L’Iran possède un bon positionnement sur le marché asiatique. Et, il n’a pas l’intention de céder du terrain, quitte à y vendre son pétrole au rabais. L’Iran veut ainsi montrer qu’il est déterminé à faire face aux menaces américaines, notamment aux sanctions qui vont toucher, à compter de novembre prochain, le pétrole et le gaz. Mais jusqu’où peut-il aller ?

Le pays a adopté une position défensive, en cassant les prix, alors que l’évolution des cours du pétrole dans un contexte de tensions géopolitiques reste une source d’incertitudes majeure pour l’avenir proche. Ce faisant, Téhéran risque de se faire des ennemis parmi les pays producteurs de pétrole, au moment même où elle a besoin de soutien politique et diplomatique. Pour le moment, l’Iran fait des annonces impromptues, mais personne ne sait vraiment ce qui va se passer sur les marchés. Que ces annonces soient diffusées par l’agence officielle Irna, une voie autorisée, cela n’en fait pas forcément des informations à prendre au premier degré. Irna a indiqué que le pays va baisser le prix de ses hydrocarbures à destination de ses clients asiatiques en prévision du rétablissement des sanctions américaines. Une source au sein du ministère du Pétrole iranien, qui a préféré gardé l’anonymat, n’a pas donné de détails sur le montant de la réduction et a tenté de minimiser cette initiative en la présentant comme répandue dans l’industrie pétrolière. Les remises sont proposées par tous les exportateurs de pétrole et font partie du fonctionnement des marchés mondiaux, a indiqué cette source à Irna. L’agence Bloomberg a, elle, rapporté vendredi dernier que le prix officiel du brut, qui sera baissé au mois de septembre par la National Iranian oil company (NIOC) pour les clients asiatiques, atteindra son plus bas niveau depuis 14 ans par rapport au prix du pétrole saoudien. Les autorités iraniennes ne souhaitent pas nourrir une culture du défaitisme dans un pays fatigué qui, dans l’immédiat du moins, ne montre aucun signe indiquant une issue vers un quelconque horizon. Aussi, veulent-elles ériger un pare-feu autour de leur économie dont le pétrole est un bienfait tout relatif. Elles essayent de le faire à quelques mois de l’entrée en vigueur des sanctions relatives à la vente du pétrole. Les Etats-Unis prévoient en effet de bloquer les ventes internationales de pétrole iranien à partir du 5 novembre, date à laquelle une nouvelle série de sanctions entrera en vigueur, après le retrait américain en mai de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances.

Plusieurs acheteurs clés, dont la Chine et l’Inde qui achètent environ la moitié du pétrole iranien, ont indiqué ne pas vouloir réduire de manière significative leurs importations. Les ventes de brut iranien pourraient baisser de 700.000 barils par jour par rapport à leur niveau actuel qui est de 2,3 millions de barils par jour, estiment certains analystes. Cela dépendra de l’Union européenne qui s’est dite déterminée à protéger l’accord nucléaire et à résister aux sanctions américaines mais dont les entreprises et institutions financières sont plus vulnérables aux pressions américaines que ne le sont les compagnies asiatiques. Face à toutes ces difficultés, le pays tente de faire preuve d’agressivité et contre-attaquer.

Le président iranien le fait savoir. Hassan Rohani a en effet averti les Etats-Unis : ne pas jouer avec la queue du lion, déclarant qu’un conflit avec Téhéran serait « la mère de toutes les guerres ». L’Ayatollah Ali Khamenei, le guide spirituel, a indiqué, lui, que «si l’exportation du pétrole iranien est bloquée, aucun autre pays de la région ne l’exportera non plus», posant son regard sur l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Irak, le Koweït et le Qatar qui exportent l’essentiel de leur brut à travers le détroit d’Ormuz dont Téhéran brandit la menace de fermeture.