Le président du Conseil national sahraoui, chef de la délégation des négociations du Front Polisario, Khatri Addouh, reproche au Maroc sa volonté de « faire entraver » les efforts menés par l’envoyé spécial de l’Onu pour le Sahara occidental, Horst Köhler, pour relancer les négociations entre les deux parties, à l’arrêt depuis 2012.

« Le Maroc ne cesse de créer des obstacles. Aucune déclaration sérieuse n’émane de ce colonisateur qui va dans le sens du respect de la volonté internationale et onusienne, car il ne cesse de mettre des conditions préalables inaccessibles à toute négociation, ce qui met à nu sa volonté de fuir la légitimité internationale», a-t-il affirmé hier à Alger.

Il faisait allusion aux déclarations d’Omar Hillal, ambassadeur du Maroc à l’Onu, qui a déclaré que l’ouverture de négociations sur le dossier sahraoui sans la présence de l’Algérie serait « une perte de temps ». Le diplomate marocain a justifié sa position par le fait que le Front Polisario serait, selon lui, « une entité imaginaire et un outil entre les mains de l’Algérie ».

L’émissaire onusien pour le Sahara occidental a informé le Conseil de sécurité de son intention de se lancer dans une sorte de dialogue « 2+2 » : belligérants et pays observateurs. « En principe, M. Köhler va remettre des invitations aux deux parties du conflit, Sahara occidental et Maroc, et aux deux pays observateurs Algérie et Mauritanie. Or, le Maroc veut imposer l’Algérie comme partie prenante dans les négociations », ajoute M. Addouh, qui reproche au Maroc d’imposer « une condition insensée » pour fuir les négociations. Le chef de la délégation des négociations du Front Polisario a fait savoir que M. Köhler va envoyer dans quelques semaines des invitations aux belligérants pour un nouveau round de négociations, et devrait en recevoir une réponse en septembre prochain pour entamer, par la suite, un autre round de négociations.

Le Maroc, estime le diplomate sahraoui, doit dépasser « la négativité de ses positions », parce que, dans un avenir proche, « il ne trouvera aucun moyen pour défendre ses thèses expansionnistes », ajoute le responsable sahraoui.

Appui inconditionnel de la France

Les efforts de M. Köhler, renchérit-il, sont « méthodologiques et planifiés», mais « se heurtent à l’intransigeance du Maroc, qui a l’appui inconditionnel de la France ». « Dans le cas où le Conseil de sécurité n’exercerait pas de pressions sur le Maroc pour qu’il respecte les résolutions onusiennes et celles émanant du Conseil de sécurité, il n’y aura pas de développement dans la question et le statu quo va perdurer », avertit M. Addouh. Ce dernier manifeste sa « préoccupation » de la position politique de la France sur le Sahara occidental, loin de se conformer aux résolutions onusiennes.

« Si la France, membre permanent du Conseil de sécurité, ne change pas de position politique sur la cause sahraouie, il n’y aura pas d’évolution dans le dossier. Sans une position de la France qui va en conformité avec les résolutions onusiennes, je doute que le dossier réalisera des avancées sur le processus de règlement du dossier sahraoui qui est une question de décolonisation inscrite sur l’agenda de l’Onu », ajoute M. Addouh.

La réduction du mandat de la Minurso d’un an à six mois est un message du Conseil de sécurité pour les deux parties et à l’ONU pour accélérer le processus de résolution du dossier, estime-t-il également. « Le mandat de la mission onusienne pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination expire en octobre prochain. Et ce mandat peut être écourté à nouveau », prévoit le président du Conseil national sahraoui.

Statu quo et alerte sur la situation dans la région

Le statut quo qui perdure depuis quatre décennies arrange, selon M. Addouh, le Maroc qui conclut des accords d’association sur les richesses sahraouies avec l’Union européenne, alors que la Cour de justice de l’UE a émis trois arrêts qui ont déclaré le territoire sahraoui un territoire distinct et séparé du Maroc. Pour sa part, la population sahraouie ne peut rester les bras croisés face à ce statu quo, car elle peut recourir à « des moyens légitimes » pour défendre ses intérêts, avertit M. Addouh. « Dans le cas où on n’enregistre aucune évolution dans le dossier, plusieurs points vont rebondir et seront soulevés », dit-il. « Nous sommes au Sahel, une région en ébullition, et ce qui se passe actuellement en Libye et au Mali menace la stabilité et la sécurité de la région avec un risque de dégénération ». Quid de la radicalisation qui menace la jeunesse sahraouie ? Sur ce point, faut-il rappeler qu’à l’ouverture de la 9e édition de l’université d’été des cadres sahraouis, le président de la Rasd et SG du Front Polisario, Brahim Ghali, a appelé les cadres sahraouis et les participants à cet événement annuel de s’inspirer de l’expérience algérienne en matière de lutte anti-terroriste, de déradicalisation et de lutte contre l’extrémisme violent. Mais la jeunesse sahraouie risque-t-elle de se radicaliser ? Le mouvement de libération risque-t-il de devenir un mouvement extrémiste? « Le Maroc nous ouvre de nouveaux front dans la bataille », accuse M. Addouh. Ce dernier rappelle, en se référant au rapport du département d’Etat américain de 2017 sur le trafic de drogue et la criminalité financière dans le monde, que la « production totale de cannabis au Maroc en 2015-2016 est estimée à 700 tonnes, ce qui, potentiellement, équivaut à 23% du PIB marocain, estimé à 100 milliards de dollars », souligne le conférencier. Ce même rapport précise, selon M. Addouh, que le Maroc, « premier producteur et exportateur de cannabis au monde, est devenu un pays de transit important de cocaïne provenant de l’Amérique du Sud et destinée à l’Europe».

«Le colonisateur marocain a des liens avec des réseaux et organisations criminelles», ce qui « exige de la direction du Front Polisario qu’elle soit vigilante par rapport à ce qui se passe dans la région, car, bien que lassée de la situation, la jeunesse sahraouie ne risque pas la radicalisation», conclut le diplomate sahraoui.