La présidente du Croissant-Rouge algérien (C-RA), Saïda Benhabyles, a appelé, samedi, en marge d’une cérémonie de remise d’un don octroyé par la Chine au C-RA, à la mobilisation des organisations internationales et régionales afin d’entreprendre des actions communes pour la prise en charge de la question migratoire en vue d’éviter les tragédies humanitaires.

 

Soulignant que cette proposition avait été déjà faite au président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, lors de sa visite en Algérie en 2015, afin de «sensibiliser les principales organisations humanitaires internationales et régionales pour entreprendre des actions communes en vue d’éviter des tragédies humanitaires engendrées par des interventions militaires étrangères». A ce titre, et dans une déclaration à Reporters, hier, elle interpelle les organisations non gouvernementales internationales. «Les ONG internationales devraient constituer une force de pression sur les grands décideurs de ce monde au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies pour qu’ils réfléchissent sur les conséquences de leurs décisions politiques sur la situation humanitaire», a-t-elle soutenu lors d’un entretien téléphonique. De son point de vue, «si ces ONG humanitaires et des droits de l’homme s’étaient constituées en force de pression, il n’y aurait pas eu tous ces drames humanitaires que nous subissons actuellement». «L’Algérie est victime indirecte de leurs erreurs stratégiques. On est en train de subir les pertes collatérales», soutient-elle, avant d’ajouter que «jamais il n’y a eu un flux migratoire de cette ampleur. Jamais il n’y a eu un tel drame. Des gens qui meurent dans la Méditerranée, des gens qui meurent dans le Sahara». Regrettant le fait que «pour le moment, on est en train de jouer le rôle de pompier face à ce drame humain. On envoie des ambulances, des médicaments, des aides humanitaires», Mme Benhabyles estime qu’«il est temps que les ONG humanitaires changent de stratégie». Son argument est que «si l’on veut respecter la dignité humaine et le droit humanitaire international, on doit s’attaquer impérativement aux origines de ce drame et à ses causes».
«Il y a des ONG qui s’attaquent à l’Algérie et qui l’accusent de tous les maux», affirme la présidente du C-RA qui regrette, cependant, le fait que «ces ONG n’ont pas levé le petit doigt pour incriminer et responsabiliser ceux qui sont à l’origine de ce drame». «Il faut que ces ONG cessent de tourner le dos à la réalité. C’est bien beau de s’apitoyer sur le sort de ces pauvres gens et d’incriminer des pays comme l’Algérie», s’irrite-t-elle. «Nous défions toutes ces ONG qui nous critiquent de nous citer un autre pays qui traite les migrants mieux que le nôtre. Les autorités algériennes avaient mobilisé tous les services de santé et les structures d’accueil pour une prise en charge des migrants dans de meilleures conditions», fait-elle observer. Mais si l’on veut éradiquer le mal, il faut s’attaquer «aux causes», préconise-t-elle. «Qui est à l’origine de ce drame humanitaire ? », interroge-t-elle, avant de lancer : «Ce sont ceux qui ont pesé de tout leur poids pour que l’Otan intervienne en Libye». «Il y a eu cette décision, mais les gens n’ont pas réfléchi sur les conséquences de cette décision. Sauf l’Algérie, qui a été contre parce qu’elle était consciente des conséquences», fait-elle remarquer. Evoquant ce qui se passe dans la région subsaharienne, elle explique qu’«il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre que c’est l’intervention de l’Otan en Libye». «La situation est trop grave pour fermer les yeux sur ce qui se passe à travers le monde sur le plan humanitaire», estime-t-elle. Interpellée sur le coût payé par l’Etat dans la gestion migratoire, Mme Benahbyles a affirmé qu’il «est question de 19 millions d’euros rien que pour l’opération de rapatriement durant la période s’étalant entre 2014 et début 2018». Toutefois, il est aussi question de «soins, de chimiothérapie, de médicaments pour le sida, de prothèses de hanche, pour les genoux, de la nourriture…», indique-t-elle, précisant que «nous n’avons pas chiffré au niveau du Croissant-Rouge algérien la valeur de ces opération. Notre solidarité, on la fait en silence».