20-Août 1955 et 20-Août 1956, deux dates, deux étapes importantes de la guerre de Libération nationale. Deux événements complémentaires au regard de l’évolution de la guerre de libération. Deux hommes se sont distingués, deux héros : Zighoud Youcef et Abane Ramdane. Le premier dans le nord-constantinois et le second en Kabylie. Un tandem à distance.

Il y a eu le 20-Août 1955, jour du déclenchement de l’insurrection du Constantinois, décidé par le stratège Zighoud Youcef. Autre massacre qui creusa le fossé entre les communautés algérienne et européenne. La guerre de Libération prit une autre tournure, une année après son déclenchement. Rien ne sera plus comme avant. Il y a eu la séquence du 20-Août 1956, où s’illustreront deux héros de la guerre de libération nationale, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, respectivement l’architecte et le stratège du Congrès de la Soummam. Le Congrès de la Soummam apportera un nouveau souffle à la révolution algérienne dans sa guerre qu’il menait contre la France coloniale.

Quand les historiens parlent de la guerre de Libération nationale, ils la décortiquent en termes de séquences. Il y a lieu de rappeler, en premier lieu, le 8-Mai 1945 qui illustre parfaitement de quoi est capable la France coloniale en termes de barbarie, de massacres et de crimes contre l’humanité.

Il y a lieu de noter aussi la réunion des 22 historiques qui préparaient la mise en branle d’une révolution qui mettrait fin aux tergiversations des politiques.

Il y a eu la rencontre des 6 : Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem, Rabah Bitat, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd. Séquence qui créa le FLN et qui décidera de la date du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

Il y a eu le 20 août 1955, jour du déclenchement de l’insurrection du Constantinois, décidée par le stratège Zighoud Youcef. Autre massacre qui creusa le fossé entre les communautés algérienne et européenne. La guerre de libération prit une autre tournure, une année après son déclenchement. Rien ne sera plus comme avant.

Il y a eu la séquence du 20-Août 1956 où s’illustreront deux héros de la guerre de Libération nationale, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, respectivement l’architecte et le stratège du Congrès de la Soummam. Le congrès de la Soummam apportera un nouveau souffle à la révolution algérienne dans sa guerre qu’il menait contre la France coloniale. Le Congrès structura les forces algériennes et insufflera une profondeur politique à l’action armée. Il est aussi et surtout question de porter à l’opinion internationale la détermination du peuple algérien à recouvrer son indépendance.

Autre séquence, celle du 17 octobre 1961 et celle du 11 décembre 1960 où deux soulèvements pacifiques des Algériens à Paris et à Belcourt furent sauvagement réprimés dans le sang. Des Algériens furent jetés dans la Seine. Autre crime contre l’humanité.

Puis la séquence du 19 mars 1962, qui marque la victoire du FLN/ALN. Le cessez-le-feu est décrété, l’OAS redouble de férocité en Algérie.

La séquence du référendum où le peuple algérien vota massivement pour l’indépendance de l’Algérie.

Suivra la séquence du 3 juillet 1962, celle de l’indépendance. Le peuple sort dans l’ensemble du territoire algérien, chante et danse aux cris de « Tahia El Djazaïr ». Les politiques se déchirent pour accaparer le pouvoir et se dirigent vers Alger, cadre des luttes fratricides.

Séquence finale, le peuple sort de nouveau pour crier « sebaâ snin barakat » (sept ans de guerre suffisent).

L’HISTOIRE MISE A RUDE EPREUVE

Comme pour l’émir Abdelkader, Yacef Saâdi, Amirouche et tant d’autres héros, le 20-Août 1955 et le 20-Août 1956, il s’est trouvé des historiques et des acteurs de la révolution algérienne qui ont critiqué ces deux dates historiques.

Pour le 20-Août 1955, ils ont souligné le caractère sanglant de l’insurrection du nord-constantinois où, disent-ils, Zighoud a livré aux balles assassines des colons et de l’armée françaises des Algériens aux mains nues. Résultat, plus de 70 000 morts en martyrs.

Concernant le 20-Août 1956, ils souligneront le fait que les personnes qui ont assisté au Congrès de la Soummam ne sont pas représentatives des wilayas historiques. Ben Bella, premier Président de l’Algérie indépendante, s’était à maintes reprises attaqué au Congrès de la Soummam et évoquait la non-représentativité de ceux qui y ont siégé, comme pour le rejeter d’un revers de main, lui, qui n’avait pas été convoqué en tant que représentant de la délégation extérieure installée au Caire. Comme quoi rien n’échappe aux critiques et elles sont loin d’être constructives celles-là.

C’est pourquoi, nous privilégions l’analyse des séquences de l’histoire de l’Algérie. Il est déplorable que ceux qui se sont mis à écrire des ouvrages consacrés à la guerre de Libération n’ont fait que relater des faits auxquels ils ont assisté. Et faute de plus d’informations, ils racontent leur enfance, leur scolarité, la misère ambiante et autres anecdotes futiles. Même un célèbre historien algérien a écrit un livre sur l’histoire de la guerre de libération, où il a plus parlé de sa tribu et de son oncle. La Télévision algérienne produit, certes, des documentaires qui sont devenus la risée des téléspectateurs devant des moudjahidine qui racontent leurs faits d’armes mais qui n’ont aucun témoin parce qu’ils sont tous morts en martyrs.

