de logements qui constituent la nouvelle ville de Hay Enasr, réalisés depuis le début des années 1990, n’ont pas résolu la crise du logement à Ouargla. La majorité des logements ont été octroyés par «piston», nous dit-on. Le résultat : des centaines de ces appartements ont été destinés à la location par leurs bénéficiaires, qui les ont obtenus grâce à un proche, une connaissance ou contre des pots-de-vin, au détriment des véritables nécessiteux. C’est d’ailleurs la cause principale de la crise de logement à Ouargla. «Les logements sont octroyés à ceux qui n’ont pas besoin de logement», crie-t-on dans la rue.
Vu les salaires dérisoires de la majorité des citoyens et les loyers de plus en plus élevés, le logement social est le plus approprié. Il s’ouvre aux ménages modestes et défavorisés. Depuis 2008, plus de 9 000 attendent d’obtenir un logement social. Les listes des bénéficiaires du logement social n’ont pas été révélées à ce jour.
Gel des projets, manque de financement, retard de réalisation, entrepreneurs incompétents, travaux de viabilisation et de réhabilitation externes des cités d’habitations inachevés, des prétextes parmi tant d’autres que lancent les autorités locales et les responsables du secteur pour justifier les retards d’attribution des logements.
Pour le citoyen ouargli, il s’agit d’une politique de discrimination systématique, exercée sur les habitants du Sud. Les habitants crient à la «hogra» et disent ne plus pouvoir subir les conséquences de la politique d’austérité et le gel des projets de logements qui s’appliquent uniquement dans les régions du Sud, puisque dans les autres villes du nord du pays, les distributions de logements se poursuivent en grande pompe.
Tout est donc réuni pour aggraver la précarité d’une région, déjà grandement touchée par le chômage qui n’a épargné aucune couche de la société. Ce cumul de problèmes a engendré un sentiment de désespoir et de colère chez la population locale. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, des jeunes appellent à la mobilisation et s’organisent pour une nouvelle lutte sociale.

Les logements distribués… insuffisants
Dans un climat de tension suivi d’un mouvement de protestation, près de 1581 logements, tous types confondus, ont tout de même été livrés lors d’une cérémonie organisée au siège de la wilaya d’Ouargla, lundi dernier. Il s’agit de 78 logements publics locatifs(LPL) dans la daïra d’El Hdjira et 47 autres de type promotionnel public(LPP). Les communes de Ouargla et de Hassi Messaoud ne sont pas concernées.
Environ 877 aides ont été octroyées dans le cadre du programme de logement rural, ainsi que 579 titres de propriété de terrain dans le cadre du programme des lotissements fonciers sociaux. Cela reste largement insuffisant vu le nombre de dossiers en attente. Les autorités locales, et afin d’apaiser les esprits, ont renouvelé leurs promesses relatives à l’attribution, sur plusieurs tranches et avant la fin de l’année en cours, de près de 8 914 logements, dont 3000 logements publics locatifs, et 2000 unités tous formules de logements, à l’occasion de l’Achoura, a annoncé le wali Abdelkader Djellaoui.