La tension qui tend à s’exacerber dans la région du Moyen-Orient exhale déjà une forte odeur de pétrole. Le bras de fer entre les Etats-Unis et l’Iran, qui s’annonce explosif, pourrait bien se jouer sur fond de fioul. Le prix du brut devrait ainsi connaître un pic, ce qui pourrait arranger les affaires de certains pays dont l’économie reste dépendante aux hydrocarbures. Mais cette perspective réjouissante a son pendant d’éventualité inquiétante, celle d’une nouvelle guerre du pétrole qui, in fine, sera destructrice pour les peuples de la région. La guerre économique entamée par Trump ne pourrait que prendre un cachet pétrolier. Les pays de la région qui partagent des frontières sont dans leur grande majorité de grands producteurs de brut. Avec des clivages géopolitiques complexes et en mutation, le baril de poudre n’attend qu’une étincelle.

Les Iraniens qui détiennent un certain nombre d’atouts et pas des moindres entre les mains ne comptent pas se laisser faire. S’il advenait que l’Iran décide de fermer le fameux détroit d’Ormuz, le monde serait irrémédiablement au bord d’une conflagration aux conséquences difficiles à déterminer. Reste qu’en optant pour une politique viscéralement belliciste contre l’Iran, les Etats-Unis risquent bien de renforcer le camp adverse. Il est évident que la situation géopolitique actuelle n’est pas celle d’il y a une vingtaine d’années. Face à l’hyperpuissance américaine, il y a aujourd’hui des pays avec des capacités économiques, militaires, et d’influence loin d’être négligeables. La crise déclarée entre Ankara et Washington, à propos des taxes imposées sur les produits turcs qui ont provoqué une chute drastique de la lire turque, ne sera pas sans conséquences.

Le président Tayyip Erdogan, qui a ressenti cette bravade de Trump comme une attaque qui le vise personnellement, risque de basculer. Beaucoup d’analystes et observateurs estiment d’ailleurs que l’attitude du président américain, face notamment à ses alliés, plus que ses adversaires, serait davantage le signe d’un début de panique d’une puissance en déclin que l’expression d’une confiance renouvelée.