LE FOSSE ENTRE LES DEUX COMMUNAUTES

Le 20 août 1955, date de l’insurrection du nord-constantinois, marque un événement important de l’histoire de l’Algérie une année après le déclenchement de la guerre de libération. Après la réussite du 1er-Novembre 1954, où dans l’ensemble du territoire national des actions contre le colonisateur ont été menées, la dure réalité du terrain se fait sentir avec, notamment, un problème crucial, celui de l’armement et des munitions. La Wilaya 1 et la Wilaya 3 maintiennent le cap et Zighoud Youcef, en chef de la zone du Nord-constantinois, a pensé desserrer l’étau sur ces deux wilayas en lançant une insurrection populaire. Ce fut un véritable massacre, un crime contre l’humanité. Plus de 70 000
Algériens périrent sous les balles de l’armée française. L’insurrection qui a mené les Algériens à manifester pacifiquement, les mains nues, s’est soldée par un lourd tribut. Les critiques fusent de partout même au sein du FLN.

Zighoud Youcef a pensé seul à cette action insurrectionnelle et il a gardé le secret. Des sources annoncent qu’il a mis au parfum ses adjoints, dont Bentobal. L’insurrection a été l’un des points traités au Congrès de la Soummam. Zighoud s’est défendu. Né le 18 février 1921 dans le village de Semendou, il adhère, à 17 ans, au Parti du peuple algérien (PPA) et fera partie de l’Organisation secrète (l’OS). Il sera arrêté en 1950 avant de s’évader en 1954. Abane rejoint le FLN après avoir fait un court séjour dans son village natal Azzouza, où il a rencontré Krim Belkacem que lui présenta Ouamrane. Krim lui demande de rejoindre Alger où de nouvelles responsabilités l’attendent.

IFRI OUZELLAGEN, LA SECURITE ASSUREE

Abane Ramdane et Larbi Ben M’Hidi préparèrent le Congrès de la Soummam. Le choix au départ s’est porté sur El Qalaâ Beni Hamed, puis, avec la mésaventure de la mule partie avec les documents du congrès, le duo opta pour Ifri Ouzelaguen. La mission de la sécurité du Congrès de la Soummam fut confiée au Colonel Amirouche et ses hommes. Abane Ramdane, qui connaîssait la région pour avoir été responsable au sein de l’OS, a assurément influé sur ce choix. Le lieu du congrès est, au fait, situé à plus de dix kilomètres de la ville Ifri Ouzellagen. Il est flanqué dans la montagne loin de la ville et à quelques mètres des points de surveillance de l’armée française. Quel culot ! Mais qui penserait que les cadres de la révolution algérienne allaient se réunir non pas un jour, ni deux mais plus d’un mois pour tenir leur congrès et relancer la lutte armée jusqu’à la libération du pays.

L’entrée du congrès est devenue depuis l’indépendance musée ; le visiteur découvre une statue érigée en hommage à l’architecte du congrès, Abane Ramdane. Disproportionnée, la statue malheureusement ne restitue pas comme il se doit le héros de la révolution. Une fois à l’intérieur du musée, il faut grimper pour atteindre deux pièces, où sont disposés des tables et des tabourets. Le visiteur a la chair de poule en imaginant les congressistes en plein travaux.

ORDRE DU JOUR DU CONGRES

Les promoteurs du congrès tenaient à réussir deux objectifs, renforcer la lutte armée et donner une direction nationale à la Révolution.

Dans un éditorial que signa Abane Ramdane dans El Moudjahid n°3, il écrit : «Un nouveau chapitre de la Révolution algérienne s’ouvre. Notre lutte va prendre de l’allure maintenant que l’ALN est devenue une véritable armée dotée d’une personnalité propre, d’un haut commandement unique, dont le siège est quelque part en Algérie, d’un uniforme, d’insignes, de grades, etc. Ses différents services (liaison, renseignements, intendance, commissariat politique, etc.) ont été réorganisés.

Plus tard, ceux qui s’intéressent aux décisions du Congrès de la Soummam ne retiendront que le principe de la primauté du politique sur le militaire.

Hocine Aït Ahmed est le seul de la prison de la Santé à accepter les décisions du Congrès de la Soummam. Pour Aït Ahmed, Abane Ramdane est un véritable animal politique et un organisateur expérimenté. « Il n’avait pas besoin de son intuition de mathématicien pour, en premier lieu, identifier le sens du problème prioritaire et urgent : l’absence de vision et de stratégie politiques, et, en deuxième lieu, pour mettre en place les structures cohérentes destinées à soutenir la dynamique populaire », souligne le héros de la Révolution algérienne. Avant d’ajouter qu’« au niveau politique et à la suite de multiples rencontres, Ramdane réussit à arracher aux délégués attitrés qu’ils procèdent à la dissolution de leurs formations politiques respectives et, qu’à titre individuel, leurs militants s’intègrent dans le processus de création du FLN en vue de soutenir l’ALN dans tous les domaines. »