L’ouverture, par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche des points de vente de moutons dans les grandes villes du pays semble avoir permis de réduire l’anarchie et la spéculation qui prévalaient jusque-là dans le marché de bétail. 

«L’ouverture des points de vente directe a profité aussi bien aux éleveurs qu’aux consommateurs», se réjouit Bouzid Salmi, porte-parole de la Fédération des éleveurs d’ovins. Selon lui, cette opération a permis de décentraliser la vente tout en permettant à «l’éleveur d’écouler la totalité de son produit avec une marge bénéficiaire raisonnable et aux consommateurs d’acheter un produit sain à un prix abordable».

Au total, 3,5 millions de têtes d’ovins, sur un un cheptel de 5 millions de bêtes conduites dans les grandes villes pour la commercialisation, ont été vendues. «70 % des moutons mis en vente l’ont été», précise M. Salmi. « Au niveau d’Alger, 150 00 têtes ont été vendues et quelque trois millions dans la totalité du pays». À deux jours de la célébration de l’Aïd al Adha, les prix ont connu une baisse relative de 6 000 à 8 000 DA. Les éleveurs ont décidé de liquider – sans jeu de mots – leurs moutons pour éviter des pertes, précise encore M. Salmi. «Lorsqu’un mouton pèse 60 kg, l’éleveur n’a pas intérêt à le garder dans le cheptel, car il ne grossit pas davantage», a-t-il expliqué. 

Malgré une large satisfaction des éleveurs du déroulement de l’opération de vente, M. Salmi n’a pas caché son «mécontentement et sa stupéfaction» de l’attitude de certains revendeurs et maquignons, coupables, selon lui, de «concurrence malhonnête». Il témoigne que des revendeurs, qui se faisaient passer pour des acheteurs devant les différents médias écrits ou audiovisuels, se mettaient à se plaindre «tantôt de la cherté des prix, tantôt de l’indisponibilité de produits».

Des allégations qu’a démenties le porte-parole de la Fédération des éleveurs d’ovins qui indique que « l’offre a dépassé nettement la demande». Et d’expliquer également que «si certains prix pratiqués par des éleveurs pouvaient paraître élevés, c’est dû aux frais du fourrage durant l’année et au fait qu’ils n’arrivent pas à amortir leurs investissements». De plus, les éleveurs ne peuvent pas imposer un prix fixe. «L’abondance de l’offre et la multiplication des sites de proximité consacrés à la vente de bétail ont barré la route aux spéculateurs», dit-il. Pour rappel, le ministère de l’Agriculture a ouvert des points de vente directs dans les grandes villes, dont 105 points pour la seule capitale.

L’Apoce se félicite de l’allongement du temps de vente

Le président de l’Association algérienne pour la protection et l’orientation du consommateur (APOCE) a salué la décision de la Fédération nationale des éleveurs de poursuivre les opérations de vente jusqu’à lundi à 22 heures. Selon Mustapha Zebdi, cette initiative de prolonger le temps de vente en nocturne permettra aux consommateurs d’avoir suffisamment de temps pour acheter leurs moutons destinés au sacrifice de l’Aïd. M. Zebdi s’est également félicité de l’abondance de l’offre.

Il a par ailleurs annoncé avoir constaté une baisse sensible du prix des moutons «après l’ouverture des points de ventes de proximité dans les plus grandes villes du pays ». Il s’attend également à une meilleure organisation des ventes dans les prochaines années, parce qu’il a constaté un nouveau réflexe chez le consommateur algérien, qui consiste à se rendre davantage vers les points de vente autorisés que vers ceux anarchiquement installés.

Pour le président de l’APOCE, « la semaine passée a connu des prix élevés ; davantage que l’année 2017». 

Cette situation, explique-t-il, « a été provoquée par le retard d’approvisionnement des marchés». «La baisse des prix a commencé à avoir lieu aussitôt les points de ventes de proximité ouverts», a-t-il poursuivi. «Actuellement les prix des moutons varient entre 30 000 et 60 000 DA, selon le gabarit. Par rapport à la semaine dernière, on a relevé une baisse de 4 000 à 5 000 DA par tête», a encore indiqué
M. Zebdi. D’après notre interlocuteur, ces prix sont raisonnables au vu de « la qualité du mouton algérien ». 

Pour les petites bourses, estime le président de l’APOCE, il serait temps «d’introduire d’autres variétés » sur le marché national, «je suis de ceux qui prônent la diversité des souches dans notre marché comme celles qui se trouvent au Soudan, moins chères». Il cite pour exemple «les variétés étrangères qui existent dans certaines régions du Grand sud algérien dont l’élevage n’est pas coûteux et permet d’avoir un mouton autour de 25 000 DA».