Selon des sources  bien informées, toutes les autorisations d’importation de viandes accordées ces dernières années par la Direction des services vétérinaires relevant du ministère de l’Agriculture aux sociétés sous les noms commerciaux «Amazone» et «Dounia Meat», appartenant toutes deux à Kamel Chikhi, plus connu sur la place d’Alger  sous le sobriquet de Kamel « El Boucher », ont été passées au crible par les enquêteurs, qui se penchent sur l’affaire de la tentative d’introduction de sept  quintaux de cocaïne.

Toujours d’après ces sources, ce travail de fourmis va permettre de savoir si toutes les opérations d’importation ont un même port d’embarquement ou non. Et aussi d’en savoir un peu plus sur l’origine de la viande importée, autrement dit identifier où les quartiers de viande ont été emballés et chargés dans des conteneurs.  Des éléments d’information nécessaires, selon nos sources, car il serait intéressant de savoir si le ou les fournisseurs de Kamel El Boucher ont toujours été les mêmes ou alors diffèrent d’une opération d’importation à une autre. Il est utile de rappeler, par ailleurs, que les deux sociétés de Kamel El Boucher ont toujours bénéficié de licences d’importation de viande fraîche car répondant au cahier des charges comme le prévoit le dispositif. Il faut souligner au passage que ses deux sociétés ont, au fil du temps, gagné des parts de marché importantes, car devenues les principales pourvoyeuses de viandes à de nombreuses entreprises et institutions du pays pour les besoins de leurs réfectoires. Des contrats de livraison qui se chiffrent en milliards de dinars au vu de l’importance de la demande en termes de quantité de viande à livrer mensuellement. Ce qui conduit à constater que les volumes d’importation des deux sociétés d’El Boucher n’ont cessé de grimper ces dernières années  et selon un calendrier bien déterminé, compte tenu des besoins spécifiques des grands clients de Amazone et de Dounia Meat.

Pour rappel, les 701 kg de cocaïne découverts le 29 mai  dernier  par les garde-côtes, à Oran, étaient chargés à bord d’un navire commercial battant pavillon du Liberia, en provenance du Brésil, en passant par le port de Valence, en Espagne, avant de pénétrer dans les eaux territoriales algériennes. Cette énorme quantité de cocaïne était dissimulée dans un conteneur chargé de viande surgelée originaire du Brésil.

Cette découverte a mis au jour un réseau compliqué de connexions entre magistrats, hauts responsables dans diverses administrations,  notamment celles des communes et du cadastre. Comme il faut savoir que les premiers éléments de l’enquête menée par les services de sécurité et ceux désignés par le ministère de la Justice ont révélé que Kamel Chikhi, qui n’était qu’un boucher, possède, grâce à son entregent et divers trafics, 22 ensembles immobiliers dans les quartiers les plus huppés d’Alger. L’enquête a aussi mis en évidence que ce dernier, tout juste âgé de 40 ans, est devenu l’un des plus riches hommes d’affaires de la capitale, grâce notamment au blanchiment d’argent en projets immobiliers avec sa société KMNN. En tout état de cause, l’enquête se poursuit.