Rien ne va plus au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). La semaine dernière, les responsables de la compagnie pétrolière russe Rosneft avaient prédit un avenir incertain pour l’Opep, minée par les tensions internes et les incertitudes auxquelles fait face le marché pétrolier.

Ils avaient même parlé de l’éventualité d’un clash imminent entre certains membres. Hier, c’était au tour des Iraniens de s’énerver, critiquant le comportement de certains des membres de l’Opep, n’excluant pas un appel à une réunion extraordinaire afin de rappeler à l’ordre les producteurs ne respectant pas leurs engagements.

Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh s’en est plaint officiellement au président de l’Opep en exercice, le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis Suhail al-Mazrouei en l’occurrence. En effet, dans une lettre adressée au président de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, le ministre iranien a indiqué que l’Opep pourrait devoir tenir une réunion extraordinaire si elle n’est pas en mesure d’empêcher les pays membres d’ajuster leur production de brut sans approbation. Le ministre iranien fait allusion à la décision de certains membres de l’Opep de rehausser leurs niveaux de production après la révision, dès juin, des accords de limitation de l’offre conclus en décembre 2016 par l’Opep et une dizaine de producteurs non-Opep, dont la Russie. Les réunions du 22 et 23 juin dernier ont débouché sur la levée des contraintes sur la production.

Une hausse de près d’un million de barils/jour a été décidée pour compenser les pertes des autres producteurs, dont le Venezuela et la Libye et les pays producteurs sont depuis autorisés à pomper bien au-delà des quotas qui leur sont fixés sans pour autant fixer un objectif global de production. Après avoir constaté des dépassements chez certains membres, Bijan Zanganeh a envoyé une lettre à son homologue des Émirats arabes unis lui demandant de convoquer une réunion extraordinaire afin de lever les équivoques entourant les dernières décisions de l’Opep à Vienne.

L’Iran déclenche une guerre des prix

« Si le JMMC (comité technique de surveillance de la conformité aux accords) ne remplit pas son mandat et s’il a une compréhension différente de la décision de la conférence de l’Opep, la question devrait être soulevée lors d’une réunion extraordinaire de la conférence de l’Opep pour la prise de décision », a écrit Bijan Zanganeh au président de l’Opep en exercice. Le comité technique de surveillance de la conformité aux accords de l’Opep et les non-Opep est présidé par l’Arabie Saoudite, ennemi juré de l’Iran, doit se réunir le 23 septembre en Algérie. L’Iran ne fait pas partie de ce comité qui comprend également la Russie, les Émirats arabes unis, Oman, le Koweït, l’Algérie et le Venezuela.

Le mois dernier, le ministre iranien du Pétrole a déclaré à son homologue saoudien que le pacte d’approvisionnement conclu en juin dernier ne donnait pas aux pays membres le droit d’augmenter la production de pétrole au-dessus de leurs objectifs. L’Arabie saoudite a déclaré que l’accord permettait aux pays capables de produire davantage de respecter le niveau de conformité global du groupe, ce qui signifie que certains membres, comme l’Arabie Saoudite, pourraient compenser les pénuries ailleurs.

Ce qui fait croire à l’Iran que l’accord était conclu à son détriment. Téhéran, qui fait face au rétablissement des sanctions américaines contre son économie, a exprimé son désaccord et a critiqué les projets de l’Arabie saoudite visant à stimuler sa production au-dessus des niveaux ciblés.

En réaction aux manœuvres saoudiennes, l’Iran tente de déclencher une guerre des prix en faisant chuter les cours de son brut. Effectivement, la compagnie nationale iranienne Oil Company a ramené les prix officiels pour les ventes de septembre en Asie à tous les niveaux. Le brut léger pompé par le troisième plus grand producteur de l’Opep sera vendu à son niveau le plus bas depuis 14 ans par rapport à une variété similaire de l’Arabie saoudite.