Le conflit qui oppose la direction actuelle du Front des forces socialistes (FFS), à ce qui est appelé communément le «cabinet noir», prend une autre tournure et dévoile au grand jour le malaise qui ronge le plus vieux parti de l’opposition.

La raison ? Les deux fils du fondateur du parti, le défunt Hocine Aït Ahmed, rejoignent le front aux côtés du « cabinet noir ». Désormais, la famille d’Aït Ahmedsoutient publiquement Chafaâ Bouaiche, Aziz Baloul, Salima Ghozali et Karim Baloul dans leur démarche hostile à la direction du FFS issue du dernier congrès extraordinaire tenu le 20 avril dernier à Alger. Suivant de près la scène politique nationale, le fils cadet du fondateur du parti Jugurtha Aït Ahmed a apporté, le 3 août dernier, son soutien à l’ex-chef du groupe parlementaire du FFS, Chafaâ Bouaiche, après le gel de ses activités au sein du parti en attendant sa comparution devant la commission de discipline au motif de dénigrement des militants et cadres du parti sur les réseaux sociaux. « Entre le marteau et l’enclume ! Sisyphe n’est pas un mythe. C’est une réalité souvent brutale qu’il faut appréhender avec abnégation et philosophie comme tu le fais. Merci pour ton engagement exemplaire. Ton courage. Tu n’as rien à te reprocher bien au contraire. Ta parole responsable et libre est incompatible avec la culture du caporalisme et du ‘’centralisme démocratique’’ en marche sous nos yeux ébahis», peut-on lire dans le message de soutien et de prise de position envoyé par Jugurtha Aït Ahmed à Chafaâ Bouaiche.

Les observateurs interprètent ce message comme un appel déguisé à la base militante du parti pour se démarquer de la direction actuelle du FFS, qui a décidé, rappelons-le, de neutraliser le cabinet noir et de redonner aux institutions du parti leurs rôles statutaires. L’autre fils de Hocine Aït Ahmed, Salah Aït Ahmed, qui ne s’est jamais exprimé par le passé sur la vie interne au FFS, rompe le silence et s’engage lui aussi dans la bataille à visage découvert. En effet, commentant la sortie du premier secrétaire du FFS jeudi à Draâ El Mizane, à Tizi Ouzou, dans laquelle il a affirmé que le FFS n’est pas une question de famille, Salah Aït Ahmed compare le trio Ali Laskri, Mohand Amokrane Chérifi et Hadj Djilani à ceux qui ont pris le pouvoir de force en 1962. «Pervertir pour enterrer la collégialité, objectif stratégique du triumvirat Ali Laskri, Mohand Amokrane Chérifi et Hadj Djilani», peut-on lire dans la réaction du Salah Aït Ahmed postée mardi sur son compte facebook. Interrogé sur l’ampleur du conflit qui oppose les deux parties, un ancien cadre du FFS nous dira que la famille et les proches de Hocine Aït Ahmed voulaient avoir le contrôle total des appareils du parti au lendemain de la disparition de ce dernier. Une volonté qui s’est confirmée avec la radiation de Rachid Halat, membre de l’instance présidentielle le mois de décembre 2016. «La famille et les proches d’Aït Ahmed ne veulent pas admettre que le parti a changé de main. Ils souhaitent toujours garder la main sur les affaires du parti», explique notre contact qui note, par ailleurs, que les enfants d’Aït Ahmed marquent un tournant en prenant publiquement position dans ce conflit. «Les enfants de Hocine Aït Ahmed n’ont pas de lien organique avec le parti. Leur position est avant tout symbolique», indique-t-il.

A une question sur le devenir de ce conflit qui s’annonce compliqué, l’ancien cadre craint des dissidences internes qui auront des répercussions sur le poids du parti sur la scène politique nationale. «Aucune des deux parties en conflit n’est prête à faire des concessions ou accepter de discuter avec l’autre. Du coup, le conflit se terminera par des éliminations», prévient-il. Selon son analyse, le rapport de force est en faveur de la direction nationale, à sa tête Ali Laskri.  Il estime «qu’Ali Laskri et Mohand Amokrane Chérifi finiront par l’élimination de leurs adversaires».