Acheter un mouton pour le sacrifice de l’Aïd de cette année, il faut avoir les poches bien pleines ! Et pour cause, les prix du mouton connaissent une hausse plus importante que les années précédentes, a-t-on constaté lors d’une tournée dans les différents points de vente aménagés à Alger.

A Ouled Fayet, plusieurs espaces, habituellement dédiés à la vente des fruits et légumes, ont été transformés depuis une semaine en des points de vente de moutons. Les prix proposés varient entre 40 000 DA et 70 000 DA, ce qui laisse dubitatifs beaucoup d’acheteurs potentiels. «Je ne peux pas rentrer à la maison sans mouton, parce que c’est une demande des enfants. Mais en même temps, vous avez vu les prix affichés ?», lance interrogatif Djamel, père de 3 filles en âge scolaire. «Mes filles jouent avec le mouton des voisins et m’ont demandé de leur ramener un. C’est pour cela que je suis dans l’obligation d’acheter malgré le prix élevé», explique-t-il avant de préciser qu’«après réflexion, je vais acheter le moins cher parce que le but n’est pas de me ruiner, mais juste de permettre aux filles de jouer avec le mouton et de sacrifier à la tradition. Surtout que la rentrée et les dépenses scolaires approchent à grands pas». D’autres citoyens venus s’enquérir des prix des moutons repartent bredouille. «Mon salaire est de 35 000 DA et le mouton le moins cher est de 40 000 DA. Tout compte fait, ce n’est pas pour moi le mouton de l’Aïd cette année», explique Madjid père de famille qui préfère réserver sa bourse à d’autres dépenses «autrement plus nécessaires», a-t-il précisé. Mais parmi les acheteurs, il n’y a pas que les petites bourses. Venu en 4×4, Mohamed, un père de famille, a l’intention d’acheter deux moutons. «La fête de l’Aïd c’est sacré dans ma famille, jamais il s’est passé un Aïd sans mouton chez nous», a-t-il indiqué avant de préciser que «c’est surtout parce que j’ai les moyens de le faire que j’achète deux, puisqu’on est une famille nombreuse». Un peu plus loin, sur le trottoir d’en face, un éleveur affiche un prix attractif : 25 000 DA, le mouton. Conséquence, les citoyens se bousculent chez lui. «Ce sont des chats, pas des moutons», s’écrie Mohamed selon qui «c’est une véritable arnaque». «25 000 DA, soit je les économise pour acheter quelque chose, soit je rajoute 15 000 DA pour acheter un mouton digne de ce nom», lance-t-il exaspéré, avant de déplorer : «Pourvu qu’ils fassent des bénéfices, ils ne pensent jamais aux citoyens, juste à leur poche». Kamel, lui aussi attiré par le prix affiché, lui fait remarquer que «ce n’est pas de leur faute. Ce sont des commerçants, leur but principal est de faire des bénéfices. Le problème est l’absence totale de contrôle». Même ambiance à Draria, où des vendeurs de cheptel ont aménagé des espaces un peu partout pour proposer des moutons de 30 000 à 65 000 DA. En réponse à la question d’un citoyen sur les raisons de la cherté des moutons cette année, le vendeur répondra que «le prix d’un quintal d’orge coûte 3 500 DA, le quintal de maïs est à 3 200 DA, sans oublier que la botte de foin est vendue à 1 000 DA, en plus de l’entretien ». A Appreval, Kouba, Mohamed a aménagé un espace pour proposer à la vente des moutons dont le prix varie entre 50 000 DA et 75 000 DA. Mais faute d’acheteurs, il s’est permis de faire une sieste à même le trottoir. «La majorité des gens trouvent chers les prix affichés. Ils viennent demander combien ça coûte et repartent, alors je me permets de faire la sieste pour reprendre des forces», explique-t-il. A Chéraga, les moutons sont plus chers par endroits. Il y a, en effet, des vendeurs qui proposent le mouton jusqu’à 80 000 DA. Pour les passants, «les vendeurs font ce qu’ils veulent car il n’y a aucune partie qui se charge du contrôle des prix des moutons. Ces prix doivent être plafonnés». «Ce sont les spéculateurs et des arrivistes qui ont fait flamber les prix», soutiennent-ils.