Jeudi, sur le marché interbancaire des changes, le dinar grappillait des gains face à l’euro, mais perdait du terrain contre un dollar visiblement en bonne santé. En effet, alors que la monnaie européenne chutait à son plus bas niveau en plus d’un an face au billet vert en raison du risque turc, le dinar en profitait et prenait d’importants bénéfices. En effet, un euro valait, jeudi dernier, sur le marché interbancaire des changes 135,53 dinars, alors qu’un dollar valait 119,11 dinars. En variation hebdomadaire, les gains encaissés face à l’euro sont nettement perceptibles. Les pertes face au dollar le sont moins.

Jeudi 9 août, un euro valait 163,0783 dinars sur le marché interbancaire des change, tandis qu’un dollar valait 118,7316 dinars. La principale monnaie du Vieux continent chutait de manière vertigineuse contre un billet vert ragaillardi par les tensions politiques et commerciales entre les Etats-Unis et la Turquie.

Ces fluctuations, sur le marché international des changes, de monnaies de référence étaient clairement constatables dans l’évolution du cours du dinar. C’est ce qu’a tenté de faire comprendre, hier, la Banque centrale dans les explications fournies par ses responsables au sujet de la dépréciation de la monnaie nationale. La Banque d’Algérie expliquait que l’ajustement du cours du dinar obéissait à des « fluctuations, sur les marchés internationaux des changes, des monnaies de référence », mais aussi à l’état des fondamentaux de l’économie nationale. Lesquels connaissent un mouvement baissier depuis la mi-2014 dans le sillage de la dégringolade des cours du brut sur le marché international.

Les responsables de la plus haute autorité monétaire ont expliqué également que le taux de change du dinar a joué, dans une large mesure, son rôle d’amortisseur face au choc externe qualifié de « grande ampleur et de durable ». C’est ce que disait en tout cas la banque centrale dans ses différentes notes de conjoncture publiées depuis le second semestre 2014. Les cotations du dinar de ces dernières semaines renseignent en tout cas de sa sensibilité aux fluctuations du dollar et de l’euro, deux principales monnaies de règlement de l’Algérie.

Cette conjoncture marquée par la hausse de la valeur du billet vert face à la monnaie unique peut être bénéfique au plan de la balance commerciale, car le pays vend ses hydrocarbures en dollar et achète ses importations en euro. Cette appréciation du dollar serait néanmoins nuisible à la valeur des réserves de change libellées en dollar, entraînant un effet de corrosion qui se traduirait par une baisse des stocks placés dans les banques souveraines américaines. L’appréciation du dollar engendre également une baisse des cours du brut, étant donné que les achats deviennent plus onéreux, ce qui est de nature à impacter négativement la valeur des revenus en devise du pays et, par ricochet, sa balance commerciale si la tendance venait à perdurer.

La Banque centrale, qui répliquait, hier, aux critiques l’accusant d’avoir été à l’origine de la dépréciation du dinar, s’est contentée de mettre en valeur le fait que cette dépréciation obéit plutôt à la cotation du dollar et de l’euro sur le marché international, voire à l’état des fondamentaux de l’économie nationale. L’institution de Mohamed Loukal semble omettre, en revanche, l’impact de cette dépréciation sur le pouvoir d’achat des ménages ainsi que sur la trésorerie des entreprises. Ces dernières ont été pénalisées notamment dans leurs transactions avec leurs fournisseurs étrangers en matières premières.

En termes plus simples, la dépréciation du dinar a renchéri le coût des importations en intrants, alors que les entreprises ne jouissent que d’une mince marge de manœuvre pour y faire face. Pour certaines, qui ont tenté de répercuté le coût des intrants sur le produit final, ont été surprises par un recul des ventes sous le coup d’un pouvoir d’achat malmené à son tour par les dépréciations répétitives que connaît le dinar depuis le second semestre de 2014.