C’est un discours fort et plein de messages codés qu’a prononcé, hier, Ali Laskri, membre de l’Instance présidentielle du Front des forces socialistes (FFS), à Béjaïa, lors d’un meeting à Ouzellaguen, à l’occasion de la commémoration du 62e anniversaire du Congrès de la Soummam.

Ali Laskri a rappelé les fondamentaux du FFS, tiré la sonnette d’alarme sur les dangers de la situation politique et économique de l’Algérie et pointé du doigt la responsabilité du régime en place. Mais, le désormais homme fort du FFS a, faut-il le relever, volontairement ignoré la zone de turbulence par laquelle passe actuellement le plus vieux parti de l’opposition, avec une guerre larvée de positionnement et des attaques échangées entre l’actuelle direction et l’ancien cercle restreint autrefois aux commandes. Pour Ali Laskri, « le FFS dérange » et il dérange par sa « ligne politique inviolable ».

Cette même ligne politique dérange, selon lui encore, parce qu’elle « exige avec détermination et intransigeance le respect du droit à l’autodétermination du peuple algérien ». Une autodétermination qui passe par l’élection d’une Assemblée constituante. Elle dérange, ajoute l’orateur, pour plusieurs raisons, dont « le combat pour la protection des droits de l’homme, le respect des libertés individuelles et collectives, la vérité et la justice », « la primauté du politique sur le militaire » et le rappel de « l’illégitimité des institutions et de leurs dirigeants non élus démocratiquement ». En rappelant la vieille revendication du parti, à savoir « l’élection d’une Assemblée constituante », Laskri tente à la fois de centrer le débat sur le plan interne autour des idéaux du FFS et de donner un nouveau souffle au parti sur la scène politique, en s’attachant à une demande qui reste d’actualité, plus d’un demi-siècle après l’indépendance. «62 ans après le congrés de la Soummam, 56 ans après l’indépendance du pays, nous militons encore pour le droit du peuple algérien à l’autodétermination, à travers l’élection d’une assemblée nationale constituante», a-t-il déclaré. Pour lui, la situation que traverse le pays n’est guère reluisante. Les Algériens « rêvent » toujours de voir se concrétiser les engagements et le serment de Novembre : « l’instauration d’un Etat démocratique et social ». Or, ils assistent, fera-t-il remarquer «à la privatisation de l’Etat et des institutions, à la dépossession des citoyens de leurs droits politiques, économiques, sociaux et culturels ». « La direction prise par ce pouvoir pour un état libéral est en contradiction avec l’esprit de Novembre et de la Soummam», dénonce le député de Boumerdès.

Entre l’urne et la rue

Et de tirer la sonnette d’alarme sur les risques de cette situation. En effet, dans l’analyse du FFS, les Algériens se trouvent entre deux choix, à l’approche de l’élection présidentielle de 2019 : « La ligne du socialisme démocratique au bénéfice de la majorité de notre peuple et la ligne du libéralisme autoritaire au profit d’une minorité bourgeoise naissante liée au grand capital national et étranger. »  Le peuple aura à départager entre ces deux lignes, « soit par les urnes, soit par la rue », met en garde Ali Laskri, qui voit ainsi dans la prochaine échéance électorale l’occasion pour le pays de sortir de sa crise et d’éviter les dérapages. Il défend comme solution « le projet révolutionnaire du FFS qui vise l’instauration d’un Etat social où l’homme est considéré comme le centre et la finalité du développement ». Et par projet, le membre du présidium du FFS fait allusion aussi à l’initiative de reconstruction du consensus national. « Un consensus populaire sain et sincère, et non un consensus d’appareil », a-t-il lâché, dans une allusion on ne peut plus claire aux autres propositions de   suggérées par les partis sur la scène politique. Le consensus du FFS, « sa version est de gauche, social et non de droite libérale, ultra libérale», a-t-il encore soutenu, ajoutant que le projet « prône le changement du système », c’est-à-dire différent de « celui se conjuguant avec l’affairisme ».

« Consensus populaire, pas d’appareils »

Se voulant plus explicite et allant dans le détail, Ali Laskri dira que « le FFS inscrit son action dans la durée avec la mobilisation des citoyens et des acteurs autonomes de la société civile pour expliquer sa ligne politique, y faire adhérer la majorité du peuple et créer un rapport de force favorable à un consensus national répondant à l’aspiration de tous pour mettre fin au régime actuel et permettre l’avènement d’une deuxième république fondée sur le droit et la démocratie ». Enfin et par devoir d’engagement, le FFS s’engage à défendre, promet Laskri, « l’unité nationale, la cohésion nationale », mais aussi « la République et la démocratie », car, a-t-il estimé, « il n’y a de légitimité que la légitimité populaire, donnée par le suffrage universel librement exprimé dans l’accession à l’exercice du pouvoir ».Et d’inviter les citoyens à s’engager, « pour faire du Front des forces socialistes l’instrument de l’alternative démocratique ».